31/07/2018

La canicule à Gaza

Deir al-Balah, ou « the home of the dates » (qui compte 75'000 habitants, contre 200’000 à Genève), se trouve au milieu de la bande de Gaza. Comme à Genève, la météo estivale – 33° aujourd’hui avec 61 % d’humidité – pose des défis aux habitants de ce camp des réfugiés, établi en 1948. À sa porte, au lieu du Lac Léman, il y a la Méditerranée. Mais la mer est polluée et l’eau n’arrive pas toujours jusqu’aux habitations, de même pour l’électricité – ce qui est difficile à imaginer à Genève. Pour les résidents de la bande de Gaza, chaque jour est un exercice de survie. Un article du journal israélien Haaretz par un employé de Gisha, le Centre israélien pour la libre circulation, décrit la vie des gens ordinaires – et encore privilégiés ! – dans sa ville de Deir al-Balah pendant ces jours de grande chaleur. Je traduis ces propos ici.

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Le désespoir d’une femme bloquée au passage à la frontière de Rafah, 15 mars 2018 (photo Ibraheem Abou Moustafa/Reuters)


"L’indifférence de Gaza indiquera sa fin

Par Mohammed Azaria, Haaretz, 30 juillet 2019

Il fait très chaud à Gaza et l’humidité est insupportable. La plupart des lecteurs diront que ça, ce n’est pas vraiment une nouvelle et passeront par-dessus – il fait chaud et humide partout. Mais à Gaza, c’est différent. La canicule est arrivée en même temps que l’annoncé de l’arrêt de l’unique centrale électrique de la bande de Gaza. La coupure des lignes électriques avec l’Egypte perdure toujours. Normalement, les résidents de Gaza peuvent compter sur 4 heures consécutives d’électricité par jour avec des coupures entre 12 et 16 heures. Pourtant, récemment, les coupures durent entre 18 et 20 heures et le courant est établi durant 3 heures.

J’habite à Deir al-Balah, une petite ville calme et belle au cœur de la bande de Gaza. J’aime ma petite ville et je me sens lié à tout ce qui en fait partie. Nous habitons un appartement au deuxième et dernier étage. Pour notre malheur, il se situe face au sud-est, ce qui veut dire qu’il est exposé au soleil dès le matin jusqu’au coucher du soleil. Et lorsque le soleil n’est plus là, les murs de la maison dégagent toute la chaleur de la journée dans l’appartement humide. Nous, enfermés dedans, nageons dans la transpiration sans savoir comment faire.

Notre situation est enviable par rapport à beaucoup d’autres. Au moins, j’ai un appartement. Je ne vis pas dans une hutte fabriquée de plaques de tôles qui devient un four le jour comme la nuit. J’ai un ventilateur qui marche sur piles et je peux veiller sur ma femme et mes enfants dans le petit jardin en bas de la maison jusqu’à ce qu’ils s’endorment. Je les porte, un par un, en haut dans leurs lits. Mais rapidement, ils transpirent et se retournent dans leur sommeil en cherchant à respirer et à trouver un répit de la chaleur.

Pour ma part, jusqu’à minuit, j’hésite entre dormir sur le canapé près de la fenêtre ou sur le sol du balcon. Ca me brise le cœur de voir mes enfants m’imiter en dormant par terre. Le sol est si dur, mais mon fils s’y trouve soulagé ainsi grâce à un peu de fraicheur.

Les coupures de courant se répercutent sur le pompage de l’eau dans les maisons partout dans la bande de Gaza. Dernièrement, la situation est devenue plus grave que d’habitude. Depuis deux jours, nous n’avons plus d’eau dans la maison. Le linge sale s’accumule et l’eau – même froide – pour une douche de 5 minutes manque. C’est le rêve de tout habitant de Gaza cet été 2018 – une douche froide !

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Vue de la ville de Deir-al Balah, 2017

Il y a deux semaines, Israël a fermé le passage de Kerem Shalom à toute marchandise qui n’est pas considérée comme « humanitaire », en arrêtant le peu de commerce que Gaza avait avec le reste du monde. À mon avis, cela aurait dû augmenter la peur des civils, mais on sent que les habitants de la bande de Gaza sont en train de perdre leur intérêt dans la vie au point de devenir indifférents à tout ce qui leur arrive. Au lieu de se fâcher par rapport aux évènements, les gens sont en train de tout encaisser. Ce qui leur importe est de simplement survivre le jour et l’instant présent, sans se préoccuper du lendemain.

L’année dernière, beaucoup des résidents de Gaza ont choisi la mort plutôt que la vie telle qu’elle est ici. Cette année, on entend à nouveau des histoires des suicides de jeunes hommes et de jeunes femmes. Un s’est donné la mort à cause de ses dettes, un autre a simplement perdu tout espoir. La question maintenant n’est pas cynique mais pratique : y-aurait-t-il une fin à la punition imposée aux habitants de Gaza ou est-ce que leurs souffrances vont continuer indéfiniment ?

Une partie de mon travail consiste à rencontrer des personnes d’autres pays qui sont intéressées à cette situation. Ils posent des questions importantes concernant l’infrastructure à Gaza qui est considérablement détériorée. Ils cherchent des idées de réparation ou de reconstruction pour répondre aux besoins essentiels des habitants. 

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Des enfants palestiniens jouent dans un quartier défavorisé du camp des réfugiés de Khan Younis, bande de Gaza, 29 juillet 2018 (Credit: AFP)

Il y a en effet un besoin aigu qui demande la mobilisation immédiate de toutes les forces dans la région. Mais ma petite ville, qui est devenue une ville sombre et triste, m’a appris quelque chose de nouveau. Ma ville, ainsi que toute la bande de Gaza, a besoin de voir son infrastructure réhabilitée, c’est certain, mais il est avant tout urgent de parer à la réhabilitation des hommes, des femmes et des enfants qui y habitent.

Mohammed Azaria est un habitant de Gaza et travailleur de terrain pours Gisha – le Centre légal pour la libre circulation. »

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