02/09/2018

Pourquoi les affaires ne marchent pas ? [2e partie]

Lorsque j’ai commencé ce blog à Gaza en 2007, je fréquentais une imprimerie où les employés avaient des relations téléphoniques quotidiennes avec une firme en Israël qui leur fournissait du papier de meilleure qualité et meilleur marché que celui disponible depuis l’Egypte. Un employé de l’imprimerie en particulier apprenait l’anglais (dans un cours que j’enseignais) avec plaisir afin de mieux discuter avec son homologue israélien. Leurs discussions professionnelles tournaient autour des difficultés de l’importation de ce papier que l’Israélien voulait vendre et que le Palestinien voulait acheter. Cela me semblait absurde.

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Marché de la ville de Gaza, 6 mars 2018 (Ashraf Amra / APA images)


« La lutte d’une palestinienne pour amener de l’électricité à Gaza face aux agissements israéliens à la frontière

Par Shukri Sadeh, Haaretz, 28 août 2018

Les difficultés auxquelles Mashhawari doit faire face sont un exemple parmi d’autres des déséquilibres inhérents à l’économie de Gaza. Depuis l’enlèvement du soldat israélien Gilad Shalit en 2006 (il fut libéré lors d’un échange de prisonniers en 2011), l’électricité arrive dans les foyers pendant quelques heures par jour. Depuis 2007, le moment que le Hamas est devenu responsable du gouvernement, la bande de Gaza subit un blocus impitoyable. Pour le Hamas, toute coopération commerciale entre des hommes ou femmes d’affaires de Gaza et des homologues israéliens est à proscrire.

En même temps, le Hamas impose des impôts lourds, tout en refusant des offres telle que celle de l’Autorité des eaux israéliennes Mekorot qui proposait d’installer de grands tuyaux dans la bande de Gaza pour qu’Israël puisse vendre son eau au prix coûtant. Du surcroit, les restrictions sur l’entrée et la sortie des marchandises et le fait qu’Israël n’autorise que 5000 commerçants à voyager entre Gaza et Israël étouffent l’économie.  Selon le Lieutenant-Colonel (res.) Michael Sirulnik, ancien liaison économique entre Israël et la bande de Gaza : « Auparavant, les industries de textiles et de meubles gazaouies exportaient leurs biens à leurs homologues israéliens mais après 2007, l’Etat a empêché toute possibilité de développement économique. Tous les gouvernements israéliens ont adopté une politique dure et brutale d’affamer et de nuire à la population gazaouie pour affaiblir le Hamas, mais la réalité prouve que cela n’est simplement pas productif. »

Entre 2007 et 2010, Israël a aussi décidé quels produits étaient admis d’importation, y compris la nourriture. Il y avait des périodes où l’on refusait l’importation du bétail. Le Major-Général Amos Gilad, coordinateur des activités du gouvernement dans les territoires [COGAT]en ce moment-là, avait l’habitude de dire à ses collègues : « Je n’ai pas envie que les Hamasniks à Gaza mangent des entrecôtes. » …

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Lors de la réouverture du passage Kerem Shalom, à Rafah au sud de la bande de Gaza, un membre de la sécurité palestinienne contrôle les arrivées à côté d’un camion-citerne, 15 août 2018 (Reuters)

Aujourd’hui, il y a des marchandises qui entrent, mais très peu qui sortent. Dans la première moitié de l’année 2018, presque 50'000 camions ont pu accéder à la bande de Gaza, tandis que seuls 1'580 camions ont pu traverser la frontière dans l’autre sens. La plupart de ces camons-là convoyaient des produits agricoles en Cisjordanie, seuls 396 avaient Israël comme destination, et la plupart d’entre eux transportaient de la ferraille. La semaine dernière, lors de l’ouverture du passage de Kerem Shalom, le Ministre de la Défense a annoncé que 700 camions furent autorisés à entrer dans la bande de Gaza. Ils transportaient des matériaux pour la construction, des textiles, des fruits et des légumes, du carburant diesel, du gaz pour cuisiner, de la benzine et des produits d’hygiène.

A partir de l’année 2010, à cause de l’incident du Mavi Marmara (dans lequel 10 passagers de ce bateau qui essayait de défier le blocus ont été tués et 19 soldats israéliens blessés), les règles pour le mouvement des biens étaient quelque peu relaxées. Ce changement concernait principalement la nourriture. Pourtant, il n’y avait aucune politique claire au sujet de toute autre sorte d’importation pour établir ce qui était admis et ce qui était à ban.

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Fraises dans les mains d’un fermier de Beit Lahia, au nord de la bande de Gaza, 14 février 2018, interdites de l’exportation en Israël selon Gisha (Mahmoud Ajour/ APA images)

« Tout le système de décisions et leurs raisons d’être reste inconnu, » dit Shai Grunberg, porte-parole pour Gisha, Centre légal israélien pour la libre circulation. « Jusqu’à cette semaine, par exemple, il n’était pas possible d’importer de la marchandise par le passage de Kerem Shalom, excepté quelques biens définis par Israël comme aide humanitaire. Après la guerre en 2014, il est devenu possible d’exporter des textiles, des meubles et de la ferraille en Israël. Pourquoi des produits-ci et pas d’autres que se vendraient bien ? L’exportation des aliments transformés, par exemple, est prohibée. Un autre exemple : malgré tous les produits agricoles cultivés à Gaza, l’exportation autorisée pour Israël se limite à des tomates et des aubergines, et ceci dans des quantités restreintes. Les décisions sont arbitraires et n’ont rien à faire avec la sécurité. »

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