04/09/2018

Pourquoi les affaires ne marchent pas ? [3e partie]

Pourquoi les affaires ne marchent pas ? [3e partie]

Une communication de Gisha, Centre israélien pour la libre circulation donne les détails d’un processus légal extrêmement long et compliqué qui a abouti à l’établissement de qui avait le pouvoir d’autoriser quoi concernant l’importation des biens dans la bande de Gaza. Grâce à Gisha, il y a plus d’un an, on sait que ce sont les autorités environnementales et en communication de l’Administration civile (CLA) pour la Cisjordanie qui délivrent les permis pour tout article dans les domaines de la communication, de la chimie ou du plastique. D’autres articles, tels des véhicules, des matériaux pour la construction, du bois de charpente, des machines à rayons-X, des réservoirs d’essence et des pompes, ont besoin de permis délivrés par l’officier de l’industrie et du commerce ou le chef du département de l’économie, qui travaillent tous les deux dans le CLA pour Gaza.

Les articles dits d’«aide humanitaire» (nourriture et tout ce qui est médical, par exemple) sont coordonnés avec le COGAT par l’Autorité palestinienne et l’ONU. Pour ce genre d’article, c’est le CLA pour Gaza qui a le mot final. C’est ainsi que Majd a appris que les Sunbox n’avaient pas reçu l’approbation nécessaire des autorités.

Le problème qui obsède les autorités israéliennes est le potentiel de l’« usage double » d’un article, c’est-à-dire, qu’un article ostensiblement à l’intention d’un usage civil risquerait à servir à un usage militaire. Les conséquences de ce souci sont le sujet de la troisième partie de l’article de M. Sadeh.  

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Le Sunbox – danger potentiel ? (https://www.launchgood.com/project/bringing_light_to_gaza_1#!/)


« La lutte d’une palestinienne pour amener de l’électricité à Gaza face aux agissements israéliens à la frontière

Par Shukri Sadeh, Haaretz, 28 août 2018

Les dangers des biens à usage double

Il y a aussi la liste des biens considérés d’« usage double », tels les balles désodorisantes pour WC, qui sont interdites d’entrée dans la bande de Gaza. Les commerçants qui ne se tiennent pas au courant de la liste trouvent souvent leur marchandise confisquée puisque on l’estime d’usage double ou parce qu’elle était dans un camion transportant d’autres marchandises considérées d’usage double.

L’avocat Guy Zahavi, qui représente des clients commerçants de Gaza, dit que bientôt, la Cour Suprême va sérieusement considérer la question s’il est permissible pour l’Etat de confisquer des biens pour la simple raison qu’ils se trouvaient parmi d’autres marchandises dans un même camion.

« Au passage de Kerem Shalom, ils ont une fois saisi 32 générateurs manufacturés par Caterpillar qui valaient 2$ millions en disant qu’ils servaient à des buts terroristes. Il a fallu un an et demi des séances de tribunal pour que l’Etat soit d’accord de rendre les générateurs. »

« Il y a des dizaines d’histoires semblables. Ceux qui sont les plus touchés sont des commerçants qui envoient des biens en-dessus de tout soupçon. Quelques fois, ils n’ont d’autres alternatives que de se joindre à d’autres collègues pour le transport de leurs biens dans un seul camion, afin de réduire les coûts, en courant le risque que toute la marchandise dans le camion soit confisquée. »

Pendant la période que Kerem Shalom est resté fermé à partir du 9 juillet, seulement des biens définis en tant qu’humanitaire, tels la nourriture et l’essence, ont reçu le feu vert pour Gaza. D’autres marchandises destinées à Kerem Shalom ont été transférées au stockage à Ashdod ou dans des entrepôts des hommes d’affaires près de Gaza. Entretemps, les Gazaouis ont commencé à calculer leurs pertes : dans une telle situation, l’importateur gazaoui souffre une double perte -le coût du stockage et une baisse de revenu puisqu’il n’a pas de marchandise à vendre à Gaza.

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Atelier de vêtements à Gaza (Mohammed Asad pour un article de l’Electronic Intifada, septembre 2017)

Nabil Bawab, homme d’affaires de Gaza, propriétaire d’un atelier de couture qui fournit des chaînes de vêtements en Israël, dit que depuis le passage de Kerem Shalom a fermé, il a perdu 2 millions de shekels (550’000$). Quand le passage est ouvert, il emploie 600 travailleurs, mais seulement 100 lorsqu’il est fermé. Il y a trois semaines, lorsqu’on a annoncé la réouverture limitée du passage, Bawab y est allé en espérant que ses camions pleins de vêtements auraient un permis pour traverser, mais en vain. Finalement, après plus d’un mois, la semaine passée, Bawam a pu envoyer ses camions en Israël. …

Mohammed Abou Nahla a une petite entreprise en Israël qui fabrique de l’équipement pour la télécommunication de grands standards (des hôpitaux, par exemple). Il raconte que la fermeture de Kerem Shalom l’a obligé à licencier 11 de ses ouvriers. « Tu comptes sur l’arrivée régulière de l’argent et, jusqu’à il y a deux jours, tout était bloqué, » dit-il. « Je dois aussi tenir compte du coût du stockage. Pour minimiser mes pertes, je préfère envoyer la marchandise en Cisjordanie. »

Du côté israélien près de Gaza, des dizaines de petits commerçants fournissent des services de transport et du stockage pour Gaza – en fait, ils gagnent leur vie en fonction de l’activité au passage de Kerem Shalom. Yair Moshe a la plus grande entreprise parmi eux, avec des entrepôts à la jonction de Magen. Lorsque le passage ouvre, il fait des affaires en transportant des biens au passage. Lorsque Kerem Shalom ferme, il fait des affaires du stockage, quoique stocker, c’est moins rentable.

Moshe explique que la situation lui porte préjudice à lui, aussi : lors de la fermeture du passage, il a perdu entre 2,5 millions et 3 millions shekels. « Lieberman a déclaré qu’il ne laissait pas passer ni des couches jetables pour bébés, ni produits de nettoyage, ou toutes sortes de sottises qu’il a inventé, dans la bande de Gaza, mais il oublie que ça, c’est notre seule source de revenu, » dit Moshe. « Qu’est-ce que je suis censé faire – licencier mes 60 employés ? Des milliers de personnes gagnent leurs vies à Kerem Shalom – des chauffeurs, des garages, des stations d’essence – et l’Etat ne pense pas du tout à nous verser des compensations. »

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Ministre de la Défense Lieberman inspecte des pommes au passage du Kerem Shalom, 22 juillet 2018 (Ariel Hermoni / Ministère de Défense)

Mais pas tout le monde ne perd dans cette situation. Ceux qui en profitent presque toujours sont les sociétés pétrolières. Pendant les années de tension entre Israël et Gaza, c’est eux qui vendent de l’essence, du carburent diesel et du gaz de cuisson à Gaza. Ces jours-ci, le marché pour le carburant est divisé également entre Paz et Oil Refineries SA. Paz fournit 85% du gaz de cuisson, Oil Refineries, ce qui reste. En 2017, selon le rapport annuel du Paz, leurs ventes à l’Autorité Palestinienne revenaient à 1,24 trillions de shekels. Des ventes à Gaza représentaient 20% de ce total.

Cependant, ces sociétés n’ont pas toujours joui de l’exclusivité. Jusqu’à il y a peu d’années, beaucoup d’essence bon marché arrivait à Gaza à travers des tunnels depuis le Sinaï. Cette route est maintenant bloquée par les Egyptiens.

Le marché pour le carburant dans la bande de Gaza fonctionne selon ses règles à lui. D’un côté, les gens et les institutions publiques achètent du carburent pour faire tourner des générateurs à cause de la pénurie aigüe en électricité. Gaza n’a qu’une seule centrale électrique qui est à peine fonctionnelle. De l’autre côté, puisque le Hamas refuse de rembourser l’Autorité Palestinienne pour le carburant, l’Autorité Palestinienne limite souvent la quantité de carburant qu’il achète à l’intention de Gaza. En même temps, cette réduction dans la quantité de carburant est soigneusement calculée : le carburant est une corde de vie à Gaza et l’Autorité Palestinienne profite des impôts imposés sur son vente.

Du point de vue du citoyen moyen et encore plus de l’homme d’affaires, la situation du carburant et de l’électricité à Gaza est tout simplement catastrophique. Bawab, à titre d’exemple, paye 8'000 par mois pour l’électricité lorsque son usine est alimentée par la centrale palestinienne. S’il doit se servir de son générateur, il doit débourser entre 35'000 et 40'000 shekels. »

 

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