06/09/2018

Pourquoi les affaires ne marchent pas ? (4e partie)

Les légumes et les fruits de Gaza sont délicieux, comme peut témoigner toute personne qui a pu goûter de leur mangues, des pommes de Beit Hanoun, de leurs tomates, de leurs petits concombres succulents, … la liste pourrait être très longue. Pourtant, peu des produits agricoles sont exportés ou plutôt, exportables. De manière complètement déséquilibrée, les marchés de Gaza reçoivent de leur côté des quantités de légumes et fruits en provenance d’Israël.

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Exposition des produits agricoles locaux, ville de Gaza, 28 novembre 2017 (Ashraf Amra / APA images)


« La lutte d’une palestinienne pour amener de l’électricité à Gaza face aux agissements israéliens à la frontière

Par Shukri Sadeh, Haaretz, 28 août 2018

La santé publique – un prétexte ?

L’agriculture est une autre industrie qui pâtit de la tension entre Gaza et Israël. Auparavant, l’agriculture était un des piliers de l’économie gazaouie. Dans les années ‘90’s, environ 8 pourcent des légumes consommés en Israël venaient de Gaza. Mais l’armée israélienne a rasé la végétation au nord de la bande de Gaza et l’industrie s’est trouvé affaiblie.

Les Gazaouis exportent des quantités importantes de fruits et de légumes en Cisjordanie – des poivrons, des aubergines, des tomates, des concombres, des patates douces, des dattes et des fraises. Mais pour Israël, l’exportation se limite aux tomates et aux aubergines et pas des grandes quantités : 200 tonnes d’aubergines et 250 tonnes de tomates par mois.

Ces dernières années, avec des augmentations du prix des tomates, les ministères de finance et d’agriculture ont autorisé des importations de tomates depuis la Turquie et la Jordanie. Pourquoi alors est-ce que l’on ne peut pas autoriser l’exportation de toutes sortes de légumes pendant toute l’année de Gaza, pour le bénéfice des consommateurs gazaouis et israéliens, tous les deux ? Selon le Ministre d’Agriculture, la raison tient des soucis pour la santé publique : « La décision concernant ce qui vient en Israël se fait en considération des maladies et des animaux nuisibles qui pourraient infester l’agriculture israélienne, » dit le ministère. « Dans un sondage de la gestion du risque du ministère, on a déterminé que les aubergines et les tomates ne posaient pas de risque par rapport aux autres produits

 

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La récolte des dattes au milieu de la bande de Gaza, 12 octobre 2017 (Atia Darwish / APA images)

Cependant, des gens qui connaissent bien la situation à Gaza affirment que la raison de cette limitation des importations est politique. Prenons l’exemple d’Avraham Herzog, qui exporte des fruits à un partenaire palestinien à Gaza. C’est un fin connaisseur du passage de Kerem Shalom et du commerce agricole entre les deux entités. Il qualifie l’explication du Ministère d’Agriculture une réponse « de politique cynique ». Herzog élabore : « Ils disent qu’à Gaza, ils arrosent les cultures avec des eaux usées, mais à Gaza, il n’existe pas des eaux usées de piscine, alors on ne peut pas arroser avec ces eaux usées. Ils peuvent aussi parler des pesticides et des chimies, mais Israël ne permet pas l’entrée de ces substances dans la bande de Gaza puisqu’elles sont considérées usage double. En un mot, tout ce qui concerne la bande de Gaza tourne autour de la politique. »

Gershon Baskin, fondateur du Centre israélien/palestinien pour la recherche et l’information [IPCRI ndlt], connaît très bien le potentiel de l’agriculture gazaouie. « Il n’y a pas de doute qu’ils pourraient cultiver beaucoup plus de tomates dans la bande de Gaza …», dit-il. « Même dans les bons vieux jours d’Oslo [les Accords d’Oslo datent des années ’94 et ’95 ndlt], lorsque le prix de tomates s’est trop baissé, ils ont soudainement découvert des problèmes sanitaires dans les champs de tomates, ou toutes sortes d’autres problèmes, qui rendaient nécessaire la restriction de l’importation des tomates. »

Mais, note Herzog, quand le prix des fruits en Israël sont trop bas, on les envoie à Gaza. Il s’attend à ce que dans l’année à venir, la bande de Gaza va reçoive « beaucoup de pommes, de bananes et d’avocats. Les quatre organisations des grands cultivateurs sont en train d’organiser cette exportation dans leur conseil de production. Il va y avoir tant de fruits l’année prochaine que je ne serai pas surpris si une partie des produits sera envoyée à Gaza gratuitement afin de garder les niveaux des prix en Israël. »

«Clairement, » ajoute Sirulnik, « le moment qu’il y a des excédents de produits agricoles, ils les envoient dans la poubelle d’Israël – qui s’appelle la bande de Gaza. Au Bureau de Coordination et Liaison, ils s’occupent des régulations concernant le prix des fruits et des légumes en Israël. C’est vrai qu’en principe, l’armée est censée s’occuper des questions de sécurité et ne pas se mêler des prix de fruits ou des légumes, mais quand il s’agit de la bande de Gaza, c’est normal.

 

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La première pépinière d’ananas à Gaza, Khan Younis, au sud de la bande de Gaza, 8 novembre 2017 (Mohammed Assad / APA images)

« Gaza est un marché des surplus, » dit Avraham Ehrlich, directeur du département des légumes du Conseil des Plantes, lui-même un agriculteur. Il explique qu’étant donné que le prix des fruits et les légumes sont prohibitifs pour beaucoup de Gazaouis, c’est normal de leur envoyer des produits inférieurs, même si cela n’est que par rapport à la taille ou la forme du produit. Erlich offre un exemple d’une certaine exportation à Gaza : « Il y a quelques années, moi et d’autres agriculteurs ont cultivé une espèce d’agrume – l’Odem - en réponse à une demande du Ministère d’Agriculture. Nous avons découvert que les Israéliens ne les aimaient pas puisque, quoique le fruit soit sucré, il est petit. Un grand nombre d’agriculteurs l’ont vendu à Gaza pour un prix ridicule – entre 60 agorot et 1 shekel pour un kilo – ainsi, réduisant leurs pertes à un minimum. »

Le commerce entre Israël et Gaza – tout particulièrement le commerce en biens agricoles – ne fonctionne pas selon des règles claires. Des intermédiaires et des opportunistes israéliens et palestiniens profitent de ce vide. Le chaos dans la bande de Gaza et le fait que les commerçants sont souvent refusés d’entrée en Israël sont aussi exploités par certains Israéliens, par exemple des agences de douanes. Parfois aussi des Israéliens se plaignent du fait que des hommes d’affaires palestiniens profitent de la situation catastrophique à Gaza.

Le COGAT nous a répondu :

« Depuis 2007, la bande de Gaza est contrôlé par l’organisation terroriste du Hamas qui essaye de nuire à la souveraineté et la sécurité d’Israël par une manipulation cynique de la population de Gaza, en le transformant dans un bouclier humain pour des actes de terreur contre les citoyens d’Israël.

« Dans les dernières semaines, vu l’intensification des activités terroristes contre Israël, le ministre de défense a ordonné l’imposition des restrictions sur l’activité au passage de Kerem Shalom, sauf pour l’entrée de la nourriture, des médicaments, de l’essence et du gaz du cuisson, qui continuent à être importés.

« Concernant l’exportation des biens de Gaza, nous soulignons que toute marchandise qui est estimée sans risque pour la sécurité peut obtenir un permis pour la vente en Israël. Par rapport aux aliments transformés destinés à l’exportation en Israël, les produits doivent respecter les normes obligatoires du Ministère de la Santé.

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11 mars 2015 : Pour la première fois dans 8 ans, Israël importe des fruits et des légumes de Gaza. Ouvriers avec un camion de tomates, Rafah, sud de la bande de Gaza, Jewish Telegraphic Agency (Abed Rahim Khatib/ Flash90)

« Il n’y a aucune restriction sur la soumission d’une demande à faire du commerce. Néanmoins, chaque demande doit correspond aux critères détaillées qui se trouvent sur le site web du COGAT et sera approuvé suite à une contrôle de sécurité. Si la marchandise est de nature double usage, toute demande est approuvée après avoir obtenu un permis. C’est au cas par cas. Nous ne sommes pas au courant d’un phénomène de retard d’une entrée d’un bien lorsqu’il se trouve dans un camion avec des biens double usage. »

 

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