13/09/2018

L’heure du thé

Tout est possible. C’est une approche qui apporte du bien et de l’énergie. Rien n’est possible. C’est une conviction qui confirme le désespoir et l’impasse. Au milieu de tout cela, le changement s’annonce, inexorable. Résister, c’est se faire mal. C’est une constatation dans les arts martiaux et dans les défis que la vie avec les autres nous imposent. Le changement, par contre, peut venir à tout petits pas, comme celui de la résistance de l’objecteur de conscience de notre dernier article. Et comme l’invitation au thé de quelques Palestiniens de Gaza à des voisins Israéliens, vendredi dernier, au milieu des manifestions pacifiques et pourtant mortelles pour certains. Une histoire qui ne risque pas à être raconté dans les médias, parue sur le site + 972 mag en anglais. Je vous livre la traduction en français ici. Demain, c’est vendredi.

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L’heure du thé le long de la frontière entre Israël et la bande de Gaza lors de la Grande Marche du Retour, 7 septembre 2018 (Haim Schwarczenberg)


« Gazaouis invitent activistes israéliens pour le thé

Pendant que des soldats israéliens tiraient sur des manifestants palestiniens, des activistes des deux côtés se rejoignaient – aux deux côtés de la barrière – pour prendre un thé, acte symbolique pour marquer leur désir de voir venir un jour sans barrières et sans agression.

Par Dalit Baum, + 972 Magazine, 12 septembre 2018

Au coucher du soleil le vendredi passé, j’ai partagé une couverture avec de chers amis, sur une colline à la campagne, près d’un beau verger, en prenant du thé dans des tasses en porcelaine mélangé de larmes et de gaz lacrymogène [On ne peut faire justice à l’anglais en le traduisant : « mixed with tears and tear gas » ! ndlt]

Devant nous, nous voyions comment des milliers de manifestants palestiniens marchaient, comme ils l’ont fait chaque vendredi depuis quatre mois, en essayent d’atteindre la barrière que nous sépare d’eux. Cette barrière scelle les deux millions d’habitants de Gaza dans la plus grande prison au ciel ouvert du monde. Nous écoutions les tirs incessants et les explosions, nous regardions les panachées de gaz lacrymogène se mélangeant aux colonnes de fumée noire des pneus en flammes. Nous entendions les sirènes d’une ambulance, puis une autre, puis une autre, de plus en plus. Six Israéliens assis paisiblement près d’un verger et d’une route en terre, nous buvions notre thé solennellement en regardant notre propre armée tirer sur des manifestants enfermés.

À la différence des soldats, nous y étions invités. Nous avions téléphoné avec nos hôtes, en écoutant leurs voix en dessus des cris et des explosions. Soudainement, nous avons entendu un hurlement et une acclamation de la foule : les manifestants ont fait descendre un drone qui leur déversait du gaz lacrymogène. Nous avons crié notre solidarité avec eux juste avant qu’un changement de vent nous a enveloppés dans un gaz lacrymogène qui n’était pas à notre intention.

Voir le blog de Haim Schwarczenberg pour la rencontre des Palestiniens de Gaza et les Israéliens autour d’une tasse de thé :

https://www.youtube.com/watch?v=bezGmQsKtuY&feature=youtu.be

Nous n’étions que six Israéliens sur cette colline, là où nous devions être des milliers. Les équipes du média juste à côté nous a totalement ignorés. Nous avions levé des drapeaux tout haut, en espérant d’être aperçus par les manifestants. Ils nous ont dit par téléphone qu’ils pouvaient bien nous voir et, pour un instant, ce goûter absurde nous semblait complètement parfait.

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Les drapeaux du vivre ensemble (Haim Schwarczenberg)

Après trois minutes, les militaires sont arrivés. Ils n’avaient rien contre notre thé mais ils ont trouvé les drapeaux perturbateurs. Nous avons dû partir sous leur escorte par un coucher de soleil magnifique.

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Soldats et activistes (Haim Schwarczenberg)

Ce jour-là, il y avait 210 manifestants blessés près de la barrière, parmi eux 15 enfants, 45 entre les 210 avaient essuyé des tirs de balles réelles. Deux adolescents de la ville de Gaza ont été tué par les tireurs d’élite : Belal Mustapha Khafaja, 17 ans, et Ahmad Masbah Abou Tuyur seulement 16 ans, qui a succombé à ses blessures samedi. Que leur mémoire soit une bénédiction.

Dalit Baum est une activiste avec returnsolidarity (https://returnsolidarity.com) .  Une première version de cet article se trouve ici. Les photos et la vidéo sont le travail de Haim Schwarczenberg. Vous pouvez consulter plus de son travail sur son blog : https://schwarczenberg.com/ . »

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