01/10/2018

Liberté, style gazaoui : il ne reste rien à perdre

L’Editorial du premier journal israélien Haaretz du 29 septembre résume la situation. Janis Joplin l’a déjà chanté: « Freedom’s just another word for nothin’ left to lose ». La culture palestinienne a pris un grand coup lors de la destruction du Centre culturel al Mishal par des bombes israéliennes le 9 août. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les hôpitaux sont au bout des fournitures de toute espèce. Le rapport hebdomadaire du Centre palestinien des droits humains de la semaine passée confirme des attaques contre des pêcheurs. Tout projet éducatif, social ou artistique est impossible à entreprendre, faute de fonds.  L’éditorial, qui est en anglais, ne peut être plus clair quant à la limite critique où arrive la politique israélienne dans la bande de Gaza. Je vous livre ici sa version en français.

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Avenir for Children (Fondation PACF), salle de classe endommagée après une frappe israélienne, 15 juillet 2018 (photo Mohammed Zaanoun/ APA images)


« Juste avant l’explosion

Après un blocus de 11 ans, sans approvisionnement régulier en eau ou en électricité, sans carburant, sans sources de revenu, dans la plus grande prison du monde et, bientôt, sans aide humanitaire, les Gazaouis n’ont plus rien à perdre.

Editorial de Haaretz, 29 septembre, 2018

Pendant que le Premier Ministre Benjamin Netanyahou pinaillait dans un entretien avec CNN quant au sens du mot « Etat », le Ministère de Santé de Gaza a annoncé que sept Palestiniens ont encore été tués par des tirs israéliens lors de manifestations le long de la frontière. Parmi eux, Nasser Azmi Musbeh, 12 ans, et Mohmmad Nayef al-Houm, 14 ans.

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La place de Nasser dans son école à Khan Younis (Reuters/Ibraheem Abou Mustafa)

« J’ai découvert que, si on parle en utilisant des étiquettes, on ne va pas très loin parce que des gens différents donnent un sens différent au mot « Etat ». Alors, au lieu de parler des étiquettes, je préfère parler de substance. » Ceci est la réponse de Netanyahou lorsqu’on lui a demandé s’il était prêt de réaffirmer son adhésion à une solution à deux états.

Mais pour les Gazaouis, cela est complètement égal si Netanyahou a envie de parler d’étiquettes ou de substance. Le taux de chômage à Gaza est de 57% et la plupart de chômeurs ont entre 18 et 30 ans. Beaucoup d’entre eux passent leurs journées dans les villages de tentes dressées par le Hamas au début des manifestations de la Grande Marche du Retour. Là, au moins, ils ont accès à Internet https://www.letemps.ch/opinions/sauver-lunrwa-sauver-ledu... et à la télévision dans les tentes.

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Des jeunes font du parkour devant des tentes érigées pour la Grande Marche de Retour à Rafah, au sud de la bande de Gaza, 10 avril 2018 (Photo Ashraf Amra/ APA Images)

Hamas a donné une nouvelle vie aux protestations. Il continue à entraîner ses forces et a récemment organisé un entraînement civique en vue d’un futur conflit avec Israël. Et, comme un disque cassé, les Forces de défense israélienne (IDF) ont aussi attaqué.

Cette intensification du conflit dans la bande de Gaza était prévue et les hauts responsables de la défense israélienne sont d’avis qu’une confrontation militaire n’est qu’une question de temps. Ils donnent deux raisons à cela : d’abord, le processus de réconciliation entre l’Autorité palestinienne et le Hamas tourne en rond ; deuxièmement, il n’y a pas d’alternative à l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), qui bientôt arrêtera son aide humanitaire à la suite du retrait des fonds américains.

Environ la moitié des habitants de Gaza dépendent de l’aide alimentaire de l’UNRWA, dont les écoles prennent en charge 300'000 enfants. Elles emploient 18'000 enseignants et administrateurs. Il n’y aura plus de financement pour ces écoles dans le courant du mois d’octobre. A la suite de la décision des Etats-Unis de réduire drastiquement sa contribution à l’UNRWA, l’Union Européenne a promis 40 millions d’Euros additionnels. Le gouvernement israélien a-t-il réfléchi à ce qui se passera pour des centaines de milliers de Gazaouis qui dépendent de la nourriture fournie par l’UNRWA et pour les 300'000 enfants dont les écoles fermeront à cause du manque d’argent ? Ou, en fait, que fera l’IDF si et quand le peuple de Gaza, suite à une implosion humanitaire totale, se tournera vers Israël pour du secours ? Est-ce qu’elle tirera sur eux ?

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Première jour de l’école, école UNRWA dans la ville de Gaza, 29 août 2018 (AFP PHOTO / Mahmoud Hams)

La politique israélienne se contente d’opérer par la dissuasion mais quelles menaces contre la population gazaouie pourraient-elles encore avoir un effet ?  Après un blocus de 11 ans, sans provision régulière en eau ou en électricité, sans carburant, sans sources de revenu, dans la plus grande prison du monde et, bientôt, sans aide humanitaire, les Gazaouis n’ont rien à perdre. Si Netanyahou veut parler de substance, il n’y a pas de meilleur endroit pour entamer la discussion que la bande de Gaza, où il y a urgence de trouver une solution politique immédiate. »

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