La 4e Convention de Genève, une lettre morte ?

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La musique irlandaise a attiré un monde enthousiaste à Genève ce vendredi soir, venu soutenir l’Ecole de Musique de Gaza. L’organisateur, Denis McClean, a connu Gaza il y a une trentaine d’années.  La situation actuelle est fort inquiétante. Le même jour que le concert, des milliers de citoyens de la bande de Gaza se sont rassemblés le long de la frontière avec Israël pour la 44ième vendredi consécutive de la Grande Marche du Retour. Ces manifestations hebdomadaires, conçues dans un esprit non-violent, ont le but de communiquer au monde extérieur l’impasse des citoyens de Gaza, pris en tenailles dans les enjeux politiques qui les dépassent et étouffent leurs vies.  Le blocus de la bande de Gaza, doit-on le rappeler, dure depuis 12 ans.

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Lisa Lambe chante avec John McLoughin au Collège des Coudriers, le 25 janvier 2019, pour le Geneva Literary Aid Society (photo Carol)

Ce vendredi 25 janvier, des tirs à balles réelles et de gaz lacrymogène lancées contre des personnes non-armées ont fait leur lot habituel de tristes statistiques : une balle réelle tirée dans sa poitrine a tué Ihab ‘Atallah Hussain ‘Abed, 24 ans. Ce jour-là, le Centre palestinien pour les Droits Humains (PCHR) a recensé 117 blessés, dont 25 enfants, 3 femmes et 3 travailleurs médicaux.

Il faut encore mentionner les évènements des deux vendredis précédents. Le 11 janvier, Amal Mustapha al-Termasi, 45 ans, a été tuée par une balle dans la tête, alors qu’elle se tenait à une distance d’environ 200 mètres de la barrière entre Israël et la bande de Gaza. Elle est la troisième femme sans aucune défense tuée par l’armée israélienne. Les deux autres sont Wesal Sheikh Khalil, décédée le 14 mai, et la travailleuse médicale Razan al-Najjar, le 1er juin. Parmi les 128 blessés le 11 janvier, il y avait 14 enfants, 3 femmes, 2 journalistes et 2 travailleurs médicaux, toujours selon le PCHR.

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Wesal Sheikh Khalil lors d’une manifestation (photo The Guardian, Sari Jamal)

Le vendredi 18 janvier, le nombre de blessés se montait à 119 : 30 enfants, 5 femmes, 5 travailleurs médicaux et 2 journalistes. Selon le New York Times, plus de 6000 personnes ont essuyé des tirs des tireurs d’élite depuis le début de la Grande Marche du Retour le 31 mars 2018. L’armée israélienne a tué plus de 200 individus. Dans d’autres contextes ailleurs, ignorer la gravité de ces faits serait simplement inimaginable. Semaine après semaine, le PCHR publie un rapport détaillé sur le déroulement des manifestations et leurs conséquences, en concluant avec un rappel de ses responsabilités à la communauté internationale et à la Suisse tout particulièrement :

« Le PCHR fait appel à la Suisse, en tant qu’Etat dépositaire de la 4e Convention de Genève, afin qu’elle demande aux Hautes Parties contractantes de se réunir pour garantir qu’Israël respecte cette Convention. Le PCHR note que ces violations graves constituent des crimes de guerre selon l’Article 147 de cette Convention et selon le Protocole additionnel (1) aux Conventions de Genève qui garantit le droit à la protection des citoyens palestiniens dans les territoires occupés. »

Aujourd’hui, l’éditorial principal du journal israélien Haaretz cite la Quatrième Convention de Genève en dénonçant les agressions des colons israéliens de Mevo Shiloh sur les habitants du village d’Al-Mughayyir (Cisjordanie), sur leurs terres et leurs propriétés. Un Palestinien a été tué par un tir hier. Il y a eu des dizaines de blessés dans les marches hebdomadaires que les gens d’Al-Mughayyir ont initiées il y a deux mois, pour demander la protection des autorités israéliennes. Haaretz condamne « le mépris de la loi » montré par l’Etat d’Israël et ses forces de l’ordre : « Un pouvoir occupant a des obligations.». « Selon la Quatrième Convention de Genève, » dit Haaretz, « l’occupant doit s’occuper de la sécurité de la population qui vit sous l’occupation. Cela veut dire leurs droits, leurs propriétés et le droit de gagner leur vie. » La mort d’un seul homme a fait réagir les responsables d’Haaretz. Combien de morts faudrait- il encore pour que la Suisse réponde à l’appel du PCHR ?

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