L’armée israélienne les mains liées ?

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Deux articles du journal israélien Haaretz annonçaient cette semaine que la situation à Gaza atteint un point critique. Vendredi 8 février, l’armée a tué deux adolescents qui jetaient des pierres. Les tireurs d’élite ont aussi blessé 90 civils, dont 32 enfants, 3 femmes et un auxiliaire médical. Ce sont des statistiques qui s’ajoutent à d’autres, figurant dans un rapport médical international qui a retenu toute l’attention du gouvernement israélien.

Il y a eu plusieurs avertissements ces derniers mois concernant le système médical de Gaza à bout de souffle. Pour citer Yaniv Kubovich, le 5 février, « Il y a une pénurie de médecins, surtout de spécialistes, puisque tous ceux qui avaient la possibilité de trouver du travail dans un autre pays ont émigré. Les hôpitaux manquent 60% des médicaments de base, en particulier de génériques, d’antibiotiques et d’antidouleurs. Chaque semaine des centaines de personnes blessées par balles arrivent aux hôpitaux après les manifestations le long de la frontière, s’ajoutant aux 30'000 autres blessés de manière similaire. »

Hier, Haaretz a publié un éditorial qui résume cette situation sans précédent sur un ton légèrement ironique.

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Un jeune blessé de la Grande Marche du Retour, à l’est de Khan Younis, 11 janvier 2019 (photo : Ashraf Amra / APA images)

« Bombarder et s’inquiéter

Ce n’est pas le destin des malades ou des blessés à Gaza qui inquiète l’armée la plus morale du monde. C’est la crainte que la situation ne fasse d’obstacle à tout projet de guerre.

Editorial de Haaretz, 8 février 2019

Les membres du Cabinet de sécurité ont écouté des fonctionnaires haut placés du Ministère de défense brosser un sombre tableau de l’implosion imminente du système de santé dans la bande de Gaza. Selon les comptes-rendus de l’exposé (Yaniv Kubovich 5 février), quelque 6'000 personnes blessées par des tirs à balles réelles attendent toujours d’être opérées. Environ un quart d’entre elles ont développé des infections graves. Sans des soins adéquats, elles devraient subir une amputation. Des dizaines de milliers d’autres blessés ont besoin de soins introuvables à Gaza, en raison du manque sévère d’équipements, de médicaments et de spécialistes.

Ces constations ne sont pas nouvelles. Différents acteurs médicaux internationaux qui ont analysé l’état des services médicaux à Gaza ces derniers mois ont mis en garde contre l’implosion du système de santé. Ils ont aussi relevé les obstacles qu’Israël met sur le chemin des malades qui cherchent des soins médicaux en Cisjordanie ou en Israël. Mais jusqu’au présent, ces rapports ne semblent pas avoir été pris au sérieux par le gouvernement, qui persiste à rejeter sur l’Autorité palestinienne et sur le Hamas la responsabilité de l’effondrement des services publics à Gaza.

Cette fois-ci, pourtant, les autorités du Ministère de la défense ont mis en lumière un aspect du problème nouveau et particulièrement scandaleux. « Il sera difficile de mobiliser au niveau international un soutien pour une guerre contre Gaza », ont-elles averti. Elles ont même déclaré qu’une intervention internationale serait probable puisque tant de gens, et notamment les blessés, resteraient privés de soins médicaux.

En d’autres termes, ce n’est ni le destin des malades ou des blessés, ni l’implosion du secteur de la santé destiné à plus de deux millions de Palestiniens, qui inquiètent l’armée la plus morale du monde. Non, c’est la crainte que l’absence de services médicaux puisse entraver ou retarder des planifications en vue d’une guerre…

Cet avertissement des responsables du Ministère de la défense en rejoint d’autres qui font état de la relation étroite entre l’infrastructure des services et l’économie gazaouies et le soulèvement civil. Leur exposé rend le gouvernement directement responsable pour le succès ou l’échec de toute opération militaire dans le territoire. Cette menace va peut-être forcer le gouvernement d’enfin remplir ses obligations comme État occupant et de veiller au bien-être des résidents de Gaza. »

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