Traître à la patrie ?

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Une conférence de presse à Genève le 28 février a rendu publique les conclusions de la Commission indépendante d’enquête sur les manifestations en 2018 dans les territoires occupés palestiniens. Le même jour, Roman Levin, 19 ans, a refusé de réintégrer son travail dans l’armée israélienne, ayant déjà accompli 18 mois des 3 ans obligatoires. Un article du + 972 mag explique sa décision, rendu par écrit, en citant, parmi d’autres choses, « le meurtre des manifestants qui continue le long de la barrière de Gaza ». Notre traduction de l’article, paru d’abord en hébreu sur Local Call, et ensuite en anglais, suit ici.

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La famille d’Ahmad Abou Abid, 4 ans, en deuil le 12 décembre 2018. Il est mort le même jour, tué par des éclats des tirs de l’armée israélienne lors des manifestations de la Grande Marche du Retour. (photo Ashraf Amra / APA images)

 

« Objecteur de conscience israélien condamné à 30 jours de  prison

Par Orly Noy, + 972, 28 février 2019

Après 18 mois de service militaire dans l’armée israélienne, Roman Levin a expliqué à ses supérieurs qu’il n’était plus d’accord de participer à l’oppression du peuple palestinien. « Lorsque j’étais en visite en Ukraine, j’ai expérimenté le manque de respect envers des gens juifs. C’est comme cela que j’ai développé une empathie pour le peuple palestinien. »

Ce mardi, l’armée israélienne a condamné Roman Levin, 19 ans, à 30 jours de prison pour avoir refusé à continuer de servir à cause de son opposition à l’occupation israélienne.

Levin vient de la ville de Bat Yam, juste au sud de Tel Aviv. À l’âge de 3 ans, il a immigré en Israël avec des membres de sa famille depuis le Ukraine. Il y a environ 18 mois, il s’est enrôlé dans l’armée en croyant que son service serait une contribution à la société en tant que citoyen responsable.

Mesarvot, un réseau émanant de la base qui réunit des individus et des groupes qui refusent de servir dans l’IDF [Forces de défense israélienne ndlt] en guise de protestation contre l’occupation, a accompagné Levin en route à la Prison 6.

Voici ce que Levin a écrit dans sa déclaration de refus :

« Mon refus est un acte de protestation contre l’occupation, qui continue depuis plus de 50 ans, et un acte de solidarité avec le peuple palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza sous siège.

 

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Roman Levin arrive à la base militaire où il servait auparavant pour annoncer son refus de continuer à servir dans l’armée israélienne, vu son opposition à l’occupation israélienne.

Lors de ma visite à ma famille en Ukraine, j’ai rencontré un manque de respect envers des gens juifs. En Israël également, mes amis et moi, nous avons été l’objet de mépris à cause de notre ethnicité et notre culture. Ce sont ces expériences qui m’ont amené à ressentir une empathie pour le peuple palestinien opprimé. En Ukraine, il y a une guerre civile et quand j’y étais en visite il y a peu de mois, j’ai parlé avec des soldats qui n’avaient aucune idée pourquoi ils combattaient et qui meurent dans l’ignorance. Je pouvais les comprendre parce que moi, aussi, je ne suis pas d’accord avec la politique militaire d’Israël, qui vise principalement à faire durer l’occupation. Ces rencontres m’ont poussé à réfléchir par rapport au sens de mon engagement dans l’armée.

Je refuse de continuer à participer dans l’oppression du peuple palestinien. Dans les territoires [occupés], de plus en plus de colonies sont en train d’être construites pendant que des Palestiniens voient leurs terres confisqués et leurs maisons démolies. Depuis 2006, Israël a détruit plus de 2'000 foyers dans les territoires occupés. Les Palestiniens ne peuvent pas circuler librement ni à l’intérieur de leur patrie ni à l’extérieur : le passeport palestinien se classe 189ième au monde, et le droit de libre circulation pour ceux qui vivent dans la bande de Gaza est inexistant.

J’étais conducteur de camion dans l’armée, alors je passais une bonne partie de mon temps dans les territoires. Lorsque j’ai répondu affirmativement au recrutement, je croyais que l‘armée servait les intérêts des citoyens israéliens. Cependant, après avoir servi dans les territoires, je comprends que les actions de l’armée ne servent ni mes intérêts ni les intérêts des ouvriers en Israël, surtout avec le meurtre des manifestants qui continue à se passer le long de la barrière avec Gaza. La loi de l’Etat-Nation m’a encore fait comprendre. Je suis arrivé à la conclusion que tu ne peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre – que de résister à l’occupation, au racisme et à l’ordre capitaliste et, en même temps, de servir dans une armée qui entretient ces choses.

 

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Manifestation contre la loi de l’Etat-Nation, Tel Aviv, le 14 juillet 2018 (Jack Guez/AFP/Getty Images)

Du point de vue financier, cela serat avantageux pour ma famille et moi pour moi de terminer mon service afin d’obtenir un salaire et un permis important qui m’aiderait à trouver un bon travail. Mais pour la plupart des résidents palestiniens et surtout pour les habitants de Gaza, ceci n’est pas une possibilité. Chaque année, l’étau autour du peuple palestinien se resserre et l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de grandir. L’augmentation de la pauvreté vole tout espoir d’un meilleur futur aux ouvriers en Israël ; en même temps, le gouvernement justifie la guerre. L’état dépense environ 70 milliards de shekels sur le budget de la défense au lieu d’investir dans l’éducation, la santé ou l’aide sociale.

Pour le pur profit, Israël vend en douce des armes sophistiquées à des régimes despotiques tels l’Azerbaïdjan, le Soudan du sud et la Rwanda et à l’Inde, qui persécute le mouvement de résistance paysan – ces dernières années, environ 49 pour cent des ventes d’armes israéliennes ont été à l’Inde.

Le service militaire, étant donné le rôle répressif de l’IDF, fait obstacle à ce qui fait le plus peur à la classe dirigeante : une alliance entre les ouvriers juifs et arabes dans une lutte contre les hommes d’affaires tout puissants, le capitalisme de copinage et l’oppression nationaliste. Ce n’est qu’en alliance et solidarité avec la population arabe et avec d’autres groupes désavantagés tels les Éthiopiens, les Russes et les Mizrahim que nous pouvons créer un futur libre d’exploitation, de l’oppression et de guerres. »

Commentaires

  • Et que proposez-vous ?
    Moi je suggère une loi supra-nationale qui définit pour les relations internationales et la gouvernances les règles applicables, comme nous les avons pour les relations humaines ici, et que ces lois soient appliquées à toutes les nations ou entités équivalentes avec les mêmes critères.
    A ce moment, j'écouterai....

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