Au-delà de la politique : les enfants

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Les enfants sont des thermomètres de nos sociétés. Un enfant qui vend dans la rue ? Un enfant qui mendie ? Cela ne se voit pas à Genève de nos jours. À part, peut-être, d’une petite fille qui mendie avec sa maman dans le tram.

La faim évidente d’un enfant à Genève ne laisse pas indifférent. Pour les jeunes qui ne mangent pas dans la cafeteria de leur école à midi, faute de moyens, le gérant met quelque chose de côté. À Gaza aussi, on fait ce qu’on peut. Un article en anglais du journal israélien Haaretz raconte la situation des enfants moins favorisés à Gaza à la fin de Ramadan. En voici la traduction.

« Le blocus israélien, les sanctions imposées par l’Autorité palestinienne et les impôts supplémentaires imposés par le Hamas aggravent la situation 

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Des enfants préparent leur marchandise, ville de Gaza, 19 May 2019 (Crédit : Hatem Moussa / AP)

 Le visage de la pauvreté dans la bande de Gaza : enfants mendiants

par Rima Fathi, ville de Gaza, Haaretz, 5 juin 2019

On dit que tout le monde va à la plage à Gaza les nuits chaudes d’été, surtout pendant le Ramadan. Ceci n’était pas le cas seulement les années où la bande de Gaza recevait quatre heures d’électricité au maximum par jour – ce qui nous forçait à fuir l’étouffement de nos foyers sans lumière.

Mais cette année a été différente. Il y a quelques jours, lorsque nous nous sommes rendus à la plage après minuit, elle était presque vide. Parmi les peu de personnes présentes, il semblait y avoir plus de commerçants ambulants que des promeneurs. Et peu de gens achetaient.

Un vendeur de café restait à côté de sa charrette, à bavarder avec un ami. Ils ne nous ont prêté aucune attention, même quand nous étions juste à quelques mètres. Mais j’ai remarqué que personne n’achetait le café, qui ne coûte que 2 shekels (55 cents) la tasse.

Je pourrais justifier notre désastre économique, à compter par chaque tasse invendue, par trois causes : le blocus israélien, les sanctions que le président palestinien Mahmoud Abbas a imposé sur Gaza (tailladant dans les salaires pour des employés de l’état et arrêtant le paiement des allocations sociales) et les taxes supplémentaires que les autorités de Hamas ajoutent à certains produits et services.

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Jeune colporteur des pastèques, ville de Gaza, 19 mai 2019 (Crédit : Hatem Moussa / AP)

La différence entre un colporteur et un mendiant est bien mince. Les colporteurs vous offrent des bouquets de menthe fraiche, des biscuits, du chewing gum et des mouchoirs en papier. Quand vous dites non, ils vous supplient : « S’il vous plaît, donnez-moi quelque chose. »

Beaucoup de colporteurs sont des enfants, qui de toute manière se couchent très tard les soirs du Ramadan. On peut les voir dans la rue après 1h du matin en train de vendre leur petit lot de marchandise.

Un enfant, de peau noir, qui avait l’air fâché – il ne pouvait pas avoir plus de 8 ans - nous a proposé des bonbons qu’il a sorti rapidement d’un sac à dos. J’en ai acheté pour mon petit frère. Je venais juste d’acheter des épis de maïs chauds pour mes frères et moi. Quelque chose dans les yeux du petit colporteur m’a incité à lui en offrir un.

Il l’a pris et s’en est allé un peu plus loin, il boitait du pied gauche. Du coin de l’œil, je l’ai observé, ne pas voulant le mettre dans l’embarras. Il a dévoré le maïs avant de reprendre sa recherche de clients pour ses bonbons.

Ce garçon fait partie des statistiques de la pauvreté que nous connaissons tous bien, et qui ne cessent d’empirer. En juin 2018, le Bureau central palestinien de statistiques a constaté que 53 % des Gazaouis vivaient dans la pauvreté. Cela veut dire qu’ils vivaient avec moins de 4.50 $ par jour pour la nourriture, le logement, les vêtements, les soins de santé et l’éducation. Encore 33.8 % des gens de Gaza vivaient dans l’extrême pauvreté, avec moins de 3.60 $ par jour, selon les statistiques du même bureau.

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Des garçons palestiniens jouent avec un âne au nord de la bande de Gaza, 29 mai 2019 (Crédit : Mohammed Abed / AFP)

Quels sont les niveaux actuels de ces chiffres, je me demandais ce soir avant Eid al-Fitr, qui marque la fin du Ramadan.

Il y a des enfants mendiants partout dans les rues de la ville, surtout près des banques, des bancomats, des supermarchés, des boulangeries et des restaurants, ou ils se rassemblent. Des enfants – et des adultes – se précipitent sur des clients à leur sortie de ces établissements, leur demandant d’acheter ce qu’ils ont à vendre.

Ce phénomène est récent. Il nous hante, nous donnant l’impression de vivre dans un vieux film égyptien. Il y a quelques enfants qui mendient à l’entrée de l’Université Al-Azhar dans la ville de Gaza. Un de ceux-là fait tout ce qu’il peut pour que l’on achète ses bonbons. Ceux qui refusent ont même été maudits.

Ces dernières semaines, j’ai vu que la police essaie de les éloigner de notre vue mais cela ne marche pas très bien. Dès l’apparition d’un policier, les mendiants et les colporteurs disparaissent, mais une fois les flics partis, ils reviennent tout de suite à leur « postes de travail ».

Ils ont leurs propres lois, selon un d’entre eux. Chaque groupe a son territoire de travail. Si un autre groupe essaye de l’envahir, il y a une bagarre qui nous rappelle ce qui s’est passé en 2007 dans la bande de Gaza entre le Hamas et le Fatah. »

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