Les soupirs des pêcheurs de Gaza

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Le journaliste Gideon Levy a rédigé pour son journal, le Haaretz, deux articles, les 13 et 16 mai, sur un pêcheur et les pêcheurs de Gaza. Il ne peut plus aller à Gaza depuis 2006, alors que d’autres journalistes d’autres pays y ont accès. C’est pourtant un fin connaisseur de la petite enclave. (À lire son livre The Punishment of Gaza, 2010). En 2008, Levy a déjà raconté les tirs meurtriers de la marine israélienne sur des pêcheurs de Gaza en citant une chanson de Meir Banai, qui répète les paroles du poème de Natan Yonatan : « La marée basse, la marée montante, les soupirs ».

La gravité de la situation actuelle a donné lieu à d’autres réactions dans la presse anglaise. Le 13 juin, Gisha, le Centre israélien pour le droit de se déplacer, déplore la troisième fermeture totale de la mer de Gaza depuis le début de l‘année. Le jour suivant, journaliste Entsar Abu Jahal, basée à Gaza, résume la situation kafkaïennee des pêcheurs. Al-Monitor a publié son article, en anglais comme les trois autres. Je donne un aperçu ici sur les informations dans ces quatre articles. Tous dénoncent une pratique particulièrement pernicieuse.

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Des pêcheurs réparent leurs filets après une nuit de pêche, 3 avril 2019 (AP Photo /Khalil Hamra)

« Les tirs de l’armée israélienne ont rendu ce pêcheur aveugle. Israël lui refuse des soins

La marine israélienne : des géoliers en blanc

par Gideon Levy, le 13 et le 16 juin 2019, Haaretz

Israël impose une fermeture marine totale sur Gaza pour la troisième fois cette année

par Gisha, 13 juin 2019

Une abondance de poissons dans la mer de Gaza mais pas pour les Palestiniens

par Entsar Abou Jahal, 14 juin 2019 

 

La mer est interdite aux pêcheurs de Gaza, où la saison de pêche finira à la fin de ce mois. Israël explique que sa décision est une réaction à l’envoi des ballons incendiaires sur des colonies israéliennes près de la bande de Gaza. Selon Gisha, il n’existe aucune connexion prouvée entre les pêcheurs et ces engins incendiaires.

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Cérémonie de réception de la marine israélienne au port de Haifa, 6 juin 2019 (Crédit Kobi Gideon / GPO)

Les pêcheurs de Gaza ont un métier à très haut risque : exposés à des attaques imprévisibles de la marine israélienne, ils peuvent perdre leur bateau, leur gagne-pain précieux, qui risque de couler par des tirs ou d’être confisqué (4 cette année, selon B’Tselem) par la marine. Les pêcheurs sont souvent sommés de se déshabiller et de sauter dans la mer pour ensuite être arrêtés et amenés en Israël (21 cette année, selon B’Tselem) pour être interrogés et parfois emprisonnés. Les soldats de la marine tirent sur les phares des bateaux et leurs moteurs délibérément. Ils tirent aussi sur les hommes, les blessant (8 cette année selon B’Telem) et même les tuant. Le sort de Khader al-Saaidy est particulièrement triste. Al-Saaidy, 31 ans, est maintenant aveugle pour la vie suite à des tirs israéliens le 20 février de cette année. Pêcheur depuis l’âge de 13 ans, ayant déjà survécu à une attaque et à une peine de 16 mois dans une prison israélienne pour avoir dépassé une limite de 6 miles qu’il nie, il est responsable pour l‘entretien de 14 personnes.

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Khader Saaidy dans son modeste foyer entouré par ses trois enfants (Credit Khaled Al Azaiza)

Au début du mois d’avril, la zone de pêche dans la mer de Gaza était formellement élargie à un maximum de 15 miles suivant la trêve établie entre Israël et le Hamas par l’Egypte. Les pêcheurs avaient l’espoir que cet accord serait suivi par une expansion de 20 miles nautiques, comme stipulé par les Accords d’Oslo en 1993-94. Cependant, depuis la trêve en avril, Israël a changé les limites de la zone 8 fois pendant le mois de mai, en fonction des envois des ballons incendiaires.  

Ces restrictions de l’accès à la mer ont causé de grands dégâts à un secteur traditionnel de la bande de Gaza : beaucoup de pêcheurs se sont reconvertis ailleurs. Selon les Nations Unies, le nombre de pêcheurs à Gaza, qui était de 10'000 en l’an 2000, a chuté aujourd’hui à 3'700, dont seulement 2'000 partent à la pêche chaque jour. Une fermeture totale, mesure aussi arbitraire que sévère, n’avait jamais été imposé depuis l’unique fermeture identique en 2007, allant jusqu’aux trois fermetures de cet ordre cette année.

Le Ministère de l’agriculture a l’habitude d’avertir les pêcheurs des limites de la zone de pêche au milieu de la nuit – il y a même parfois des changements une fois les bateaux partis en mer. Nizar Ayyash, responsable du Syndicat des pêcheurs de Gaza, souligne que cette manière de fonctionner est source d’un grand stress pour les pêcheurs. Il appelle aux politiciens palestiniens à demander des garanties de limites fixes qu’Israël serait tenu à respecter. Il mentionne également que la quantité de fil en acier autorisée à l’import le 2 juin était insuffisante pour les besoins des pêcheurs.

Tout comme Gisha, Ayyash affirme que la valse des démarcations changeantes de la zone de pêche en Méditerranée revient à une punition collective illégale qui doit s’arrêter sans plus de délai. 

 

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