Encore des soupirs

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Un article de Haaretz nous informe que certains pêcheurs vont pouvoir récupérer leurs bateaux. Mais dans quel état ? Un premier bateau était de retour cette semaine sans donner lieu à des réjouissances. La suite des déboires des pêcheurs de Gaza continue dans un article récent par un journaliste du Haaretz dont je livre ici un résumé en français. Un article publié le même jour sur Al Jazeera anglais fournit une information supplémentaire : ce bateau et la famille du pêcheur ont déjà subi une attaque à l’intérieur de la zone de pêche autorisée en 2015. La douloureuse de ce premier incident : 24'000 $. Au total, 34 personnes dépendent des revenues du bateau.

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Le bateau du pêcheur Abdoul-Muti al-Habil revient à Gaza, le 2 juillet 2019 : la facture est de 3'000 $ (Walid Mahmoud / Al Jazeera)

« Des années plus tard, Israël rend le bateau d’un pêcheur de Gaza – endommagé, sans moteur

Par Jack Khoury, Haaretz, 6 juillet 2019

Suite à une bataille juridique et trois ans d’attente, Israël a rendu son bateau au pêcheur Abdoul-Muti al-Habil. Il est parmi les 21 pêcheurs palestiniens dont les bateaux ont été récemment retournés après confiscation, suite à un prétendu dépassement de la zone de pêche autorisée. Mais, selon le représentant du Syndicat des pêcheurs de Gaza, Nizar Ayyash, les bateaux sont revenus sans filets et sans moteurs. Quelques-uns sont endommagés.

Le coût d’un moteur est de 7’000 $. Il faut encore compter 3'000 $ pour des filets et d’autres équipements. Une telle somme est prohibitive pour une famille de pêcheurs.

Dans les prochaines semaines, Israël est censé rendre encore quelques 40 bateaux qu’il a confisqués, comme décidé dans des pourparlers entre Israël et le Hamas en juin. Trois organisations non-gouvernementales – Gisha et Adalah en Israël, avec Al Mezan à Gaza – ont fait appel à la Cour suprême israélienne, il y a six mois, pour que tous ces bateaux soient restitués intacts avec tout leur équipement. Dans le passé, les bateaux restitués manquaient de tout leur matériel. Le bateau d’al-Habil est le premier à bénéficier de la réponse favorable de la Cour aux pétitions.

 

Le bateau d’al-Habil était sévèrement endommagé par des tirs de la marine israélienne pendant sa confiscation en septembre 2016, lorsqu’il se trouvait à six miles nautiques de la côte de Deir-al-Balah. Il était trop abimé pour qu’on le rende par la mer. Lundi passé, sa traversée par le passage Kerem Shalom a duré sept heures. « Je n’en ai pas dormi toute la nuit, » racontait al-Habil. Quand il l’a vu, il a compris qu’un retour à la mer était impossible. « C’est un grand bateau, » a-t-il expliqué. « Il a été construit à Gaza en 1986. À l’époque, la limite de pêche était de 13 miles nautiques. Au total, il m’a coûté 180’000 $. Ils l’ont rendu dans un état inutile. Les réparations coûteraient dans les 50’000 $, entre la coque, le moteur et les filets. Comment pourrais-je trouver ça ? Je n’ai même pas des pièces de rechange. »

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Abdoul-Muti al-Habil et son bateau, le 2 juillet 2019, (Crédit : Mustapha Hassona / Anadolu Agency)

Trouver des pièces de rechange dans la bande de Gaza est très difficile : Israël limite et interdit même l’entrée de tout matériel défini d’« usage double », c’est-à-dire, qui pourrait répondre potentiellement à des besoins militaires. Les moteurs et la fibre de verre, nécessaires pour réparer les coques des bateaux, tombent dans cette catégorie.

Ahmad, fils d’une famille de pêcheurs à Gaza a le dernier mot : « Si vous pensez que le retour de nos bateaux est une fin heureuse de l’histoire, vous vous trompez. Sans aide extérieure, nous n’avons aucun moyen de retourner à la mer. »

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