Un changement bienvenu

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Les travailleurs de la terre à Gaza courent des risques, comme les acteurs de la mer. Un article de Haaretz fait le tour de la situation des paysans gazaouis face aux déversements aériens d’herbicides depuis 2014. Amira Hass signale un changement heureux dans cette pratique de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, concentrée le long de sa frontière avec Israël. L’article est en anglais, en voici la traduction en français.

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Récolte de raisin au sud de la bande de Gaza, 2 juillet 2019 (Crédit : REUTERS/Ibraheem Abou Mustapha)

« Pour la première fois en cinq ans, l’armée israélienne a cessé d’arroser la frontière entre Gaza et Israël avec des herbicides toxiques

Des substances chimiques ont détruit des cultures de paysans de Gaza, leur infligeant des dommages environnementaux et financiers. L’armée déclare qu’elle tente de réduire l’étendue des effets de cette pratique.

par Amira Hass, Haaretz, le 20 juillet 2019

Pour la première année depuis 2014, l’armée israélienne n’a pas déversé des herbicides le long de la frontière avec Gaza. Au cours des années précédentes, le Ministre de la défense avait sous-traité des avions à plusieurs reprises, en automne et au printemps, pour garantir une vision optimale pour les soldats stationnés le long de la frontière et aussi pour éviter au maximum le passage des Gazaouis à travers la barrière entre Israël et la bande de Gaza.

Comme l’écrivait Haaretz déjà il y a un an, cette vaporisation a détruit près de 14'000 dunams) [1 dunam = environ 919 m2 ndlt ] de cultures et des pâturages, engendrant des pertes économiques importantes. Ces dernières semaines, des paysans palestiniens racontent que les cultures de cette saison ont été épargnées par la plupart des dommages dus aux herbicides aéroportés.

Le dernier déversement date du 3 décembre. Un mois plus tard, le Centre al Mezan pour les droits humains à Gaza, et les groupes de Gisha et Adalah, ont demandé l’arrêt de cette pratique dans une lettre au Premier Ministre Benjamin Netanyahou en tant que Ministère de la défense, au Procureur militaire Général Sharon Afek et au Procureur général Avichai Mendelblit. Cette lettre était la dernière en date de maintes demandes et d’actions en justice pareils menées sans succès par des paysans et des bergers qui, année après année, ont essuyé des pertes de milliers de dollars.

Cette fois-ci, le conseiller juridique du Commandement Sud de l’armée, Amit Shuchnazky, a assuré dans une lettre de réponse datée du 6 mars, que « les autorités responsables pour la vaporisation étaient en train de prendre des mesures pour en limiter les effets. » Il explique que « les herbicides sont vaporisés à très basse altitude, seulement quelques mètres du sol » avec un produit qui limite l’étendue de ses effets. » … Et, depuis le mois du décembre, il n’y a pas eu de vaporisations. …

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Récolte de fraises à Beit Lahiya, au nord de la bande de Gaza, 1 décembre 2018 (Ashraf Amra / APA images)

« Opération nécessaire »

Une des trois herbicides en cause est le Roundup, un glyphosate identifié comme cancérigène par l’Organisation mondiale de santé, mais dont l’Agence de protection environnementale américaine et un certain nombre de pays européens autorisent l’utilisation. En 2007, la Cour suprême israélienne a interdit la vaporisation punitive similaire des cultures des résidents des villages bédouin non-reconnus dans le Néguev.

En 2016, l’armée a engagé un agronome en tant que conseiller de l’armée en matière de vaporisations le long de la frontière avec Gaza, comme il est ressorti d’une réponse à une demande d’accès à l’information par Gisha. L’agronome désire rester anonyme mais, selon la réponse, la compagnie d’aviation commerciale Chim-Nir a été chargée du déversement des herbicides.

La pratique de vaporisation vient s’ajouter à 19 ans de politique israélienne consistant à déraciner des arbres et des buissons et à aplatir une large ceinture de terre le long de la frontière, créant ainsi une vaste bande de désolation. L’armée maintient que ces pratiques sont nécessaires afin d’optimiser la vue du côté israélien de la frontière. Shuchnazky a expliqué que la vaporisation se pratiquait régulièrement pour « empêcher des activités hostiles et destructives dans la région », notamment l’utilisation des feuillages comme couverture par des terroristes qui traversent la frontière pour poser des engins explosifs. …

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 Préparation du blé vert dans la fabrication du Freekeh, Khan Younis, 13 avril 2019 (Ashraf Amra / APA images)

Une nouvelle étude du groupe de recherche Forensic Architecture confirme les affirmations de paysans et bergers palestiniens selon lesquelles des herbicides se sont répandus sur une distance de plus de 300 mètres à l’intérieur de la bande de Gaza. L’étude a enquêté sur la vaporisation de ces produits en avril 2017. Le CICR avait déjà constaté au cours des années précédentes des dommages aux cultures allant jusqu’à 2,2 kilomètres à l’intérieur de la frontière. Des cultures situées entre 100 et 900 mètres de la barrière ont subi une destruction totale, y compris dans des régions restaurées auparavant par la Croix Rouge en vue de permettre l’accès des paysans à des terres endommagées par des attaques militaires israéliennes.

L’année dernière, selon une information de la Croix Rouge à Haaretz, des étangs d’irrigation situés à un kilomètre à l’intérieur de la barrière frontalière ont été également pollués. Les substances chimiques déversées dans cette région sont restées dans le sol pendant des mois, voire des années, constituant une menace pour la santé des personnes qui mangeaient les légumes ou fruits, ou qui respiraient les herbicides en cultivant leurs terres. 

« Une guerre des herbicides »

La nouvelle étude de Forensic Architecture apporte un complément aux vidéos filmées en avril 2017 d’un avion du côté israélien de la frontière. Elle fournit aussi de la documentation provenant des photos satellites, des données concernant le temps et la direction du vent, une simulation du trajet des substances chimiques, des tests de laboratoire sur des plantes endommagées, ainsi que la composition chimique du sol. L’étude, intitulée « Herbicidal Warfare in Gaza », est censée  sortir à la fin de cette semaine.   

À notre connaissance, il n’y a pas eu de tests cette année permettant de déterminer s’il reste des traces de substances chimiques toxiques dans le sol et quel peut être, dans ce cas, l’impact de tels résidus sur la qualité des cultures.

Selon Gisha, « Il n’existe aucune justification ni base légale pour la continuation de cette pratique destructive, qui cause des dommages considérables et disproportionnés. Israël doit aussi promettre d’éviter à l’avenir les vaporisations aériennes le long de la barrière. »

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Récolte des dattes à Deir al-Balah, septembre 2018 (Ashraf Amra / APA images)

Forensic architecture, ou l’architecture judicaire, est un nouveau champ d’études crée par l’architecte Eyal Weizman. Cette discipline de recherche utilise des outils architecturaux tels la modélisation, les plans et les simulations pour enquêter sur des crimes commis par des gouvernements et d’autres centres de pouvoir. L’organisation Forensic Architecture exercice ses activités dans le cadre de la faculté de Goldsmiths, de l’Université de Londres.

Une exposition des observations du rapport «Herbicidal Warfare in Gaza » avec des photos, des vidéos et des simulations, aura lieu au Sakakini Cultural Center à Ramallah ces prochaines semaines. Des conférences et des discussions seront également organisées pour familiariser davantage les Palestiniens de Cisjordanie avec ce qui ce passe à Gaza. »

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