Pourquoi elle écrit, pourquoi elle marche?

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C’est la première fois que Naema Aldaysha écrit un article pour le site des jeunes de Gaza We Are Not Numbers (Nous ne sommes pas des numéros). Traductrice en anglais et hébreu, activiste pour les droits humains, la jeune femme attend une réponse à sa demande de pouvoir quitter la bande de Gaza pour étudier les relations internationales à l’université de Swansea en Grande Bretagne. Elle participe régulièrement à la Grande Marche du Retour, qui a lieu toutes les semaines depuis le 31 mars 2017 le long de la frontière entre la bande de Gaza et Israël. Son explication de pourquoi elle le fait est éloquente. Je traduis ici ses propos originalement en anglais.

" Je marche toujours”

Par Naema Aldaqsha, mentor Pam Bailey, 25 août 2019

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C’est bientôt la fin du seizième mois des manifestations hebdomadaires de la Grande Marche du Retour à Gaza. À ce jour, plus de 13'000 manifestants ont été blessés et 208 tués, par des tireurs d’élite israéliens. Il est vrai que le nombre de participants a diminué avec le passage des mois, sans réponse à nos demandes pour une fin du blocus et avec une augmentation du nombre de blessés et de morts. Mais beaucoup d’entre nous continuons à marcher jusqu’au « mur » de notre prison pour demander la liberté. Vous demandez pourquoi ?

Je m’appelle Naema Aldaqsha. Réfugiée palestinienne, je vis dans la bande de Gaza sous siège. Ma famille vient de Hammama, un village palestinien qui a subi un nettoyage ethnique par des forces sionistes en 1948, quand l’Etat d’Israël a été créé sur notre terre patrie.

Je marche parce que je veux tous mes droits humains, dont le DROIT AU RETOUR est le tout premier. Je n’ai jamais été autorisée à retourner à mon village même pour une visite – il se situe à seulement 24 kilomètres de ma maison. Mon droit est inscrit dans la Résolution 194 de l’ONU, adoptée par une majorité de 35 sur 58 membres, réaffirmée plus de 135 fois. Pourtant, personne n’a eu le courage de l’implémenter.

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Les gens de Gaza dans la rue le 15 mai 2019 pour commémorer le jour de la Nakba, ou Catastrophe, 70 ans auparavant. (Mohammed Zanoun / APA images)

Je marche parce que cela semble être le seul moyen pour attirer l’attention de la soi-disant « communauté internationale ». Les gouvernements ne valent rien. Il y a eu maints accords et conventions signés par des représentants des gouvernements, mais ce ne sont que du papier.

Je marche parce que j’appartiens à la nouvelle génération de Palestiniens qui a commencé à réfléchir collectivement et de manière révolutionnaire. Nous sommes impatients. Nous voulons des solutions compréhensives et radicales pour en finir avec la vie insultante qu’on nous force à vivre.

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Naema Aldaysha

Je marche parce que j’ai presque perdu ma maison pendant la guerre la plus récente qu’Israël a mené contre Gaza. C’était au milieu de la nuit, l’été 2014. Tout le monde dormait. Un missile a frappé la maison de nos voisins, tuant le père de la famille. Grâce à Dieu, ma famille y a échappé, mais notre cuisine était détruite et nous avons dû fuir pour trouver refuge chez la parenté.

Je marche parce que j’ai perdu ma chère maman suite à un cancer abdominal pendant qu’elle attendait cinq ans l’autorisation de quitter Gaza pour une opération qui aurait pu lui sauver la vie. Les médecins à Gaza n’avaient simplement ni l’équipement ni la formation nécessaires.

Je marche parce que je ne sais pas si on va m’autoriser à quitter Gaza cette année pour continuer mes études en Grande-Bretagne. L’université de Swansea m’a accordé une bourse International Excellence et je dois y être au plus tard le 13 septembre. Est-ce qu’il m’arrivera la même chose que ma mère ?

Je marche parce que l’endroit que je préférais en dessus de tout à Gaza, le Centre culturel Al-Meshal, a été détruit par un missile israélien. Le Centre avait une des rares bibliothèques de Gaza et on me disait une de ses meilleures « clientes » à cause du nombre d’heures que j’y passais à lire.

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 Un groupe musical joue sur les ruines du Centre Al-Meshal, détruit le jour avant par un missile, 10 août 2018 (Mohammed Zanoun / ActiveStills)

Je marche parce que je désire rendre hommage au sacrifice des martyrs comme l’infirmière bénévole Razan Al-Najjar, une parmi beaucoup de Palestiniens non-armés, tués par l’armée israélienne pendant les manifestations. Notre droit de lutter contre l’oppression est un droit garanti internationalement et pourtant, elle et d’autres comme elles sont accusés d’être des terroristes. Le terroriste, ce n’est pas les gens qui ont été obligés à quitter leur chez eux et de passer leurs vies emprisonnés en rêvant du retour. Les terroristes sont ceux qui ont tué Razan, simplement parce qu’elle essayait d’aider ceux qui résistaient et ceux qui ont laissé mourir ma mère au lieu de lui accorder un petit peu de liberté.

Je marche parce que je n’ai pas d’autre choix. La vie sans la dignité n’est pas du tout une vie. »

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