01/01/2009

La vie et l'horreur

Le psychiatre Dr Eyad Sarraj s’est rendu plusieurs fois en Suisse et à Genève pour parler du Programme pour la santé mentale de la communauté de Gaza, qu’il a fondé en 1990 (http://www.gazamentalhealth.org). Dr Sarraj détient un journal de bord publié sur le site du Gaza Mental Health Foundation, établi aux Etats-Unis en 2001. (http://www.gazamentalhealth.org) Voici sa publication la plus récente. Elle revient sur la frappe initiale israélienne le samedi 27 décembre, à l’heure de la sortie des écoles. Deux cents personnes sont mortes dans l’attaque, dont beaucoup de civils.

« La vie et la mort sous les F16

Gaza, 31 décembre 2008

Ma femme et moi, nous parlions du repas de midi. Elle m’expliquait que la soupe aux lentilles était hors de question puisqu’il n’y avait plus de lentilles dans les magasins, ni de farine de riz.

Soudain, il y a eu le bruit assourdissant de ce qui semblait être une énorme explosion, suivie par une succession de pétards que je n’avais jamais entendus de ma vie. Notre maison était violemment secouée, les fenêtres vibraient.

C’était la panique. Nous sommes accourus dans le petit vestibule de notre maison où nous avons trouvé ma sœur, qui vit à l’étage au-dessus. Elle était pâle et tremblait : sa fille n’était pas encore de retour de l’école. Le petit Sari, un de nos voisins, a frappé à la porte. Lui aussi, tremblait pendant qu’il nous racontait comment, lorsqu’il rentrait de l’école en taxi, il y a eu une explosion terrible. Le conducteur du taxi a quitté la voiture et couru pour se mettre à l’abri. Ses passagers ont couru dans tous les sens. 

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par Salwa Sawalhi de Gaza, alors qu’elle avait 14 ans

Sari aussi courait sans penser à rien, il avait l’impression que les explosions le poursuivaient. Tout à coup, il a commencé à voir des gens couchés dans la rue. Ils saignaient. Il s’est approché d’un homme en voulant lui porter aide. Sari a touché sa main et a réalisé avec horreur qu’il ne tenait qu’un morceau de chair brûlé. Quelqu’un lui a crié de courir loin de là, ce qu’il a fait.

Nous avons appris les nouvelles par des coups de fil et des bribes de nouvelles à la télévision. Plus de deux cents personnes venaient d’être tuées, et encore plus blessées, en moins de dix minutes. … Les bombardements ne se sont pas arrêtés. Dans un seul raid, plus de cent F16 ont frappé plus que trois cent cibles. Les pilotes ont certainement signalé un bon travail de fait à leurs supérieurs. Mais ils n’ont pas pu décrire la douleur et les souffrances des gens innocents ni la peur qu’ils ont semé dans les cœurs de nos enfants.

Ma belle-fille Noor est réduite à un silence total, d’où elle sort parfois maintenant pour pleurer ou rire hystériquement. C’est une fille douée et artiste qui aime la poésie.  

Le carnage continue alors qu’une crise humanitaire est toujours en cours à cause du siège israélien : manque de médicaments, de pain, de farine, de gaz, d’électricité, de carburant et presque de tout. Le siège a fait de Gaza une énorme prison. Pendant que j’écris cette note, il y a des explosions tout autour de moi. Gaza est une ville fantôme, ses rues désertes – les gens n’osent plus sortir.

Le pire, ce sont les souffrances des enfants. Ils voient la peur dans les yeux de leurs mères. Déjà, le père n’est plus un symbole de sécurité puisqu’il n’est plus capable de leur procurer de la nourriture ni de les protéger. Il y a de grandes probabilités que ces enfants soient attirés par le Hamas, qui remplacera le père en tant que celui qui est fort et qui donne un sentiment de sécurité. A la fin, ce que nous fait Israël en ce moment ne fera que renforcer le Hamas. »

20:47 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, bombardements, peurs, hamas, 27 décembre | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

31/12/2008

Appel urgent

Sous la forme d’un communiqué de l’organisation non-gouvernementale dont il est le président international, un ami de Beit Sahour (Bethléem - Cisjordanie), nous prie d’écrire des lettres pour demander la fin du carnage à Gaza. Rifat Kassis, qui a beaucoup d’amis à Genève, où il a passé deux ans au Conseil œcuménique des églises, me prie également de transmettre son analyse de la situation à toute personne intéressée.

 

APPEL URGENT

Défense des enfants international – Section Palestine (DCI–Palestine)

 

Gaza sous attaque – des centaines de tués

Lieu: la bande de Gaza dans les Territoires Occupés Palestiniens

Nature de l’événement : bombardement aériens des zones d’une population dense

Date : depuis le 27 décembre et toujours en cours

Nombre de morts : environ 392 le 31 décembre

Nombre de blessés : environ 1'900 le 31 décembre

Samedi 27 décembre 2008 au matin, des avions israéliens ont commencé le bombardement ciblé de la bande de Gaza dont la densité de population est l’une des plus importantes au monde. Les frappes aériennes continuent jusqu’à présent. Selon les media, des troupes blindées israéliennes se positionnent le long de la frontière en préparation d’une incursion terrestre.

Selon des organisations non-gouvernementales et des media sur place, il y a au moins 392 morts et 1'900 blessés (dont 180 gravement) en date du 31 décembre. DCI-Palestine confirme qu'au moins 38 enfants ont été tués.

Selon l’organisation Al Mezan de Gaza, les premiers bombardements ont eu lieu au moment où les enfants quittaient les écoles après les cours du matin laissant les salles de classe aux classes de l’après-midi. Il y avait donc des dizaines de milliers d’écoliers qui rentraient chez eux ou regagnaient l’école. Il est raisonnable de supposer que ceux qui ont organisé, planifié et exécuté ces attaques étaient au courant de ce fait. Une autre indication de l’insouciance flagrante d’Israël pour ses obligations envers le droit international est la frappe qui a tué huit étudiants adultes d’une institution de l’UNWRA (l'agence des Nations Unies responsable pour la distribution de l'aide aux réfugiés), attendant un bus pour rentrer chez eux.

Ehud Barak, le Ministre de la défense israélien, a déclaré lundi que son armée mène la « guerre jusqu’au bout ». 

Eléments historiques pour comprendre les évènements actuels

Israël occupe la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza (les Territoires Occupés Palestiniens – OPT en anglais). Actuellement plus que 462'000 colons israéliens vivent en toute illégalité en Cisjordanie et à Jérusalem-Est en contravention de l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève et de multiples résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU. La présence provocatrice de ces colonies est une source constante de conflit dans la région. En septembre 2005, Israël a évacué ses colonies illégales à Gaza sous le plan de « désengagement », mais reste l’occupant réel de la bande de Gaza: Israël contrôle totalement les passages vers Gaza, son espace aérien, la mer autour de Gaza et même ses services d’impôts et ses bureaux d’état civil.

Après la victoire du Hamas aux élections du parlement palestinien en janvier 2006, Israël a imposé un strict embargo sur la bande de Gaza, ne permettant l’importation que d’un minimum de biens pour satisfaire les besoins de base. Ce blocus s’est intensifié après la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas en juin 2007. Depuis, Israël a fermé ses passages avec Gaza à quelques exceptions près. En septembre 2007, Israël a officiellement qualifié Gaza d’« entité hostile », une appellation inconnue en droit international. Des lors, Israël a limité sévèrement les provisions de nourriture, de carburant et d’électricité à Gaza, en instaurant parfois des verrouillages totaux du territoire. Ces restrictions furent encore renforcées le 5 novembre 2008, et en décembre 2008. L’UNWRA, ne disposait plus de stocks de nourriture pour les 750'000 hommes, femmes et enfants qui dépendent de son soutien.

Israël justifie son siège de Gaza en évoquant les souffrances des israéliens du sud, vers lesquels des groupes palestiniens armés de Gaza envoient des missiles depuis huit ans. Le gouvernement explique les attaques actuelles en faisant appel à leur droit de légitime défense.

Depuis septembre 2007, les missiles tirés depuis la bande de Gaza ont tué 22 israéliens. Quatre de ces décès ont eu lieu après le début des bombardements samedi 27 décembre.

Depuis septembre 2007, 3'521 palestiniens de Gaza ont été tués par les forces de l’armée israélienne. Ceci revient à 160 palestiniens pour chaque israélien, ce qui donne à penser que les attaques actuelles israéliennes sont complètement disproportionnées.

Dans un autre développement inquiétant le 14 décembre 2008, le Rapporteur Spécial des Nations Unies pour les Territoires Occupés Palestiniens, le Professeur Richard Falk, a été déporté d’Israël lorsqu’il s’y est rendu en visite officielle pour les Nations Unies. Le professeur avait le projet de visiter la Cisjordanie et la bande de Gaza pour se faire une idée personnelle de la situation afin de préparer un rapport sur la situation humanitaire pour lequel le Conseil des droits de l'homme de l’ONU l’avait mandaté. En décrivant sa déportation, Professeur Falk a dit : « En attaquant l’observateur au lieu de ce qu’il voudrait observer, Israël joue en jeu d’esprit habile, pour détourner l’attention du monde des réalités de l’occupation. »

Position légale 

Selon des experts du droit international, Israël est toujours reconnu comme le Pouvoir Occupant décrit par les Conventions de Genève puisqu’il exerce un contrôle absolu sur la bande de Gaza. Actuellement, Israël viole nombre d’obligations en tant que Pouvoir Occupant, obligations imposées par les droits de la guerre, y compris les interdictions suivantes :  

Punition collective :

Israël punit collectivement les 1,5 millions d’habitants de Gaza pour les actions de quelques groupes restreints de militants.  

Viser des civils :

Israël mène des frappes aériennes dans un territoire ayant une des densités de population les plus élevées du monde, faisant ainsi un grand nombre de victimes civiles - prévisibles, mais inévitables. Les dégâts collatéraux sont terribles.

Disproportion des réactions militaires :

Israël ne mène pas des attaques circonscrites aux cibles opérationnelles. C’est un vrai carnage, avec des centaines de civils tués et blessés. Tous les bureaux de la police et de la sécurité du gouvernement élu de Gaza ont été détruits. Tout ceci pour la mort de 22 israéliens en huit ans, suite aux tirs de roquettes depuis la bande de Gaza.

Cette année marque le 41ème anniversaire de l’occupation de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza par l’Etat d’Israël.

Pour réagir :

Vous êtes priés d’envoyer des appels urgents en demandant :

-         Une fin immédiate des attaques israéliennes sur la bande de Gaza et un cessez-le-feu par tous les acteurs du conflit;

-         Une aide immédiate pour soulager les besoins médicaux et humains urgents de la bande de Gaza;

-         Le lever immédiat du siège de la bande de Gaza pour permettre la libre circulation des biens et services dans les deux sens.

L’union européene

HE Mr. Hans-Gert Poettering
Président du Parlement européen
Parlement européen
Rue Wiertz, PHS 11BO11
Bruxelles 1042, Belgique

Fax: +33 3 88 179769
Email:
hpoettering@europarl.eu.int

Mr. Bernard Kouchner
(Ministre français des affaires étrangères  – La France est actuellement responsable pour l’UE)
Ministre des Affaires Etrangères
Ministère des Affaires Etrangères français
37, quai d’Orsay, 75 007 Paris, France
Email: bernard.kouchner@diplomatie.gouv.fr

UK
Rt Hon David Miliband MP
Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et du Commonwealth

Email: milibandd@parliament.uk
Salutation: Dear Minister

US
H.E. Mr. Jake Walles
Consul General
Consulate General of the
United States of America

27 Nablus Road
PO Box 290, East Jerusalem

Email: WallesJ@state.gov

Israël
Prime Minister
Office of the Prime Minister
3 Kaplan Street, PO Box 187, Kiryat Ben-Gurion, Jerusalem, 91919, Israel
Fax: +972- 2-651 2631
Email:
rohm@pmo.gov.il, pm_eng@pmo.gov.il

Salutation: Dear Prime Minister

Tzipi Livni,
Israeli Minister of Foreign Affairs,
9 Yitzhak Rabin Blvd.
Kiryat Ben-Gurion,
Jerusalem 91035.
Email:
sar@mfa.gov.il

Salutation: Dear Minister

Ehud Barak
Minister of Defence, Ministry of Defence,
37 Kaplan Street, Hakirya, Tel Aviv 61909, Israel
Fax: +972 3 691 6940
Email:
minister@mod.gov.il

Salutation: Dear Minister

S’il vous plait, informez DCI-Palestine si vous écrivez (en nous envoyant une copie de vos lettres, si possible) et surtout des réponses éventuelles à vos missives. Citez la référence “UA –2/08– ria@dci-pal.org

 

18:31 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, appel, enfants, conventions de genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

30/12/2008

La destruction de la culture, une barbarie

Un professeur qui enseigne à l’Université islamique de Gaza pose une question qui me travaille depuis que j’ai appris que l’armée israélienne s’est attaqué à l’université. Détruire les lieux où se concentre le savoir (bibliothèques, monastères, synagogues, universités) est l’apanage historique des barbares.

« Pourquoi Israël bombarderait-elle une université ?

Dr Akram Habeeb écrit depuis la bande de Gaza occupée pour l’Electronic Intifada (http://electronicintifada.net)

le 29 décembre 2008

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l’Université islamique de Gaza, février 2007 (Wesam Saleh/MaanImages)

En tant que boursier Fulbright et professeur de littérature américaine à l’Université islamique de Gaza (IUG), j’ai toujours préféré garder le silence au sujet du conflit israélo-palestinien. J’étais convaincu que ma vocation était de prêcher l’amour et la co-existence dans la paix. Cependant, l’offensive massive israélienne contre la bande de Gaza m’a poussé à m’exprimer.

La nuit dernière, pendant la deuxième nuit consécutive de l’attaque israélienne sans précédent sur Gaza, j’ai été réveillé par le son assourdissant d’un bombardement intensif. En apprenant qu’Israël avait bombardé mon université avec ses F-16 fabriqués aux Etats-Unis, j’ai réalisé qu’Israël avait épuisé sa « banque de cibles ». Naturellement, les politiciens et les généraux israéliens affirmeraient que l’IUG est une forteresse du Hamas et qu’il y enseigne le terrorisme.

Je suis un professeur indépendant sans attaches à aucun parti politique, je peux dire que l’IUG est une institution qui inclut toutes sortes d’affinités politiques. Je la conçois comme une institution prestigieuse qui encourage une pensée libre et libérale. Mon opinion personnelle pourrait être considérée comme biaisée : en ce cas, j’invite quiconque qui doute de mes affirmations d’explorer le site web de l’IUG et de rechercher l’histoire de ses débuts et de son développement. De cette manière, il pourra apprendre quelles sont les institutions académiques auxquelles l’université appartient, le rôle actif de ses professeurs dans la recherche académique, les prix et les allocations de recherche qu’elle reçoit.

Pourquoi Israël bombarderait-elle une université ? Israël n’a pas ciblé uniquement mon université la nuit passée. Elle a aussi bombardé des mosquées, des pharmacies et des maisons. Dans le camp de réfugiées de Jabalia, des bombes israéliennes ont tué quatre petites filles, des sœurs appartenant à la famille Balousha. A Rafah, ils ont tué trois frères âgés de 6, 12 et 14 ans. Ils ont aussi tué une maman et sa fille d’un an de la famille Kishko dans la ville de Gaza.

Ces actions me font penser à quelques-uns des commandements donné par Dieu au « Peuple Choisi » : « Tu ne commettras pas d’assassinat. … Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain. » Dieu n’aurait pas pu désigner quelqu’un pour annexer la terre des autres et de les tuer. Israël a fait ces choix éthiques tout seul. C’est Israël qui a choisi de mener ses guerres pour éliminer le peuple indigène de la Palestine.

Dr. Akram Habeeb est professeur assistant de littérature américaine à l’Université Islamique de Gaza.

21:53 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, université islamique, culture, bombes | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | |

29/12/2008

Gaza en direct depuis la Belgique

Marianne Blume a vécu dix ans à Gaza en y enseignant le français. De cette expérience est né son livre Gaza dans mes yeux (2006). Cette amie belge vient de m’envoyer la lettre suivante qu’elle a reçu d’une ancienne étudiante. Le Centre Culturel Français de Gaza est renommé pour la qualité  de ses cours de français – j’y ai rencontré des francophones parfaitement bilingues qui ont appris le français au Centre. Le Centre est un havre culturelle et artistique précieux avec un programme qui comprend des expositions, des films, des discussions et des colloques chaque semaine.

« Qu'est ce que vous attendez ?


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Marianne

Chers amis,
C'est le deuxième jour du massacre qu'Israël lance à Gaza. je vous assure que chacun à Gaza attend le moment de sa mort, comme personne ne sait pas s'il va mourir ou rester encore vivant..
Hier, le samedi 27/12/2008, à 11h30 du matin, j'étais chez moi avec mon petit frère et ma petite soeur qui étaient en train de se préparer pour aller chacun à son école, j'arrive pas à oublier ces bruits de bombardement très fort, pour moi, ça fait 2 ans je n'ai pas entendu ces bruits, ça fait peur, c'est horrible
mon frère et ma soeur ont commencé à pleurer surtout quand nous avons vu la fumée des sites bombardés très près de chez nous et plein d'hélicoptères et de F16 dans le ciel. Maman était au marché, papa était chez ma grand-mère malade, et mes autres frères étaient chacun dans son travail ou université.. j'ai essayé d'appeler ma mère, mon père, et mes frères, mais il n'y avait pas de réseau.. il y avait tout le temps un problème de connexion..Tout ça et notre voisine ne s'arrête pas de crier car son fils aîné est allé à son collège, qui est près des bombardements, un quart d'heure avant ces événements!! C'est terrible de vivre ces moments surtout qu'on n'a pas d'électricité pour savoir ce qui se passe autour de nous.. Dans 2 heures, toute ma famille s'est regroupée dans la maison, on était, tous, inquiets.
on pensait à tout le monde, et à nous-mêmes..
Vous n'avez pas vu les oiseaux quand il se sont fuis, c'est triste.. même notre chat avait peur. Quand on s'est regroupé chez nous, chacun a commencé de raconter les histoires tristes:
- mon cousin qui a 12 ans était au collège juste à coté d'un site bombardé, il a vu, comme tous ses collègues, le sang des martyrs et des blessés, il a eu peur, et dès qu'il entend les bruits des avions, il se cache en pleurant et criant.. mon oncle nous a appelé à 2h du matin pour demander à mon père quoi faire pour cet enfant qui n'arrive pas à dormir.
- Un jeune à 22 ans était dans un des sites bombardés. Tous ses amis ont étaient tués, ainsi que son chef, il a crié et a frappé ses joues de voir ces images.. et encore beaucoup d'histoires...
la nuit dernière a passé si lourdement et si lentement, personne n'a pas pu dormir..
En écrivant ce mail en ce moment, je ne veux pas dire que la situation est plus calme, au contraire, il est pire, le ciel est plein de F16 et d'hélicoptères..
l'armée israélienne n'a pas arrêté de bombarder partout à chaque moment. Je vous écris mnt, car je ne sais pas si j'aurai l'occasion de le faire après!!
je sais très bien que les médias accuse le Hamas et le considère comme le premier coupable de tous ce qui se passe, mais est-ce que le Fatah qui demande toujours la paix a changé la situation en Cisjordanie? les israéliens continuent à construire le mur et les check points et arrêter les palestiniens au nom de la sécurité!!!!!!!  Le Hamas n'a pas envahi en Israël pour qu'Israël se permet de le faire à Gaza, les gens de Hamas sont bloqués comme tous les palestiniens de Gaza
je viens de recevoir un appel sur mon portable, que tout le monde reçoit, qui menace de bombarder toutes les maisons où il y a des armes!!
 
Chers amis,
 
Israël bombarde agressivement toute la bande de Gaza, du Nord au sud, tout le temps...... Le résultat: 285 Martyrs et 1000 blessés dans 24 heures
                le dimanche à 19h: plus que 300 martyrs, et le bombardement continue
qu'est ce que vous attendez?
merci à toutes et à tous
Une Palestinienne qui a eu l'espoir de voir la fin du blocus de Gaza, mais elle s'est réveillée en voyant ces jours pleins de sang!!!!!!!!

[= quelqu’un qui aime la Palestine]
عاشقة فلسطين  
SaLmA aHmEd
professeur de français
Centre Culturel Français de Gaza
  »

22:41 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, massacre, bombardement, mourir, vivant, peur | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | | | |

28/12/2008

‘Shabbat Shalom’

27 décembre 2008

Dépêche de Rami Almeghari depuis la bande de Gaza sous occupation

http://elecronicintifada.net

« ‘Shabbat Shalom !’ ‘paix sur ce samedi !’ Je crains que les responsables israéliens soient incapables de saisir le vrai sens de cette salutation rituelle qui marque le début du jour de repos des juifs. Comment interpréter ‘Shabbat Shalom’ le samedi 27 décembre 2008, quelques jours à peine avant le début d’une nouvelle année, alors que les bombardiers israéliens lâchent des bombes partout sur la bande de Gaza ?

Ce samedi ensoleillé à Gaza est devenu très noir avec des colonnes de fumée qui obscurcissent le ciel de ce territoire côtier, rempli d’odeur de sang.

Dans la ville de Rafah au sud de la bande de Gaza, trois membres d’une même famille – un père, son fils et son neveu – sont morts sous les bombes israéliens dans un poste de police. Ils réglaient un problème administratif au moment de l’attaque. …

Ceci n’est qu’une des tueries qu’Israël qualifie d’attaques contre des « terroristes ».  Dans des dizaines d’endroits, des bâtiments ont été démolis, des fenêtres de maisons soufflées, et d’innombrables voitures endommagées. Sous les décombres, il y a des dizaines de corps. Aujourd’hui, environ 60 bombardiers israéliens ont attaqué quelques 100 cibles, la plupart des postes de polices ou des organisations charitables du Hamas. Un des missiles a atterri sur le stade de l’Université islamique, où 18’000 étudiants sont immatriculés.

A l’hôpital al-Shifa, le plus grand des hôpitaux gazaouis, il y a des dizaines de corps  et des centaines de blessés. Selon le Dr Moawiya Abu Hassanein, chef des urgences et du service des ambulances pour le Ministère de Santé du Hamas, 228 personnes ont été tuées dans les attaques et environ 700 blessés, dont 120 gravement.

Il ajoute que 15 corps, complètement déchirés par les bombes israéliens, n’étaient pas identifiables. … Selon le docteur, des dizaines de morts sont des civils….

Ehab al-Ghosein, un porte-parole pour le Ministère de l’intérieur du Hamas, a déclaré à l’Electronic Intifada : ‘ La plupart des morts d’aujourd’hui étaient des employés de la sécurité … engagés pour porter une aide générale aux citoyens et pour régler la circulation. … Ce ne sont pas des combattants.’ »…

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près de la rue Eilat, Tel Aviv, juillet 2008 (photo Carol)

 

Face à la réalité de la situation, les déclarations officielles des Etats-Unis, de l’ambassade israélienne aux Nations-Unies et du Ministère des Affaires Etrangères israélien sont hors de propos. Hier soir, des centaines d’activistes israéliens ont défilé dans les rues de Tel Aviv en protestation contre les actions de leur armée. Lors de ma visite l’été passé à Tel Aviv,  j’ai le souvenir que des inconnus, qui m’aidaient à trouver mon chemin, m’ont souhaité « Shabbat Shalom ».

           

 

   

12:22 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, shabbat, shalom, armée israélienne | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

En direct de Gaza

Depuis des semaines, Israël a empêché des journalistes d’accéder à Gaza. Aujourd’hui, on comprend pourquoi. Moins il a d’images de massacres d’innocents dans la bande de Gaza, mieux c’est. Il y a heureusement les témoignages d'internationaux, arrivés pendant les quatre derniers mois dans le bateau SS Dignity du mouvement Free Gaza (http://www.freegaza.org/), ils ont choisi de rester à Gaza.

 

« Des témoins internationaux dénoncent la situation de Gaza

le 27 décembre 2008 (Gaza sous le siège)

Actuellement à Gaza, nous sommes des défenseurs des droits humains. Nous venons du Liban, du Royaume Uni, de Pologne, du Canada, d’Espagne, d’Italie et d’Australie. Nous sommes témoins oculaires des attaques israéliennes qui ont lieu en ce moment-même.

‘ Au moment des attaques, j’étais dans la rue Omar Muhtar [la rue principale de la ville de Gaza], et j’ai vu le dernier missile tomber à 150 mètres de moi ; à cet endroit la foule s’était déjà rassemblée pour essayer d’extraire les corps. Des ambulances, des camions, des voitures –  n’importe quelle véhicule qui aide à transporter – sont en train d’aider le transfert des victimes vers les hôpitaux. Les malades ont été évacués pour faire de la place aux blessés. On m’a dit que les morgues de la ville débordent, et qu’il n’y a pas assez de sang. Je viens d’apprendre qu’une des civiles tuées aujourd’hui était la maman de mes chers amis dans le camp de Jabalia.’

Eva Bartlett (Canada) International Solidarity Movement

‘Des missiles israéliennes ont frappé une place de jeux et un marché bondé à Deir Balah. Nous avons vu les suites : beaucoup de blessés, vraisemblablement quelques morts. Tous les hôpitaux dans la bande de Gaza sont débordés de blessés, ils manquent de moyens et des médicaments nécessaires pour soigner. Israël est en train de commettre des crimes contre l’humanité, il viole la loi international des droits humains, il ignore les Nations Unies et il  planifie des attaques à venir, encore plus importantes. Le monde doit agir immédiatement et intensifier les appels BDS (boycotts, désinvestissement et sanctions) contre Israël ; les gouvernements doivent aller plus loin que des paroles de condamnation : ils doivent obliger Israël à cesser ces attaques et de lever le blocus sur Gaza.’

Ewa Jasiewicz (polonaise et britannique) Free Gaza Movement

‘ La morgue de l’hôpital de Shifa n’a plus de place pour les corps : on voit des corps et des restes humains éparpillés partout à l’intérieur de l’hôpital.’

Dr Haidar Eid (palestinien de l’Afrique du Sud), professeur des études sociales et culturelles, Université d’Al Aqsa, Gaza

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F16 israélien (made in USA), Reuters 

 

‘ Les bombes ont commencé à tomber au moment de la sortie des écoles [à la fin de la matinée], et les enfants étaient tous dans la rue en train de rentrer chez eux. Je suis sortie dans l’escalier, et j’ai cueilli une petite fille terrifiée de 5 ans, sanglotante, qui est accouru pour se blottir dans mes bras. ’

Sharon Lock (australienne) International Solidarity Movement

‘ Tout ceci est incroyablement triste. Ce massacre ne va pas amener de sécurité pour l’Etat d’Israël ou lui permettre de s’intégrer dans le Moyen Orient.  Partout alentour on appelle aux représailles.’

Dr Eyad Sarraj, president du Centre de Sante Mentale de la Communauté de Gaza

‘Pendant que je vous parle, ils viennent de frapper une immeuble à 200 mètres d’ici. Il y a de la fumée partout. Ce matin à Rafah, je suis allé voir le bâtiment près du mien qui avait reçu une frappe directe. Deux bulldozers étaient en train de débarrasser les décombres. Ils pensaient avoir déjà trouvé tous les corps. Juste au moment où nous arrivions, ils en ont trouvé un autre.’

Jenny Linnel (britannique) International Solidarity Movement

‘Je vis chez des gens en face du bâtiment de la police de sûreté. Tout le verre de la maison a été soufflé, et la maison a subi des dommages sévères. A cause du siège, il n’y aura pas de matériel pour réparer cette maison. Un petit garçon de la famille s’est évanoui. Un autre de 8 ans a tremblé pendant une heure, couché par terre. Devant notre maison, nous avons trouvé les corps de deux petites filles sous une voiture. Elles étaient complètement brûlées. Elles rentraient de l’école. Ceci est plus qu’une punition collective. On nous traite comme des animaux dans un laboratoire. J’ai survécu au bombardement israélien de Beyrouth, et le message israélien à Gaza est le même : mort aux civils. Il vient d’y avoir une autre explosion dehors !’

Natalie Abu Eid (Liban) International Solidarity Movement

Les numéros de téléphone de ces témoins ou plus d’information sont disponibles sur le site de Free Gaza.

 

 

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23/12/2008

C’est Noël !

Il y a des amitiés qui dépassent les frontières. Le 23 février, ce blog a annoncé l’existence d’un nouveau blog entre deux jeunes de Gaza et de Sderot. Je lis leur blog depuis ses débuts, et j’ai entièrement confiance dans la fiabilité de ses deux hommes : de par leur amitié, ils sont convaincus et veulent convaincre ceux qui les lisent que c’est possible de résoudre les conflits autrement que par la force brute.

Ils ont baptisé leur blog « La vie à Gaza et à Sderot doit continuer ». Elle continue. « L’homme de l’espoir » (Hopeman) de Sderot lance un appel pour son ami « L’homme de la paix » (Peaceman) de Gaza.

« La vie à Gaza et à Sderot doit continuer 

Ce blog est écrit par deux amis. Un de nous habite le camp de réfugiés de Sajaia dans la bande de Gaza, et l’autre habite à Sderot, une petite ville près de Gaza du côté israélien. Les violences entre Israël et Gaza qui durent depuis octobre 2000 se sont beaucoup intensifiées. Beaucoup en sont morts et encore beaucoup d’autres blessés. De part et d’autre, les media présentent le conflit sous une lumière très partisane. Notre blog est écrit par deux vrais individus qui vivent et communiquent chacun de son côté de la frontière.

[Vos remarques sont les bienvenues.] » http://www.gaza-sderot.blogspot.com ]

« dimanche 21 décembre 2008

APPEL À L’AIDE

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dessin par un enfant de Gaza (photo Carol)

 

Vous qui lisez notre blog avez probablement déjà pris connaissance de situations impossibles pour les étudiants de Gaza qui souhaitent étudier à l’étranger.

Peaceman a perdu deux ans d’études, enfermé à Gaza. Au milieu de ses études en Europe, il est retourné à Gaza pendant une année pour gagner de l’argent et ainsi pouvoir finir son diplôme.

En juin 2007, le Hamas a pris le pouvoir à Gaza et depuis, Israël maintient un siège sur la bande de Gaza et seulement très peu d’étudiants peuvent sortir.

A cause du taux très élevé de chômage, Peaceman n’a trouvé que peu de travail, tout juste assez pour parvenir à ses besoins du moment, sans pouvoir mettre d’argent de côté. Sous le siège, il est irréaliste de penser qu’il va gagner assez pour payer ses études et ses frais de séjour en Europe.

Grâce à son université, Peaceman continue ce qu’il peut de ses études sur Internet. Cependant, c’est une situation très difficile entre les coupures fréquentes d’électricité et sans un endroit adéquat pour étudier. Il ne peut évidemment pas assister aux cours et arriver à satisfaire les exigences des professeurs.

Bonne nouvelle : Peaceman va peut-être pouvoir quitter Gaza dans les prochains jours ou semaines.

Peaceman cherche de l’aide pour pouvoir trouver un prêt ou une bourse pour payer ses études et besoins personnels. Il a l’intention de rembourser cette aide aussitôt qu’il en est capable.

Si des lecteurs de ce blog pouvaient aider Peaceman, nous en serions extrêmement reconnaissants.

Si vous avez des conseils pour aider Peaceman, nous vous remercions de laisser un commentaire à ce blog avec votre adresse e-mail. Ces informations resteront confidentielles (le blog est modéré). Peaceman ou moi-même (Hopeman) vous contactera pour répondre à toute question ou demande d’informations supplémentaires.

Merci ! Hopeman

http://www.gaza-sderot.blogspot.com

09:53 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : sderot, gaza, paix, amour, étudiant | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

22/12/2008

Et la frontière égyptienne ?

Rien de plus normal que de se déplacer pendant les fêtes pour rendre visite à la famille et aux amis. Mais cette joie est hors de la portée des citoyens de Gaza. L’Egypte et Israël empêchent presque tout déplacement aux habitants de ce carré de terre à peine plus grande que Genève.

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saison de lumière à Genève (photo Carol)

« Le silence mortel des arabes : Tout est calme sur la côte de Gaza »

Cet article a attiré mon attention suite à une petite marche samedi 20 décembre à Berne avec des adhérents du groupe « Droit pour Tous ». Une centaine de personnes ont remis une pétition signée par plusieurs parlementaires suisses aux représentants de l’ambassade égyptienne. La plupart de ces citoyens engagés, des cantons de Berne, Zürich et Genève, étaient d’origine arabe. La pétition conjurait l’Egypte d’ouvrir le passage de Rafah [sud de la bande de Gaza] aux palestiniens ayant besoin de voyager. Selon un article de Ma’an News du même jour, il y a quelques 1.500 personnes en attente de pouvoir partir. Ce même jour, il y avait un sit-in devant l’ambassade égyptienne à Gaza-ville.

Rannie Amiri a écrit son article pour Counterpunch le 18 décembre. Il a été publié par The Palestine Chronicle : http://www.Palestinechronicle.com , et il est traduit en partie ici. M. Amiri vit aux Etats-Unis.

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photo (AP)

« Gaza est une île.

Quoiqu’elle se trouve au milieu du monde arabe sur la frontière [de l’Egypte], l’un des plus importants de ces pays, avec une des populations la plus nombreuse, Gaza pourrait être un lieu isolé au milieu de l’océan, inconnu à tous. C’est peut-être bien ceci que ses habitants préféreraient à la négligence pernicieuse de leur frères arabes pendant que Gaza dépérit inexorablement sous le siège barbare d’Israël.

Aucune doute quant à la situation désastreuse à Gaza d’après les dires du Dr Richard Falk, Rapporteur Spécial sur la Situation des Droits Humains dans les Territoires Palestiniens pour les Nations Unies.

Le 9 décembre, M. Falk a déclaré qu’un effort urgent doit être fait par les Nations Unies pour protéger la population civile qui subit une punition collective relevant d’un crime contre l’humanité.

Un américain juif, professeur de droit international, dénonce des crimes contre l’humanité à Gaza, mais pas le moindre bruit du côté du Caire, d’Amman, de Riyad ou de Doha.

« Si selon l’ONU le verrouillage de la bande de Gaza constitue un crime de guerre, nous nous demandons pourquoi les gouvernements arabes n’exigent pas la réouverture du passage de Rafah, » a réagi la porte-parole de Hamas, Fawzi Barhoum…

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Le passage à Rafah  (Mike Cushman, à bord le SS Dignity, 4e voyage)

Dès juin 2007, les 1.5 millions citoyens de Gaza sont coupés du monde. C’est à cette date que le Hamas a exercé son autorité totale sur la bande de Gaza, alors qu’Israël et l’Egypte ont scellé la frontière. Depuis, les israéliens ont imposés des contraintes sur ce qui est permis d’importer; en ce moment, même les approvisionnements humanitaires de base sont frappés de restrictions – aliments, carburant, vêtements, huile de cuisine et médicaments. Comme résultat, selon la Press TV iranien, des centaines de patients sont morts [271, avec la mort de Muhammad Mahmoud Sa’ed, atteint du cancer, le 16 décembre, selon le Ministre palestinien de la santé], 40 % des ambulances sont condamnées, faute d’essence, et 75 % des enfants gazaouis souffrent de la malnutrition. Un article dans le Times du 14 décembre décrivait comment certaines familles sont réduites à manger de l’herbe. L’UNRWA vient d’annoncer qu’il est obligé de suspendre la distribution de la nourriture aux 750’000 gazaouis qui en dépendent. Il n’y a plus de farine, et Israël empêche le cheminement de la nourriture en maintenant fermés tous les passages à la frontière.

Personne ne devrait s’étonner que les pays arabes traînent les pieds ou même coopèrent avec les israéliens pour maintenir le siège.

De toute évidence, c’est l’Egypte le premier pays en faute : il a la possibilité d’ouvrir le passage de Rafah à volonté, même de façon permanente, pour permettre l’entrée des approvisionnements dont les gens ont désespérément besoin et la sortie des malades. Le silence assourdissant de l’Arabie saoudite, la Jordanie et les états du Golfe n’est pas surprenant. …  A la différence de l’Europe de l’ouest et des Etats-Unis, qui se demandent quelle sorte de menace le Hamas pose pour Israël, les gouvernements arabes se posent la question du danger de l’élection démocratique du Hamas pour leur propre pouvoir. 

Le Hamas est la bête noire … d’un dictateur comme … Mubarak [le président égyptien] … puisque le Hamas évoque le résultat des urnes comme marque de sa légitimité. Les gouverneurs arabes ne peuvent pas se dire démocratiquement élus. C’est tout simplement pour cela que le siège de Gaza est toléré par les dictateurs, les rois, les princes et les émirs de la région, tous soutenus par les Etats-Unis.»

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  vue de l’Egypte depuis Rafah (Cushman – http://www.freegaza.org )

Peut-on espérer ? : en cette même date du 20 décembre, le bateau SS Dignity est arrivé dans le port de Gaza pour la 5e fois avec à bord des délégués du pays du Qatar et de l’aide humanitaire. Que cela encourage d’autres pays arabes de persévérer dans leurs efforts (les cinq autres bateaux des pays arabes, décrits dans le dernier blog, ont dû renoncer à leurs voyages respectifs). 

12:24 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : egypte, pays arabes, gaza, frontière | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

05/12/2008

« D’une zone de vie au ralenti à un zone de non-vie »

Sameh A. Habeeb a 23 ans. Il a grandi à Gaza, et il détient un BA en langues et littérature anglaise. Pendant ses cinq ans d’études universitaires, il a travaillé avec la population la plus démunie de Gaza, surtout des enfants. Il écrit, il photographie et il écrit encore, pour faire connaître la réalité de Gaza trop ignorée par le monde extérieur. On peut voir ses photos sur http://picasaweb.google.com/sameh.habeeb. Son blog se trouve à l’adresse : http://wwwgazatoday.blogspot.com . Son dernier blog, dont la traduction suit, se trouve également sur http://electronicintifada.net/v2/article10008.shtml. 

‘Nous mourons à petit feu.’

Live from Palestine 3 December 2008

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Le verrouillage israélien de Gaza est de plus en plus perceptible : il y a des endroits qui n’ont plus du tout d’électricité depuis que la pénurie de carburant a forcé la fermeture de l’unique centrale gazaoui il y a 25 jours.

Toute activité dépendante s’en trouve affectée. Les sources d’électricité encore desservies par Israël et l’Egypte ne peuvent pas palier aux besoins de toute la bande de Gaza. Beaucoup de personnes n’ont plus accès à l’eau potable ; les paysans n’ont plus d’eau d’irrigation, et le traitement des eaux usées n’est plus assuré. La maladie menace. En ce moment, des millions de litres d’eaux usées polluent la Méditerranée chaque jour.

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  la Méditerranée à Gaza (Habeeb)

Israël interdit la livraison de nourriture aux 1,5 millions de palestiniens de la bande de Gaza. Selon le Comité populaire contre le siège, il manque des aliments de base tels la farine, la farine, l’huile, la viande, le ris et les légumes. Certaines statistiques indiquent que seulement 15% des besoins vitaux des gazaouis passent les frontières contrôlées par l’Etat d’Israël.

On refuse aussi le droit d’accéder aux soins médicaux pour les palestiniens de Gaza. Il n’y plus de médicaments de base, y compris pour le traitement des diabètes, les maladies cardiaques, l’asthme et d’autre maladies chroniques. Il y a aussi une pénurie de médicaments pour les traitements du cancer, des insuffisances rénales et du foie. On manque de quoi stériliser, désinfecter et soigner les patients dans des conditions hygiéniques. Des pannes surviennent à des machines vitales pour maintenir des patients en vie car Israël ne permet pas l’importation des pièces de rechange. Les médecins ont même de la peine à faire des diagnostics précis, à cause des coupures de courant qui ont endommagé les équipements du CT et rayons X dans les hôpitaux.

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photo Habeeb

[Avec le blocus de l’aide humanitaire] …, la famine n’est plus une question de « si », mais de « quand ».

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  frigo dans un camp de réfugiés à Gaza (Habeeb)

C’est n’est pas seulement la population de Gaza qui est affamée par Israël : leurs animaux aussi manquent de la nourriture. Depuis quatre semaines, Israël a interdit l’importation d’aliments pour animaux de ferme, alors que l’agriculture gazaouie a besoin de 150 tonnes par jour. Le secteur agricole de Gaza souffrait déjà des restrictions israéliennes sur l’exportation de ses produits qui ont commencé il y a un an et demi. Maintenant, il est à genoux, privé de vaccins, de semailles, d’insecticides et d’engrais.

Une vie normale à Gaza est devenu impossible. « Je n’en peux plus, » dit Khalil Barakat. Agé d’une quarantaine d’années, sans emploi, il vit dans le camp de réfugiés de Shati (Beach Camp). « Nous sommes comme des animaux dans une cage à Gaza. Si je pouvais émigrer pour couler mes dernières années paisiblement, j’en serais si heureux. »

J’ai croisé une amie de longue date, Um Muhammad Abu Ouf, le long de la rue Omar al-Muktar [la rue principale de la ville de Gaza] à la tombée de la nuit. Je lui ai demandé comment elle vivait sous le siège. « Nous vivons un cauchemar journalier, » me dit-elle. « Les coupures d’électricité font peur à mon petit de onze mois. … Moi, je cherche en vain de la bonne nourriture, surtout du lait, pour lui. Magasin après magasin, j’ai la même réponse : nous n’avons rien, même pas des couches jetables. »

Nahed Deeb, qui appréhende l’arrivée de la disette, vit une frustration semblable : « Nous mourons à petit feu, et personne ne fait rien. J’ai perdu mon emploi il y a huit ans, et je vis d’une aide qui vient de façon irrégulière. Nous sommes des centaines de milliers dans cette situation. Mais il n’y a plus aucun soutien pour des gens pauvres comme moi. »

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  dame gazaouie (Hatem Omar pour Ma’an)

Il semble improbable qu’il y ait un sursis de cette punition collective de l’Etat israélien pour le peuple de Gaza. Le Ministre de Défense a annoncé récemment que les passages de Gaza resteront fermés jusqu’à nouvel avis. Cette semaine, les forces israéliennes ont empêché un bateau libyen avec 3000 tonnes d’aliments d’accoster à Gaza, affirmant que le bateau transportait des armes. Un bateau du Qatar devrait bientôt quitter Chypre pour essayer de livrer de l’aide humanitaire et d’autres bateaux de la Turquie, du Kuwait, du Yémen et de la Jordanie vont faire leur possible pour briser le blocus.  Cette fin de semaine, des responsables palestiniens en Israël vont également tenter d’acheminer de l’aide par bateau.

Si ce siège vise à faire pression sur les gens de Gaza à renoncer à leurs droits, l’Etat d’Israël va rencontrer de la résistance. Un individu qui préfère que l’on appelle simplement M. Muhammed parle pour tous : « Nous avons fait preuve de patience depuis 60 ans. Nous avons survécu à des moments encore plus cruels. Alors, pourquoi renoncerions-nous cette année ? Nous nous devons de rester fermes et patients, et le siège sera enfin levé. »

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enfant de Gaza (Habeeb)

 

14:31 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : siège, gaza, israël, famine | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

30/11/2008

Espoir : demain les nouvelles seront bonnes !

Ramzy Baroud, journaliste palestinien et américain,  (http://www.ramzybaroud.net) a grandi dans un camp de réfugiés dans la bande de Gaza. Cet article est la traduction de son dernier blog.

Lorsque par moments, l’électricité est disponible, la plupart des palestiniens de la bande de Gaza appauvrie et affamée se rassemblent autour de la télévision. Ce n’est pas pour voir « American Idol » ou « Dancing with the Stars » - c’est pour les actualités.

Les gazaouis ont un rapport tout à fait particulier et complexe avec les media. Comme la majorité des palestiniens dans le monde, ils regardent et écoutent les nouvelles dans l’espoir que le salut arrivera sous la forme d’une dépêche de presse. Ils sont de toute évidence toujours en attente.

Cependant, ils ne peuvent pas s’empêcher de lire, de regarder, d’écouter : ce que le reste du monde dit de leur destin et de leur lutte leur importe énormément. Ils se demandent surtout s’il y a quelqu’un qui s’inquiète de leur sort.

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 famille qui regarde la télé

Pendant les couvre-feux longs et brutaux de la première Intifada à Gaza, ma famille se groupait autour d’une petite radio avec une appréhension permanente que les piles nous fassent défaut, nous abandonnant à une panne totale de nouvelles, un vrai cauchemar.

Lorsque l’armée israélienne se préparait à investir un camp de réfugiés, ils coupaient d’abord l’eau et l’électricité. C’est encore la pratique ces jours-ci, à un échelle infiniment plus grande : il y a une pénurie de carburant, de nourriture, et de provisions médicales, et les générateurs d’eau fonctionnent à peine. Cette punition collective a toujours été le summum de la politique israélienne dans la bande de Gaza. Certaines choses ne changent jamais.

Mais Gaza arrive miraculeusement à survivre toutes ses épreuves, on ne sait pas comment. Les habitants de ce petit bout de terre trouvent les moyens de faire face à leurs tragédies multiples, tout comme ils arrivaient à s’accommoder au premier influx de réfugiés assoiffés et désespérés lors de la Nakba [« catastrophe » en arabe] de 1948. Ils pleurent et enterrent leurs morts [dont le dernier, tué par un obus le 28 novembre – Ma’an News], prient pour la clémence de Dieu et retournent à leurs maisons pour se retrouver autour de la radio, guettant une lueur d’espoir dans les nouvelles qu’ils écoutent.

Aujourd’hui, ils font confiance aux différents agences de presse qui s’engagent à rapporter leurs souffrances comme ils les subissent,  le contre-pied des communiqués de presse de l’armée israélienne. Ce n’est pas toujours l’amour entre eux et les media importants tels le BBC ou le Voice of America. Même si la plupart des gazaouis approuvent les reportages d’al Jazeera, ils ne peuvent pas leur pardonner d’offrir une voix aux politiciens et aux militaires israéliens. Malgré cette réticence, c’est les nouvelles d’al Jazeera que la plupart des gazaouis écoutent aux moments où la tragédie frappe, hélas trop fréquemment.

Les nouvelles de Gaza et les nouvelles au sujet de Gaza n’ont presque jamais été si désespérantes que ces jours-ci : tous les jours les déclarations des représentants de l’ONU ou des organisations des droits de l’homme qui dénoncent le siège de Gaza, l’étranglement de toute une population et le silence accablante de la communauté internationale face à la catastrophe humanitaire la plus imminente du monde. Les palestiniens de Gaza écoutent attentivement. Ils ont un petit espoir que les Etats-Unis exercera de la pression sur Israël pour adoucir ce siège, pour permettre des soins médicaux, en particulier pour les malades en phase terminale, pour permettre la livraison du carburant. Mais jour après jour, la situation empire, avec peu de progrès vers la justice.

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enfants qui font leurs devoirs à la lumière d’une lampe à l’huile

Les gens de Gaza s’approchent de leurs écrans de télévision pour écouter le Secrétaire générale de l’ONU Ban Ki-Moon ou l’ancien Commissaire pour les droits humains Mary Robinson qui demandent à Israël de relâcher ou d’arrêter les sanctions. Ils persistent à croire que, tôt ou tard, l’Etat d’Israël entendra ces appels, mais rien ne se passe.

Le 4 novembre, Robinson, ancien président de l’Irelande, a déclaré à la BBC que c’était « tout simplement incroyable » que le monde ne se souciait pas d’ « une violation choquante de tant de droits humains ». « Toute leur civilisation a été détruite, et je n’exagère pas, » a-t-elle dit.

Le même jour, l’armée israélienne a envahi Gaza avec l’intention de provoquer un conflit, mettant fin à la trêve fragile avec le Hamas, en place depuis le mois du juin. L’armée a tué six palestiniens et blessé trois autres.

Le directeur de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (l’UNWRA) John Ging a déclaré au Washington Post le 15 novembre , « La situation est désastreuse, et elle ne fait qu’empirer … c’est la première fois que l’ONU ne peux pas transporter des provisions à une population dans une telle détresse ; il s’agit de beaucoup de familles qui dépendent de notre aide depuis des années, et ils vivent au jour le jour. »

Amnesty International dans la voix de Philip Luther condamne : « L’augmentation du verrouillage du blocus par l’Etat israélien a rendu la situation humanitaire à la limite de soutenable et même pire. »

Le journal The Independant a publié une fuite d’un rapport de la Croix rouge : « Il y a une augmentation dans la malnutrition chronique et des carences alarmantes en micronutriments. » Selon la Croix rouge, les restrictions israéliennes sont en train de causer « une détérioration progressive dans la sécurité alimentaire pour 70% de la population gazaouie. »

Et les gens de Gaza continuent toujours à zapper d’une station de radio à l’autre, à gauche puis à droite, pendant que le monde fait la sourde oreille. Ils se demandent pourquoi leur situation a moins d’urgence que la bateau piraté de la Mer Rouge ou même le drame du Congo, vu que leur misère perdure depuis des générations et s’enfonce encore.

Les gazaouis écoutent en vain les stations arabes. Ils se demandent comment les autres arrivent à s’amuser pendant cette désolation totale qui progresse à Gaza. Ils écoutent les insultes crachés entre des représentants du Fatah et du Hamas, qui se disputent par rapport à des positions d’un gouvernement qui n’existe pas et des territoires sans souveraineté. Ils font non de la tête en consternation et persévèrent dans l’espoir que demain, juste une fois, les nouvelles seront bonnes.

22:39 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : blocus israélien, gaza, actualités, média | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |