30/11/2008

Espoir : demain les nouvelles seront bonnes !

Ramzy Baroud, journaliste palestinien et américain,  (http://www.ramzybaroud.net) a grandi dans un camp de réfugiés dans la bande de Gaza. Cet article est la traduction de son dernier blog.

Lorsque par moments, l’électricité est disponible, la plupart des palestiniens de la bande de Gaza appauvrie et affamée se rassemblent autour de la télévision. Ce n’est pas pour voir « American Idol » ou « Dancing with the Stars » - c’est pour les actualités.

Les gazaouis ont un rapport tout à fait particulier et complexe avec les media. Comme la majorité des palestiniens dans le monde, ils regardent et écoutent les nouvelles dans l’espoir que le salut arrivera sous la forme d’une dépêche de presse. Ils sont de toute évidence toujours en attente.

Cependant, ils ne peuvent pas s’empêcher de lire, de regarder, d’écouter : ce que le reste du monde dit de leur destin et de leur lutte leur importe énormément. Ils se demandent surtout s’il y a quelqu’un qui s’inquiète de leur sort.

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 famille qui regarde la télé

Pendant les couvre-feux longs et brutaux de la première Intifada à Gaza, ma famille se groupait autour d’une petite radio avec une appréhension permanente que les piles nous fassent défaut, nous abandonnant à une panne totale de nouvelles, un vrai cauchemar.

Lorsque l’armée israélienne se préparait à investir un camp de réfugiés, ils coupaient d’abord l’eau et l’électricité. C’est encore la pratique ces jours-ci, à un échelle infiniment plus grande : il y a une pénurie de carburant, de nourriture, et de provisions médicales, et les générateurs d’eau fonctionnent à peine. Cette punition collective a toujours été le summum de la politique israélienne dans la bande de Gaza. Certaines choses ne changent jamais.

Mais Gaza arrive miraculeusement à survivre toutes ses épreuves, on ne sait pas comment. Les habitants de ce petit bout de terre trouvent les moyens de faire face à leurs tragédies multiples, tout comme ils arrivaient à s’accommoder au premier influx de réfugiés assoiffés et désespérés lors de la Nakba [« catastrophe » en arabe] de 1948. Ils pleurent et enterrent leurs morts [dont le dernier, tué par un obus le 28 novembre – Ma’an News], prient pour la clémence de Dieu et retournent à leurs maisons pour se retrouver autour de la radio, guettant une lueur d’espoir dans les nouvelles qu’ils écoutent.

Aujourd’hui, ils font confiance aux différents agences de presse qui s’engagent à rapporter leurs souffrances comme ils les subissent,  le contre-pied des communiqués de presse de l’armée israélienne. Ce n’est pas toujours l’amour entre eux et les media importants tels le BBC ou le Voice of America. Même si la plupart des gazaouis approuvent les reportages d’al Jazeera, ils ne peuvent pas leur pardonner d’offrir une voix aux politiciens et aux militaires israéliens. Malgré cette réticence, c’est les nouvelles d’al Jazeera que la plupart des gazaouis écoutent aux moments où la tragédie frappe, hélas trop fréquemment.

Les nouvelles de Gaza et les nouvelles au sujet de Gaza n’ont presque jamais été si désespérantes que ces jours-ci : tous les jours les déclarations des représentants de l’ONU ou des organisations des droits de l’homme qui dénoncent le siège de Gaza, l’étranglement de toute une population et le silence accablante de la communauté internationale face à la catastrophe humanitaire la plus imminente du monde. Les palestiniens de Gaza écoutent attentivement. Ils ont un petit espoir que les Etats-Unis exercera de la pression sur Israël pour adoucir ce siège, pour permettre des soins médicaux, en particulier pour les malades en phase terminale, pour permettre la livraison du carburant. Mais jour après jour, la situation empire, avec peu de progrès vers la justice.

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enfants qui font leurs devoirs à la lumière d’une lampe à l’huile

Les gens de Gaza s’approchent de leurs écrans de télévision pour écouter le Secrétaire générale de l’ONU Ban Ki-Moon ou l’ancien Commissaire pour les droits humains Mary Robinson qui demandent à Israël de relâcher ou d’arrêter les sanctions. Ils persistent à croire que, tôt ou tard, l’Etat d’Israël entendra ces appels, mais rien ne se passe.

Le 4 novembre, Robinson, ancien président de l’Irelande, a déclaré à la BBC que c’était « tout simplement incroyable » que le monde ne se souciait pas d’ « une violation choquante de tant de droits humains ». « Toute leur civilisation a été détruite, et je n’exagère pas, » a-t-elle dit.

Le même jour, l’armée israélienne a envahi Gaza avec l’intention de provoquer un conflit, mettant fin à la trêve fragile avec le Hamas, en place depuis le mois du juin. L’armée a tué six palestiniens et blessé trois autres.

Le directeur de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (l’UNWRA) John Ging a déclaré au Washington Post le 15 novembre , « La situation est désastreuse, et elle ne fait qu’empirer … c’est la première fois que l’ONU ne peux pas transporter des provisions à une population dans une telle détresse ; il s’agit de beaucoup de familles qui dépendent de notre aide depuis des années, et ils vivent au jour le jour. »

Amnesty International dans la voix de Philip Luther condamne : « L’augmentation du verrouillage du blocus par l’Etat israélien a rendu la situation humanitaire à la limite de soutenable et même pire. »

Le journal The Independant a publié une fuite d’un rapport de la Croix rouge : « Il y a une augmentation dans la malnutrition chronique et des carences alarmantes en micronutriments. » Selon la Croix rouge, les restrictions israéliennes sont en train de causer « une détérioration progressive dans la sécurité alimentaire pour 70% de la population gazaouie. »

Et les gens de Gaza continuent toujours à zapper d’une station de radio à l’autre, à gauche puis à droite, pendant que le monde fait la sourde oreille. Ils se demandent pourquoi leur situation a moins d’urgence que la bateau piraté de la Mer Rouge ou même le drame du Congo, vu que leur misère perdure depuis des générations et s’enfonce encore.

Les gazaouis écoutent en vain les stations arabes. Ils se demandent comment les autres arrivent à s’amuser pendant cette désolation totale qui progresse à Gaza. Ils écoutent les insultes crachés entre des représentants du Fatah et du Hamas, qui se disputent par rapport à des positions d’un gouvernement qui n’existe pas et des territoires sans souveraineté. Ils font non de la tête en consternation et persévèrent dans l’espoir que demain, juste une fois, les nouvelles seront bonnes.

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23/11/2008

Réduits à manger des aliments pour animaux

C’était prévu (voir le blog du 19 novembre) : il n’y a plus de blé pour la fabrication du pain dans la bande de Gaza, soumis au blocus israélien pour le 19ème journée consécutive. L’article suivant était publié par Ma’an News hier (http://www.maannews.net).

 

Les boulangeries de Gaza sont réduites à utiliser des farines destinées aux animaux pour faire le pain

Les boulangeries de la bande de Gaza assiégée se sont mises à moudre du blé de seconde qualité, normalement destiné au bétail et à la volaille. Il ne leur restait plus aucune réserve ce samedi, dix-huitième jour du blocus israélien.

Le blé réservé à la consommation des êtres humains s’est épuisé cette fin de semaine. Les agents de sécurité aux frontières égyptiennes et israéliennes ont refusé le passage aux camions de nourriture et de médicaments de donateurs, selon Abd An-Nasser Al-Ajrami, responsable de la Société de propriétaires de moulins dans la bande de Gaza. (Ma’an a également publié hier que des camions transportant de l’aide médicale en provenance du Maroc, arrivés au Caire, espéraient obtenir l’autorisation d’entrer à Gaza par le passage de Rafah.)   

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   Photo Hatem Omar (Ma'an)

Selon les Nations Unies, la moitié des boulangeries de Gaza étaient fermée hier.

Les conditions humanitaires n’ont jamais été si précaires à Gaza. Le verrouillage israélien, supposé répondre aux tirs des missiles artisanaux sur les terres d’Israël avoisinantes, exclut toute importation de nourriture, de médicaments et de carburant. 

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19/11/2008

Alerte rouge à Gaza

Jonathan Cook, écrivain et journaliste, vit à Nazareth. C’est un observateur subtile de la scène au Moyen Orient (www.jkcook.net) depuis des années. Son article récent pour « The National » (Abu Dhabi) examine les racines et les enjeux de la situation à Gaza. L’original se trouve à l’adresse http://electronicintifada.net/v2/article9968.shtml. En voici une traduction quelque peu abrégé.

« Le vrai but du blocus israélien à Gaza

Le dernier resserrement de l’écrou israélien sur Gaza – l’arrêt de toute livraison de biens depuis plus d’une semaine – a produit des conséquences choquantes et immédiates pour ses 1,5 million d’habitants.

Le blocus du carburant a forcé la fermeture de l’unique centrale électrique de la bande de Gaza … Une pénurie critique d’eau et la destruction des systèmes sanitaires menacent à tout moment. [On prévoit la fin des stocks de blé d’ici à jeudi 20 novembre –  Maan News Agency ]

L’ONU a annoncé jeudi passé qu’il n’avait plus de quoi fournir les denrées alimentaires de base dont dépendent 750’000 gazaouis dépourvus de tout. « Ce blocus est dirigé contre l’organisation des Nations-Unies elle-même, » dit un porte-parole.

De surcroît, la grande banque israélienne Hapoalim a annoncé que toute transaction avec Gaza sera prochainement refusée, ce qui revient à imposer un blocus financier sur cette économie qui dépend du shekel israélien. D’autres banques planifient des mesures semblables, leurs mains liées par la déclaration de Gaza comme « entité ennemi » par l’Etat d’Israël en septembre 2007.

Selon toute probabilité, il y aura peu de témoins à l’approche de l’hiver, bien sombre, avec comme horizon la famine. Depuis une semaine, aucun journaliste n’est admis à Gaza depuis le côté israélien, de même un groupe de diplomates européens s’est vu interdit l’accès par l’Egypte.   [voir l’article de Joseph Zisyadis]

L’Etat d’Israël rend le Hamas responsable des dernières restrictions d’aide et de carburant arguant de leur violation de la trêve de cinq mois. Le groupe armé du Hamas a bien tiré des missiles sur les territoires avoisinants d’Israël, mais il faudrait reconnaître qu’Israël a sa part dans la fin de cette trêve : pendant que les yeux du monde étaient rivés sur les élections américaines, l’armée israélienne a envahi Gaza, tuant 6 palestiniens, provoquant ainsi ces tirs des missiles. [Selon le journal Haaretz du 18 novembre, on compte 17 militants palestiniens tués ce mois par des tirs ou par des missiles tirés depuis des drones qui ne laissent que des fragments de corps. Ces militants défendaient un endroit envahi par l’armée ou étaient soupçonnés de préparer des tirs de missiles. De telles exécutions extra-judiciaires sont proscrites par le droit international.]

La catastrophe humanitaire à Gaza n’a que peu de rapports avec les incursions israéliens actuelles et les tirs des missiles par les palestiniens. Il y a presque une année, Karen Koning AbuZayd 

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commissaire général de l’agence onusien pour les réfugiés palestiniens [l’UNWRA], a donné un avertissement : « Gaza risque de devenir prochainement le premier territoire qui soit délibérément réduit à un état de dénuement abjecte. » 

Mme AbuZayd a accusé l’Etat d’Israël de l’étranglement de Gaza, mais elle a aussi pointé du doigt la communauté européenne. Tous les deux ont commencé à bloquer l’aide de Gaza au début de l’année 2006, après l’élection du Hamas à la tête de l’Autorité Palestinienne.

Les Etats-Unis et l’Europe étaient d’accord sur la logique de cette démarche, assurés que si la population civile de Gaza souffrait suffisamment, la population se révolterait contre le Hamas et mettrait à leur place un nouveau gouvernement acceptable pour l’Etat d’Israël et pour l’Occident.

Mme AbuZayd avait raison de dire que ce moment était le commencement d’une punition collective de Gaza, traitement condamné comme crime de guerre par les Conventions de Genève. [lire dans Le Temps du 18 novembre : « Le DFAE exige le désenclavement de Gaza » ]

En fait, la catastrophe croissante qui se déchaîne sur Gaza est seulement indirectement liée à la montée au pouvoir du Hamas et au tir des missiles. Ces deux phénomènes représentent un refus de la part des gazaouis d’abandonner leur résistance à la continuelle occupation israélienne. Le Hamas, les Qassams, offrent un prétexte à l’Etat d’Israël pour ignorer les protections qu’un état occupant doit à ses occupés selon le droit international, afin de soumettre les civils de Gaza à ce verrouillage total. 

Les media en Israël ont annoncé le week-end passé qu’un des premiers actes officiels du premier ministre du Hamas, Ismail Haniyeh, lors de son élection en 2006, était d’envoyer un message écrit au Président Bush. Dans ce mot, il a proposé une trêve de longue durée avec, en retour, la fin de l’occupation israélienne. On ne lui a même pas accusé réception de ce message.

Au contraire, selon le Jerusalem Post, les responsables de la politique israélienne ont cherché à renforcer l’idée que « ça n’aurait pas de sens de faire tomber le Hamas, puisque le Hamas, c’est toute la population de Gaza. » Ce raisonnement fait l’apologie de la punition collective puisque l’on considère qu’il n’existe pas de vrais civils à Gaza. Israël fait la guerre a chaque homme, femme et enfant. [sans oublier les pêcheurs : Maan 19 novembre]

Pour illustrer jusqu’où peut aller cet état d’esprit, notons que le conseil des ministres israéliens a discuté d’une nouvelle stratégie la semaine passé : l’idée serait de simplement raser des villages gazaouis afin de freiner les tirs de missiles. …

Certains ministres ont exprimé des sentiments dans la même veine. Ehud Olmert a déclaré que l’on ne devrait pas permettre au peuple de Gaza de « mener des vies normales. » Avi Dichter est de l’avis que les sanctions sont nécessaires « sans tenir compte du coût du côté palestiniens. » Meir Sheerit aimerait qu’Israël « décide quel quartier de la ville de Gaza raser. » …

Il reste à se demander : quelle est l’attente de l’Etat d’Israël face à des gazaouis qui s’enfoncent dans la misère tout en subissant l’augmentation des représailles militaires israéliennes ? » …

En conclusion, M. Cook cite les mots du Dr. Eyad Sarraj qui se trouvent tout à la fin du blog du 24 mars 2008, « SOS de Gaza » : « Préparez-vous à l’Exode. »     

 

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30/10/2008

La neige en Suisse, la pluie à Gaza

Partout, le temps se dégrade. Une pluie de balles réelles de l’armée israélienne ont semé la panique dans le lycée Shuhada Khizaa au sud-est de la bande de Gaza lundi matin. Les forces israéliennes stationnées le long de la frontière, à 700 mètres de l’école de jeunes filles, ont tiré gratuitement, sans arrêter, sur le lycée pendant presque 15 minutes. Aziza Sulaiman Qdeih, 15 ans, a été blessé au nez. Elle était dans sa salle de classe. Selon l’agence de presse Ma’an, la seule activité à cet endroit, au moment des tirs, était l’arrivée des élèves dans leur école et la récolte des olives par des paysans. (voir blog du 20 octobre : Récolte en solidarité avec les paysans de Gaza ») Selon le Centre Al Mezan pour les Droits de l’Homme, 19 écoliers gazouis ont été tués par des attaques semblables, soit sur le chemin de l’école, soit à l’intérieur de leur école, depuis le début de la deuxième intifada en 2000. (article en anglais sur http://electronicintifada.net/v2/article9916.shtml)

Le jour suivant, une déluge de pluie du ciel a dévasté plusieurs quartiers modestes de la ville de Gaza ainsi que des habitations dans la ville de Khan Younis, au milieu de la bande de Gaza. (photos sur http://www.ism-France.org/news/)

Par ce temps orageux, un bateau du nom de Dignité est arrivé hier dans le port de Gaza. Il s’agit de la deuxième arrivée en deux mois de passagers du mouvement « Free Gaza » basé dans l’état de la Californie (voir blog du 24 août : « C’est la rentrée ! »). A bord, se trouvait la lauréate du Prix Nobel pour la Paix Mairead Corrigan Maguire, qui a milité pour la non-violence en l’Irelande du Nord, le parlementaire Mustafa Barghouthi de Cisjordanie et Gideon Spiro, de la gauche israélienne. Parmi les 27 voyageurs, il y avait un autre citoyen israélien, des italiens, des britanniques, et des citoyens des Etats-Unis. Comme en août, l’Etat d’Israël a d’abord menacé d’arrêter le bateau et ensuite permis son accostage. Le mouvement « Free Gaza » demande une levée du blocus israélien sur Gaza. (BBC One-Minute World News 29 October)

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 Le Dignity arrive au port de Gaza le 29 octobre 2008 (photo Free Gaza)

Pas tout le monde a eu la chance des passagers de la Dignité. Isabel Kershner du New York Times écrit hier  «… Israël maintient comme politique d’isoler [Gaza]. Cette semaine, les autorités ont refusé l’entrée à 120 académiciens et professionnels de la santé mondialement connus qui avaient demandé de pouvoir participer à une conférence organisée par le Gaza Community Mental Health Program … sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé. » Cette conférence, intitulée « Siège et santé mentale …des murs contre des ponts » a finalement eu lieu par téléconférence depuis Ramallah. (pour plus d’informations: http://www.gcmhp.net)

 

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27/10/2008

Les tunnels de Gaza

Le contrôle total imposé par l’Etat d’Israël sur la bande de Gaza – son air, sa terre et sa mer – fait que l’espace sous-terre est devenu le seul endroit de liberté de mouvement, selon Eyal Weizman dans son dernier livre « Hollow Land ». Dans ces lieux dangereux, où le radar israélien ne peut pénétrer, un commerce hautement risqué s’active. Rami Almeghari, journaliste de Gaza, est l’auteur de l’article suivant, dont l’original en anglais se trouve sur
http://electronicintifada.net/v2/article9912.shtml .

 

Le commerce florissant des tunnels de Gaza

Depuis que le blocus de Gaza a commencé il y a plus de seize mois, les résidents palestiniens de cette petite bande côtière dépendent de la contrebande pour subvenir à leur besoins élémentaires. Un rapport récent des Nations Unis raconte que le marché local ne pourrait exister sans ce commerce des tunnels ou « commerce de la mort » qui a déjà coûté la vie de 40 personnes. On les appelle « les fossoyeurs » - ces quelques trois milliers d’hommes qui gagnent leur vie en creusant des tunnels. Dans ces tunnels, ils transportent des biens essentiels de provenance égyptienne: de la nourriture, du gaz pour faire la cuisine, du pétrole, du bétail et même des appareils électriques.  

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photo : Iyad Albaba

Les tunnels se trouvent tous alignés le long de la route Philadelphia sur la frontière entre l’Egypte et Gaza. De la marchandise produite en Egypte ou importée d’Egypte remplit les marchés de Gaza en ce moment. Ceci est surtout vrai des souks de Rafah, au sud de la bande de Gaza, où le commerce des tunnels se concentre.

« Je suis content que j’ai au moins quelque chose à vendre plutôt que rien, mais je ne suis pas fier de moi-même comme commerçant en ayant besoin de vendre de la marchandise de contrebande. Les prix sont assez élevés tandis que le pouvoir d’achat des gens est vraiment minimal. Pouvez-vous imaginer, vous êtes obligés d’acheter des vêtements venant de la contrebande pour vos enfants ! Ce sont l’Amérique, Israël et certains [pays] arabes qui ont forcé un peuple entier à vivre de la contrebande, » explique Abu Jamal, 43 ans, vendeur des appareils électriques.  

… Abu Nasser, un travailleur dans les tunnels, partage l’avis d’Abu Jamal : « Malgré le siège israélienne de Gaza, nous arrivons à subvenir ainsi à nos besoins. Nous pouvons au moins faire du pain et faire la cuisine, en dépit des prix élevés. » Pendant qu’il charge un camion de bouteilles de gaz devant la tente de son tunnel, Abu Jamal explique : « Tous les jours, nous transportons entre 300 à 400 bouteilles de gaz depuis les territoires égyptiennes …. Chaque bouteille coûte malheureusement $100, mais c’est mieux que ne pas en avoir du tout. »

Abu Hassan est encore en train de construire son tunnel a lui, un travail qui dure entre 3 et 4 mois. On utilise une machine qui évacue le sable, formant un trou de 21 mètres de profondeur. Père de sept enfants, Abu Hassan explique que « ce qui m’a poussé à travailler dans ces tunnels est le fait que depuis ces derniers 16 mois, j’ai été au chômage. Comment pouvoir nourrir ma famille ? Je sais que c’est un travail risqué, mais quoi faire ? Je n’ai pas d’autre solution. »

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photo - Jerusalem Post

Ces derniers mois, des dizaines de travailleurs des tunnels sont morts, soit pendant qu’ils creusaient, soit parce que les autorités égyptiennes ont fait s’effondrer certains des tunnels. Malgré cela, le commerce va bon train, stimulée par le blocus israélien.

Abu Mohammed, un résident de Khan Younis, a travaillé comme entrepreneur de tunnel depuis huis ans. L’été dernier, son frère et son neveu ont été tués pendant qu’ils creusaient un tunnel. «Suite à la mort la mort de mon frère Helmi et mon neveu, je me sens tellement déprimé, même malade. Mais si j’arrête de travailler, dites-moi, comment est-ce que ces gens pourraient vivre ? Il y a beaucoup de gens au chômage et croyez-moi, si vous venez ici dans l’après-midi, vous allez voir combien cherchent du travail en creusant! »

Récemment, le gouvernement du Hamas de Gaza a imposé des règles et des restrictions  nouvelles sur le commerce des tunnels pour éviter plus de morts et pour empêcher l’importation de drogues et d’autres substances prohibés. Cependant, le gouvernement de Hamas assiégé ne peut pas garantir une fin au commerce des tunnels sans que le blocus israélien ne s’arrête.

« Le siège répressif de Gaza a motivé le peuple palestinien résistant d’imaginer un moyen créatif de s’assurer un gagne-pain. Nous essayons d’organiser un mouvement sur la frontière avec l’Egypte, par exemple en établissant des lignes de conduites quant au commerce et le type de biens qui sont admis dans la bande. Selon moi, cette situation exceptionnelle n’existera plus si le blocus israélien vient à sa fin, » dit Ehab al-Ghosain, porte-parole du Ministère de l’Intérieur.

Israël a commencé le siège après que le Hamas a saisi le pouvoir à Gaza dans le contexte de sa lutte avec le Fatah, le parti du Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas. Selon l’Etat juif, les tunnels de Gaza servent à la contrebande d’armes depuis l’Egypte à des groupes de résistance palestiniens basés à Gaza. Israël voudrait que l’Egypte ferme les tunnels. En juin, l’Egypte a agi en tant que négociateur d’une trêve entre Israël et les factions palestiniennes. Selon ses accords, Israël était censé lever le blocus sur Gaza petit à petit. Il ne l’a pas fait. L’ONU a appelé à rouvrir les passages officiels entre Gaza et Israël, y compris le passage de Rafah dans le sud de la bande de Gaza. C’est l’Egypte qui garde ce passage fermé depuis juin 2007. …

 

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03/07/2008

Un camp de vacances pas comme les autres

 

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photo des enfants et intervenants  (Ziad)

 

 

Le Centre de la paix de l’Université d’Al Aqsa a bien rempli sa mission, celle qu’annonçait  Ziad Medoukh ce printemps (voir le blog du 30.03 : "Le Centre de la paix persiste et signe !") Malgré le siège qui serre Gaza de plus en plus fort dans son étau, entre 23 et 27 étudiant(e)s ont assisté à des ateliers-conférences autour des thèmes qui les interpellaient : la citoyenneté, la tolérance, l’acceptation de l’autre, le droit à l’éducation, les libertés académiques et la liberté d’expression.  Les étudiant(e)s ont fait preuve d’une assiduité remarquable tout en préparant leurs examens de fin d’année, en cherchant des moyens de transport pour se rendre aux colloques en dépit des limitations de locomotion dues à la pénurie de carburant.

Les examens terminés, les étudiant(e)s ont quitté les bancs de l’université pour organiser et animer un camp pour soixante-dix garçons et filles âgés de 7 et 12 ans. Depuis le 24 juin, ces enfants, qui viennent de différentes écoles publiques et privées, participent dans des activités en coopération avec le département du français de l’Université d’Al Aqsa. Et Ziad envoie régulièrement des photos des sept jeunes animateurs et animatrices et des enfants dont ils ont la charge. A travers les jeux, les activités créatrices, les visites aux animaux et les excursions, notamment à la plage, ces lauréats du Centre de la paix s’appliquent à encourager et enseigner le respect de l’autre dans des situations concrètes.  

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photo – à la plage (Ziad)  

Les étudiant(e)s de l’Université d’Al Aqsa veulent faire passer un bon moment aux enfants à l’aide de ce camp tout en transmettant un message : dans la bande de Gaza, il y a des gens qui resteront toujours attachés aux principes de la liberté, la démocratie et la paix.   Vos réactions d’encouragement sur : paixaqsa@yahoo.fr

 

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photo « J’aime vivre en liberté » (Ziad)

 

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22/06/2008

Réfugiés palestiniens – pour toujours ?

Najwa Sheik est une réfugiée palestinien qui vient d’al Magdal [aujourd’hui, Ashkelon], juste au nord de la bande de Gaza. Elle a vécu dans des camps de réfugiés à Gaza pendant toute sa vie. Voir « Lettres de Gaza … aucune attente » (23 janvier 2008). 

« Une vie dans un traquenard

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   camp de réfugiés palestinien, 1948 (photo UNRWA)

Le 20 juin a été déclaré « La journée mondiale des réfugiés » par l’Assemblée générale de l’ONU en l’an 2000. C’est un jour pour penser à l’expérience et à la condition de tous les réfugiés du monde dont la vie a été brisée par la guerre et l’injustice, y compris les réfugiés palestiniens. C’est un jour particulièrement poignant pour les réfugiés palestiniens, condamnés à rester dispersés partout dans le monde, empêchés de rentrer chez eux, pour toujours.

Je suis une réfugiée palestinienne, comme mes parents et mes grand-parents qui ont fui notre village d’al Majdal pour s’installer dans un des huit camps des réfugiés dans la bande de Gaza. Mes grand-parents sont décédés il y a 15 ans sans avoir pu revoir leur pays d’origine. Aujourd’hui, mes parents, vieux et malades, vivront sans doute le même destin que leurs parents.

Soixante années ont passé depuis le Nakba – notre déplacement forcé – et encore maintenant, on nous appelle, nous les palestiniens, réfugiés. Cette identité de réfugié vous colle à la peau, à tout réfugié, et pour nous réfugiés palestiniens, nous enlève toute possibilité d’envisager un futur. Il n’y a que des images limitées dans la tête, des images qui viennent de la vie de nos aïeux, du même camp de réfugiés où ils ont vécu, où ils sont morts, dans les mêmes circonstances. Nous nous trouvons toujours face aux mêmes souffrances et la même injustice causées par l’occupation israélienne.

C’est une grande déception que d’avoir les mêmes attentes que ses parents ou ses grand-parents, dans le sens que chaque aspect de sa vie est entièrement prévisible : nous sommes confinés au même camp, aux mêmes écoles et aux mêmes obstacles posés par l’Etat d’Israël.

Lorsque tout votre vie est prévisible, vos rêves et même vos succès n’ont plus d’importance. En fin de compte, votre vie ne changera pas : elle se déroule dans le traquenard du camp où le jour se mue en nuit, insensiblement, toujours la même.

Il est dur, très dur, de sentir que sa vie s’en va en pure perte et qu’aucun effort de votre part ne fera aucune différence ni dans votre vie ni dans la vie des autres et que vos rêves ne sont qu’un échappatoire à la réalité que vous vivez.

D’une génération à l’autre, rien a changé. Une bonne éducation ou une carrière prometteuse ne valent rien tant que vous restez un réfugié, vivant toujours dans les circonscriptions familières du camp, avec « réfugié » comme seule identité reconnue.

C’est pour cette raison que je propose que les réfugiés soient inclus dans la liste officielle des citoyens du monde. Ainsi, on pourrait lire le mot « réfugié » dans notre passeport, pour définir le voyage que nous devons faire – sans état, tournant en rond sans fin – réfugiés pour l’éternité. »

(Lisez encore l’adresse de Mme Karen AbuZayd, commissaire-générale de l’UNRWA [United Nations Relief and Works Agency, établi en 1948 en tant qu’aide temporaire aux réfugiés palestiniens], à l’occasion de la journée mondiale des réfugiés : http://www.un.org/unrwa/news/statements/2008/WRD_20jun08.... )

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06/06/2008

Gaza : personne ne sort ! Même pas les étudiants doués…

En ce moment d’examens de fin d’année dans nos écoles et nos universités, j’ai appris avec consternation par le New York Times ( http://www.iht.com/articles/2008/05/29/africa/gaza.php ) que les Etats-Unis allaient retirer des bourses Fulbright de sept étudiants de Gaza. La décision découle du blocus israélien de la bande de Gaza.  L’article cite le rabbin Michael Melchior, responsable du comité du parlement israélien pour l’éducation, qui dénonce cette décision ainsi : « Ceci pourrait être interprété comme une punition collective. Cette politique ne respecte pas les normes internationales ni les normes éthiques des juifs, qui ont eux-mêmes souffert par le passé d’être privés de l’éducation supérieure. » Condoleeza Rice a exprimé sa surprise en apprenant les nouvelles : « S’il n’est plus possible de soutenir des jeunes et donner un horizon complet à leurs rêves et leurs attentes, je ne sais pas s’il y a un avenir pour la Palestine. » (http://www.nytimes.com/2008/06/02/world/middleeast/02fulb... 

Les USA semblent changer d’avis en faveur de ces 7 étudiants, mais, à Gaza,  il reste au moins 700 étudiants de l’éducation supérieure face au même refus israélien. L’original de cette traduction se trouve sur http://www.pchrgaza.org (Centre palestinien pour les droits humains) 

« Huis clos pour 700 universitaires de Gaza

Il y a trois jours, le 1er juin, Hadeel Abu Kwaik était assise dans la salle d’ordinateurs de l’Université Al-Azhar à Gaza avec un air soucieux et perplexe. Elle venait d’apprendre que sa bourse Fulbright n’était pas annulée, après tout. « Je suis heureuse mais encore en souci. Je ne sais toujours pas si nous allons tous pouvoir partir pour les Etats-Unis. »

Hadeel est une des sept étudiants qui, le 29 mai, ont reçu une lettre du Consulat américain à Jérusalem les informant que leur inscription pour une bourse Fulbright n’aurait pas de suite. (…) Les bénéficiaires – trois femmes et quatre hommes – étaient ‘fortement encouragés’ de s’inscrire à nouveau pour les mêmes bourses l’année suivante et assurés que leur inscription aurait ‘une considération prioritaire’.

Le retrait de ces bourses a provoqué un tollé au niveau international, les yeux du monde se sont tournés vers les sept étudiants. (…) Face à une critique croissante venant d’Israël et des Etats-Unis, le Département d’Etat américain a vite ré-attribué les sept bourses en assurant les étudiants le 2 juin qu’ils étaient en train de travailler ‘étroitement’ avec les autorités israéliennes pour obtenir des permis pour quitter Gaza. Maintenant, Hadeel attend de pouvoir voyager à Jérusalem, où elle devra être interviewée au consulat américain afin d’obtenir un visa pour les USA. Ensuite, elle retournera à Gaza pour se préparer pour le départ à la fin de l’été. Elle compte étudier en vue d’un Masters d’ingénieur-software à l’Université de Minnesota.

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Hadeel Abu Kwaik est une des 7 étudiants dont les bourses Fulbright étaient retirées puis ré-attribuées rapidement, par le Département d’Etat américain. Mais il reste presque 700 autres étudiants devant un huis clos à Gaza. (photo PCHR)

Les media ont vite fini avec ce ‘happy ending’. Mais pour des centaines d’autres étudiants empêchés de se rendre aux universités qui les ont acceptés, enfermés dans la bande de Gaza, c’est toujours le huis clos, et le nombre de cas augmentera sûrement cet été. Selon les statistiques du PCHR, il y a encore presque 700 étudiants gazouis en attente de permis nécessaires pour quitter Gaza afin de poursuivre leurs études à l’étranger au moyen d’une bourse. ‘ Ce chiffre sera à la hausse dans le mois qui vient, dès que les écoles annonceront les résultats des examens,’ estime Khalil Shaheen, chercheur senior au PCHR. ‘Les étudiants de Gaza veulent continuer leurs études – tous sont laissés sur le carreau à l’intérieur de la bande de Gaza à cause du siège imposé par Israël et du blocus. Leurs droits de poursuivre leur éducation et leur avenir sont bafoués.’

La Déclaration Universelle des Droits de L’Homme de 1948 et le Pacte internationale relatif aux droits civils et politiques de 1966 garantissent explicitement le droit de toute personne de se déplacer librement entre leur état et l’extérieur. Le blocus israélien de la bande de Gaza, qui entre bientôt dans sa troisième année, détruit de manière systématique et délibérée la vie économique de Gaza, ses services de santé et d’éducation, en écrasant tout espoir pour le futur de ses habitants. Les étudiants gazouis désirant poursuivre des études spécialisées à l’étranger, pour ensuite revenir à Gaza et assister à la reconstruction de leur pays, pour la plupart d’entre eux, sont empêchés d’exercer ce droit puisque l’état d’Israël persiste dans sa politique de punition collective. Une organisation de droits de l’homme israélienne, GISHA, vient de faire appel à la Cour Suprème israélienne pour que deux étudiants de Gaza, Wissam Abuajwa et Nibal Nayef, puissent quitter Gaza et étudier en vue d’un Masters en Grande Bretagne et en Allemagne.

Entre-temps, Said Ahmad Said Al-Madhoun attend depuis plus d’une année pour poursuivre son Masters en droit, à l’étranger. Said a gagné une bourse du Open Society Institute en janvier 2007 et a ensuite été accepté dans un programme de Masters au Washington College of Law, une université américaine. Mais Said n’a pas pu se rendre aux Etats-Unis. ‘J’ai pu sortir de Gaza en décembre 2007 jusqu’à la frontière égyptienne,’ raconte Said. ‘C’était un voyage compliqué – à cause du blocus, nous étions obligés de prendre le passage d’Erez (au nord de la bande de Gaza ) et puis, un autre passage à Kerem Shalom, jusqu'à la frontière. Mais là-bas, on m’a refoulé puisque je n’avais pas de visa américain.’  Il était impossible pour Said d’obtenir un visa pour les Etats-Unis parce que c’est interdit pour lui de se rendre à Jérusalem, où le consulat américain délivre les visas. Il a essayé de quitter Gaza une deuxième fois en janvier et a essuyé un deuxième refus à la frontière égyptienne. Sa carrière académique et sa vie sont en suspens. Said attend encore. ‘La situation est extrêmement frustrante pour moi et pour nous tous, les étudiants à Gaza,’ lâche-t-il d’un air fatigué. ‘Nous avons envie de travailler et d’apprendre. Nous voulons pouvoir nous déplacer en toute liberté. Nous avons envie de prendre notre avenir entre nos propres mains.’

Lorsque Hadeel Abu Kwaik a appris tout d’abord que sa bourse Fulbright a été retirée, elle dit avoir été fâchée et déçue. ‘Je me demande si Israël a envie d’un voisin éduqué ou un voisin fâché,’ a-t-elle déclaré publiquement. Comme Said, Hadeel veut étudier à l’étranger pour revenir ensuite à Gaza et travailler au centre de sa communauté. Bien qu’elle se réjouisse d’être à nouveau détentrice de la bourse Fulbright, elle admet qu’elle a toujours des doutes de réellement pouvoir quitter Gaza, et cette anxiété gâche sa joie. ‘Je ne me sentirai pas tranquille jusqu’à ce que nous arrivions pour de vrai aux Etats-Unis,’ dit Hadeel.   

21:53 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, éducation, blocus, université, étudiant | Lien permanent | Commentaires (61) | |  Facebook | | | |

30/05/2008

Dix-huit années de travail détruites en moins de quatre heures

Ces jours-ci, les media nous racontent les tragédies des catastrophes naturelles en Birmanie et en Chine. Il est particulièrement douloureux d’apprendre qu’au même moment des hommes orchestrent intentionnellement des tragédies contre d’autres hommes qui n’ont rien à se blâmer. Combien est-ce facile de détruire, combien plus difficile de construire et de nourrir la vie! C’est pourtant le défi le plus noble et l’action le plus satisfaisante que l’on puisse imaginer.

Je vous propose encore une histoire de destruction délibérée, gratuite, illégale, qui sort largement du cahier des charges de cette armée qui se vante régulièrement de ne faire que se défendre. Ceci dans le contexte d’une pénurie grave de nourriture dans la bande de Gaza. L’original se trouve en anglais à : www.pchrgaza.org.

« Dix-huit années de travail détruites en moins de quatre heures

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   ‘Maintenant il ne nous reste rien !’ (photo PCHR)

‘Nasser Jaber a mis 18 ans pour développer sa ferme d’élevage de poules dans le sud de la bande de Gaza. Il y a deux semaines, l’armée israélienne a rasé la ferme à l’aide de bulldozers, tuant 40'000 poules et décimant son entreprise.’

‘Ils sont venus à quatre heures du matin, avec deux bulldozers, et ils sont partis avant huit heures. Mes trois frères et moi, nous sommes les propriétaires de cette ferme. Nous avons travaillé nuit et jour pendant dix-huit ans pour consolider notre entreprise. Les israéliens ont tout détruit en moins de quatre heures.’

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Nasser Jaber (photo PCHR)

 

L’armée israélienne a détruit la ferme de Nasser Jaber par bulldozer tôt le matin du 16 mai, pendant qu’il dormait chez lui à Rafah, au sud de la bande de Gaza.  Il est toujours sous le choc. D’un air las, il nous guide dans les ruines de son entreprise. ‘C’était le travail d’une vie pour moi et mes frères’ dit-il pendant que nous nous frayons un chemin parmi les grabats, des fils, des feuilles de tôle fracassées et des milliers de poules en état de décomposition. ‘Je n’ai jamais fait parti d’aucun groupe politique, et je n’ai jamais fait de prison. Je ne sais pas pourquoi ils l’ont fait.’ Tous les ouvriers qui débarrassent les décombres portent des masques de protection. Il y a quarante mille poules mortes écrasées parmi les ruines, et l’odeur est nauséabonde. 

Lorsque ses ouvriers l’ont réveillé pour lui apprendre qu’on détruisait sa ferme à l’aide de bulldozers, Nasser Jaber n’a pas couru à sa ferme. Il est resté chez lui jusqu’à ce que les israéliens soient enfin partis.  ‘Cela aurait été trop dangereux de s’approcher de la ferme pendant qu’ils démolissaient tout,’ dit-il. ‘Ce n’est pas la première fois que les israéliens sont passés par ici. La frontière (avec Israël) n’est qu’à deux kilomètres et demi, et ils font une incursion dans les parages tous les mois. Ils avaient détruit un de nos murs, et puis, nos réservoirs d’eau. Mais rien en comparaison avec ceci. ‘Une seule partie de la ferme est épargnée: une grange avec 9'000 poules, mais les bêtes sont traumatisées et pondent peu. Avant, la ferme produisait 45'000 œufs par jour ; maintenant, il n’y a plus que 2'000 œufs par jour, et Nasser Jaber craint un retour de l’armée israélienne pour raser ce qui reste de sa ferme. Selon ses calculs, lui et ses frères ont perdu ensemble plus d’un million de dollars.

‘Je suis un paysan tranquille.’, dit-il, ‘mais ils détruisent nos maisons, nos terres – tout.’

Pas loin de la ferme, le responsable des Relations Publiques du PCHR à Khan Younis, Abdel Halim Abu Samra, affirme que l’armée israélienne est en train de systématiquement détruire les terres agricoles de la bande de Gaza, surtout le long des frontières. ‘Nous avons une bonne terre fertile à Gaza, mais les paysans ont été chassés de leur terres dans ces régions près de la frontière par des harcèlements et des attaques comme celle-ci. Aujourd’hui, les terrains sont presque vides avant la frontière, à l’est, parce qu’il est trop dangereux d’y vivre ou d’y travailler.’

Sur la route qui mène au passage de Sufa (un des huit passages entre Gaza et Israël) au nord-est, nous ne rencontrons que peu de monde, parfois un vieux monsieur qui conduit un âne et un chariot. Ces régions rurales à l’est de la bande de Gaza se vident des paysans qui ont travaillé la terre depuis des générations : ils ont trop peur de vivre et de travailler sur leur propres terrains. Les implacables incursions israéliennes sont en train de réduire continuellement les espaces resserrés de la bande de Gaza, qui mesure quarante kilomètres de long et dix kilomètres de large.

Selon la loi international des droits humains, y compris la Quatrième Convention de Genève (articles 33 et 53), toute destruction délibérée de propriété civile est illégale. Depuis le début de la deuxième intifada en septembre 2000, le PCHR a documenté la destruction délibérée de plus que 40'000 dunums de terre agricole dans la bande de Gaza (1 dunum = environ 1'000 mètres carrés). Seulement cette année, les militaires israéliens ont rasé quelques 3'000 dunums de terrains cultivés autour de Khan Younis et Rafah. (dont 500 la semaine dernière). Les actions de l’armée israélienne ont décimé des terrains où poussaient des légumes dans des propriétés familiales, exacerbant ainsi la dévastation économique de la bande de Gaza.                                                          

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l’usine de ciment de Mohammed Abou Daggah (photo PCHR)

A quinze kilomètres de ce qui reste de la ferme de poules de Nasser Jaber, Mohammed Hamdan Abou Duggah reste debout au milieu des ruines de son usine de ciment. L’usine se trouvait à quatre kilomètres du passage de Sufa. L’armée israélienne l’a rasé à l’aide d’un bulldozer, le 24 mai. ‘J’ai commencé cette entreprise en janvier 2007’, dit-il. ‘Ma famille a tout investi dans cette usine. Nous avons pu importé du matériel de qualité avec un permis, et nous avions beaucoup de travail pour les gens ici et des Nations Unies à Gaza. Mais, il y a trois jours, les israéliens sont arrivés avec trois bulldozers, et ils ont tout arraché.’ L’usine employait quarante hommes du pays qui se trouvent maintenant sans gagne-pain. Abou Duggah n’a pas d’idée pourquoi son usine était ciblée : ‘Je n’ai jamais causé de problème, et je n’ai jamais été arrêté. Il n’y avait absolument aucune raison pour qu’ils le fassent – mais maintenant., il ne nous reste rien, sauf de lourdes dettes que nous ne pouvons pas payer.’ »

     

 

 

11:45 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, armée israélienne, destruction, poules, ciment | Lien permanent | Commentaires (46) | |  Facebook | | | |