20/01/2008

Destin de Gaza aux mains de la justice israélienne

Nous assistons depuis une bonne semaine à une détérioration sans précédant des conditions de vie de la population de la bande de Gaza. Depuis jeudi, l’Etat d’Israël y a coupé toute entrée de carburant en dépit des protestations des Nations Unies. L’unique transformateur encore en fonctionnement dans la bande de Gaza vient de s’arrêter, faute d’alimentation. Ceci implique une pénurie d’eau potable et la fin de traitement des eaux usées. Israël programme délibérément une catastrophe humanitaire dans la bande de Gaza. Les médias suisses restent silencieux, ou presque.

 
Dans ce contexte, nous publions une traduction d’un article du journaliste Rami

Almeghari, qui écrit en anglais depuis la bande de Gaza. (15 janvier http://electronicintifada.net/)  (E-mail : rami-almeghari@hotmail.com)


 Rami Almeghari 


Il est presque minuit. Soudain, la lampe de mon bureau s’allume après douze heures sans électricité. Des milliers de gazouis comme moi vivent avec des coupures de courant de ce type depuis plus qu’une semaine maintenant. Moi, je cours à mon ordinateur portable.
 
Comme journaliste de Gaza, je voulais envoyer un article à mes éditeurs sur les coupures d’électricité. J’avais pris mes contacts, j’avais parlé aux gens, j’avais toutes les informations, mais lorsque je suis allé au bureau pour m’asseoir devant mon PC –  pas de courant !
 
Depuis trois jours, j’essaies d’envoyé l’article promis à temps. J’ai loué un générateur qui marche à l’essence, mais au moment où j’ai branché mon PC, l’électricité a été coupée.
 
Je suis rentré à la maison où j’ai rebranché le générateur. Sur ce, mes enfants ont joyeusement réclamé leur émission préférée à la télévision. Mais à ce moment même, il y a eu une autre coupure du courant, cette fois-ci, de notre récepteur satellite.
 
J’ai essayé de garder ma bonne humeur devant les enfants, une lampe à kérosène éclairait la pièce. Avec eux, mes neveux et ma nièce, qui habitent notre immeuble, j’ai commencé à chanter des chants traditionnels palestiniens en lieu et place des dessins animés. Ceci leur a heureusement plu, simplement parce que je sais chanter. Mais il y a beaucoup d’autres situations à Gaza où c’est bien plus difficile de faire face.
 
A l’hôpital principal de Gaza, al-Shifa, il y a un service de pédiatrie. L’hôpital est doté de couveuses pour des bébés prématurés, mais sans électricité, c’est impossible d’assurer leur fonctionnement.
 

L’hôpital possède des générateurs, mais uniquement pour des moments de crise ; ils ne se prêtent pas être à une utilisation régulière selon Dr. Nasser el-Sa’di, le responsable de la pédiatrie. Nous avons visité la salle des prématurés avec le docteur. Là, il nous a montré le petit Sabrin Doush, trois semaines :  « Si on nous coupe l’électricité complètement, ce bébé va probablement mourir. Certains nouveau-nés prématurés ne peuvent pas survivre de soins ordinaires. Sans un courant ininterrompu, nous allons perdre des bébés. »


   Prématuré à Gaza

Unité de soins intensifs, Hôpital des Enfants, Gaza, Photo Rami Almeghari

 

Dans une autre salle de l’hôpital al-Shifa, il a y 200 patients ayant besoin de dialyse trois ou quatre fois par semaine. Dr. Mohommad Shabat, responsable, s’inquiète pour ses patients : « L’électricité ici est vitale. L’appareil pour les dialyses ne fonctionne pas de manière correcte pendant les coupures : Chaque personne qui ne reçoit pas la dialyse dont il a besoin dans les 24 à 48 heures risque de mourir. »


  

Et pourquoi ces coupures ? Autrefois, Gaza faisait partie de l’ère moderne. Mais en octobre, une cour de justice israélienne a déclaré légale la décision du gouvernement d’éteindre les lumières de Gaza pour punir collectivement les habitants de la bande de Gaza, déjà assiégée par l’Etat d’Israël.


  

La centrale électrique de Gaza recevait à l’époque du carburant d’Israël payé par l’Union européenne. Les besoins quotidiens de Gaza étaient satisfaits à 45 % par ce carburant. L’autre 55 % venait de l’Etat d’Israël. Mais en été 2006, l’armée israélienne a bombardé le centrale, détruisant six transformateurs. Puis, en septembre 2007, Israël a déclaré la bande de Gaza « entité ennemie » en condamnation des tirs de roquettes artisanaux sur le territoire israélien. En novembre, la bande de Gaza a souffert de coupures de carburants sérieuses qui se sont ajoutées au lot déjà misérable de la population.


 

power plant

Centrale électrique de Gaza

 

"La centrale électrique de Gaza a besoin de 450,000 mètres cubes de carburant pour générer 80 mégawatts par jour. Nous n’en recevons que 250,000," dit Derar al-Sisi, vice-directeur de la centrale. Il ajoute : "Nous avons fait des requêtes auprès de toutes les autorités impliquées : l’Union européenne, l’Autorité palestinienne, et même l’Etat israélien avec l’aide des européens, mais nous n’avons reçu aucune réponse à ce jour.''

 

Entre temps, nous, à Gaza, nous essayons de vivre aussi normalement que possible. Notre destin est entre les mains d’une cour à Jérusalem. 
 

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10/01/2008

Appel de médecins israéliens

Appel des Médecins pour les Droits de l’Homme (PHR) – Israël     9 janvier 2008


  
(traduction de l’anglais : voir l’original à http://electronicintifada.net)
 

Une délégation de quatre membres israéliens des Médecins pour les Droits de l’Homme –Israël : trois médecins et le directeur des cliniques pour PHR, sont arrivés à Gaza ce matin.
En même temps, un envoi d’urgence d’approvisionnements médicaux d’une valeur d’environ $40,000 a été livré par PHR – Israël aux hôpitaux d’al-Shifa (ville de Gaza) et l’Hôpital européen (Khan Younis).  Ces deux hôpitaux souffrent de graves insuffisances.


 
Le convoi était organisé pour amener un peu d’aide médicale et pour réunir des informations quant aux répercussions de l’isolement de Gaza par Israël et la communauté internationale. C’était aussi une expression de solidarité avec les civils palestiniens et tous les soignants en état de siège.

 

Le convoi était planifié pour coïncider avec la visite du président des Etats-Unis George W. Bush dans la région.  Par-là, les organisateurs voudraient signaler aux responsables politiques qu’il ne peut y avoir un processus de paix réussi sans que Gaza y soit inclus et sans protéger les droits de ses résidents.


  

 

In a Gaza City protest Palestinians carry empty coffins symbolizing the 62 patients who have died since June because of Israeli sanctions that denied them access to medical treatment outside Gaza, 8 January 2008. (Wissam Nassar/MaanImages)

 

Dans un contexte plus large, la politique israélienne au passage d’Erez est mise en question.  Des centaines de patients se voient refuser le passage permettant l’accès aux soins de plus en plus fréquemment. Ces soins étant impossibles à trouver dans la bande de Gaza, leur vie et leur santé sont en danger.
 

L’étape la plus récente de cette politique est une décision des trois juges de la Cour Suprême israélienne, tombée hier, qui interdit l’accès aux soins hors de la bande de Gaza à huit des quinze cas présentés par une pétition de PHR-Israël, sans possibilité de recours. Ce sont tous des cas risquant la mort. Malgré une décision antérieur de la même Cour qui disait que des patients, bien que considérés comme une menace à la sécurité, pouvaient avoir accès à des routes alternatives pour des soins, la Cour refuse finalement d’obliger l’Etat de garantir un passage aux patients.
 

La seule possibilité qui reste pour ces patients est la pression internationale et celle des medias.
 

Ce que vous pouvez faire :


  
  • Écrire à d’autres responsables israéliens. Voici le numéro de FAX du chef du service secret israélien, General Security Service (Shabak), M. Yuval Diskin : 00 972 3 6428175. Voici le E-mail du Departement des Affaires Publiques du Bureau du Premier Ministre israélien : pmo.heb@it.pmo.gov.il

 

  • Ecrire à l’ambassade israélien en Suisse : M. Ilan Elgar, Ambassadeur israélien en Suisse, Alpenstrasse, 32, 3006 Berne

 

  • Faire suivre ce message à des individus et des organisations partout dans le monde en dénonçant l’isolation de Gaza et le refus d’accès à des soins médicaux et le manque de respect d’autres droits fondamentaux.

 

  • Ecrire à votre association médicale où vous habitez et demandez-leur d’amener une discussion sur cette question à l’agenda de l’Association médicale mondiale.
 
Pour une liste complète des patients et leurs états de santé, veuillez contacter Miri Weingarten à miri@phr.org.il ou au 00 973 546 995199 ou Libby Lenkinski Friedlander à Libby@benor.co.il
 
 
 

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17/12/2007

Exposition du livre français à Gaza

Nouvelles de la faculté de français de l’Université d’Al-Aqsa

(avec mes remerciements à Ziad Medoukh)


  
Entre le 12 et le 16 décembre, le Centre culturel français (CCF) de Gaza et le Forum Interprofessionnel Francophone (FIF) de Gaza sponsorisaient une exposition de livres et d’autres matériels pédagogiques pour l’enseignement et l’apprentissage du français. L’exposition était marquée par la participation du doyen de la faculté des lettres, le chef du département des bibliothèques, une représentante du FIF et le directeur du CCF, M. Gaëtan Pellan. Ce dernier, qui représente le Consulat Français à Jérusalem à Gaza, ne manque jamais une occasion pour promouvoir des évènements positifs pour les jeunes gazaouis. On le voit tout à fait à droite sur la photo.

 

 Invités de lexposition

 

invités de l'exposition

 

C’est Ziad Medoukh, chef de la faculté de français, qui m’envoie ces nouvelles et ces quelques photos. A Genève, on imagine mal une telle exposition axée sur une langue étrangère qui passionnerait les jeunes. Mais à Gaza, le français est vu comme une clé pour l’accès au monde extérieur. Les étudiants savent que leur professeur s’est fait beaucoup d’amis lorsqu’il étudiait à l’Université de Grenoble. Le français est surtout une promesse qui motive ces jeunes universitaires en dépit des circonstances éprouvantes de leur vie de jour en jour. Dans les salles de la faculté de français, on n’entend pas un mot d’arabe : professeur Medoukh parle aux débutants comme aux avancés, et il faut lui répondre en français ! L’apprentissage se fait en exerçant la langue : Il faut faire ceci. Avez-vous fait cela ? Où sont les chaises et la table pour nos invités ?  Est-ce que vous vous rappelez où nous avons mis ce papier ? Etes-vous prêts ? Allez-y alors et revenez avec les détails …


  

Pour revenir à l’exposition, Ziad précise que c’est la maison d’édition CLE International à qui on doit les méthodes pour l’enseignement de français comme langue étrangère, les CD, les cassettes audio et vidéo, les livres de compréhension, l’expression orale et expression écrite, les DVD, les livres de vocabulaire , les logiciels de langue, les examens du DELF, les dictionnaires et les revues pédagogiques.


  

étudiants visitant lexposition

 

étudiants visitant l'exposition

 

De leur part, les étudiants ont contribué à l’exposition avec des travaux originaux : une carte en relief de la Cisjordanie avec le tracé du Mur ; une carte de la France avec des fromages français de différentes régions ; une présentation des grandes villes palestiniennes et françaises par le moyen d’une caisse sous forme de télévision. Une étudiante a même brodé la carte de la France avec, à son intérieur, la carte de la Palestine.
 

 broderie

 

broderie

 

A quand une rencontre entre la dynamique faculté de français de l’Université d’Al-Aqsa et la Suisse romande ?!


  
(Ziad Medoukh peut être contacté à : aqsafrancais@yahoo.fr )
 
 

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09/12/2007

Lumière d’espoir ou espoir de lumière ?

A Genève, les lumières de Noël illuminent la grisaille des jours d’hiver. En Israël, c’est Hanukka, la fête des lumières. Dans la bande de Gaza c’est aussi l’hiver, mais l’Etat d’Israël coupe la lumière. Des coupures d’électricité de plus en plus fréquents ravagent le bon fonctionnent des hôpitaux, détruisant le stock déjà réduit de médicaments et vaccins.

 

Des milliers d’étudiants gazouis attendent depuis des mois, parfois même depuis plus qu’un an, de pouvoir partir ou retourner à l’étranger, afin de commencer ou poursuivre des études pour lesquelles ils on reçu une bourse. Le passage aux frontières leur sont constamment refusés, même avec un visa bien en ordre. Il n’y a pas de lumière dans leurs vies.

 

Depuis la conférence d’Annapolis, 30 palestiniens ont été tués par missiles, bombes à sous-munitions et balles réelles par l’armée israélienne, qui semble parfois tirer par pure envie de tuer : ainsi, un homme en visite dans le jardin de son frère et un paysan dans son champs ont trouvé la mort, sans provocation ni avertissement.

 

Au moins 12 malades (cancer, problèmes cardiaques, accident de route) sont morts, soit dans une ambulance arrêtée à la frontière, soit de retour à l’hôpital après qu’on leur ait refusé le passage, malgré des papiers tout à fait en ordre. Il s’agit d’un bébé, d’enfants (dont un mort des complications de la varicelle!), de femmes (dont une mère de 7 enfants, empêchée à plusieurs reprises de suivre un traitement pour le cancer du sein) et d’hommes de tous âges. Voir leurs patients mourir par manque de soins aux portes même de Gaza remplit leurs médecins de désespoir.

 

Miri Weingarten, des Médecins pour les droits de l’homme – Israël (PHR, Tel Aviv) explique la situation derrière ces refus : à la frontière d’Erez, des agents du Shin Bet (l’intelligence israélienne) interrogent les malades sur leurs amis et leurs voisins. Les malades refusent souvent de parler. Ils sont alors simplement renvoyés à leur mort. Le PHR fait partie des nombreuses organisations locales et internationales qui ont soumis des pétitions à la Cour Suprême israélienne et au gouvernement israélien pour faciliter le passage des patients à la frontière. A ce jour, ils n’ont reçu aucune réponse. (Détérioration de la situation sanitaire dans la bande de Gaza , 7-12-2007)

 

Les médias en général continuent d’informer partiellement ou pas du tout sur la situation précaire entretenue par l’Etat israélien dans la bande de Gaza. Dans ce contexte, une voix rare, une voix suisse, s’exprime sur la réalité sur place : « L’automne à Gaza plage », d’Alain Campiotti, le 8 décembre 2007.

Assemblage

Les artistes venus à Genève en mai et d’autres collègues ont crée un beau site internet qui  montre, entre autres, leur « Nuit blanche » au Centre culturel français (octobre 2007). De la lumière, donc !

 

Et une pensée pour un professeur qui fait face tous les jours à des étudiant(e)s découragés, déçu(e)s et tristes, qui lui ont fait confiance pour des séjours linguistiques en France, dont les visas obtenus avec grande difficulté n’ont pas été respectés. Ce professeur écrit un poème « Le mort lente à Gaza » :

 

« Pas de perspectives (…)
Seulement la souffrance (…)
Attaques permanentes
Blocus et embargo
Economie effondrée
Unité nationale absente
Malades qui meurent (…)
ce monde d’intérêts(…)
a oublié
Gaza la méditerranée (…)
Il a oublié le parfum de sa terre
(…)
A Gaza, nous avons tout perdu
Il ne reste qu’un mot : espoir. »

 

Muni de son espoir inébranlable, Ziad Medoukh a organisé deux évènements récents au Centre de la paix de l’Université Al Aqsa : une exposition artistique sur la violence contre les femmes le 28 novembre ...

Exposition violence contre les femmes

... et une rencontre, le 6 décembre, avec un psychiatre pour discuter de la situation psychologique des palestiniens sous le blocus à Gaza.

Psychiatre de Gaza et étudiants 

 

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08/10/2007

Sans-papiers à Gaza

Je passe la parole à Ziad Medoukh, reponsable du centre de la Paix de l’Université Al-Aqsa (Gaza – voir l’article sur Ziad du 5 avril) :

 

Le Centre de la Paix de l’Université Al-Aqsa a participé aux manifestations organisées ce dimanche 7 octobre 2007 dans la ville de Gaza en solidarité avec les sans-papiers palestiniens.

 

Stands de sans-papiers

 

Stands de sans-papiers, photo Ziad

 

Les sans-papiers palestiniens sont des citoyens palestiniens qui vivaient dans des pays étrangers et qui sont retournés à Gaza en 1994 au retour de l'autorité palestinienne avec un laisser passer israélien. Jusqu'à aujourd'hui ils n’ont ni carte d'identité ni passeport palestinien car tout passe par l’Etat d’Israël qui refuse de régler ce problème social. Plus de 50.000 palestiniens (les rapatriés et leurs descendants) dans la Bande de Gaza se trouvent dans cette situation intenable.

 

Nariman Ghanem et Batoul Daghma, étudiantes du département de français à l’Université Al-Aqsa et membres actives de notre Centre de la Paix, ont participé à ces manifestations. Elles ont exprimé la solidarité de notre Centre avec ces personnes privées de papiers officiels qui leur permettraient de voyager pour se faire soigner, pour poursuivre des études, voire rendre visite à leurs familles ou leurs proches à l'étranger. ( Batoul : toola_18@hotmail.com ) ( Nariman: fager85@hotmail.com )

 

Voir aussi le texte "Etrangers dans leur propre pays" par Batoul et Nariman, publié par france-palestine.

 

Tous les dimanches, les sans-papiers tiennent une permanence sous tente à la Place du Soldat Inconnu (voir photo « carte postale » du blog du 7.07.07) dans la ville de Gaza pour réclamer une solution rapide de leur problème.

 

La permanence

 

La permanence, photo Ziad

 

Le Centre de la Paix va organiser dans les jours qui viennent plusieurs rencontres et activités au sein de l'université pour évoquer ce problème et essayer de mobiliser les jeunes et les étudiants à la situation des jeunes palestiniens privés de leurs droits les plus fondamentaux : le droit de se déplacer et le droit d'avoir une identité nationale.

Ziad Medoukh

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19/09/2007

Gaza dans le noir


Sans pouvoir continuer d’écrire depuis Gaza, n’étant plus sur place, j’assiste impuissante à la détérioration alarmante de la situation. Le Email qui suit m’est arrivé aujourd’hui de Ziad Medoukh (voir « Ziad », le 5 avril avril).  Ses nouvelles sont mauvaises, aussi mauvaises que sa persévérance caractéristique est courageuse.

La fermeture des frontières empêche le Centre de la paix de participer à une rencontre internationale sur la paix à Toulouse

Par Ziad Medoukh :

La fermeture de toutes les frontières de la Bande de Gaza par les forces d'occupation israéliennes, en particulier le passage sud de Rafah, empêche le Centre de la paix de l'université Al-Aqsa de Gaza de participer à une rencontre internationale sur la paix organisée par le collectif « Jeunes du Monde » à Toulouse en France prévue du 17 au 30 septembre 2007.

Malgré l'obtention de toutes les autorisations nécessaires pour sortir de Gaza via Amman en Jordanie par le passage d'Erez au nord de la Bande de Gaza, l'armée israélienne maintient la fermeture et le blocus sur tous les points de passage qui relient la Bande de Gaza au monde extérieur pour des raisons de sécurité, comme d'habitude.
Deux responsables du Centre de la paix ainsi que quatre jeunes de notre université devaient participer à cette rencontre à Toulouse à laquelle participent au moins 150 jeunes de plus de 30 pays.

Monsieur Ziad Medoukh, coordinateur du Centre de la paix de Gaza, devait contribuer à cette rencontre avec plusieurs conférences et interventions sur l'éducation à la paix en Palestine; la non-violence comme forme de résistance. Il devait également y présenter les activités nombreuses du centre depuis sa création en février 2006 dans le domaine de formation, ateliers et débats organisés pour des jeunes et des étudiants de Gaza dans le domaines de la démocratie, la non-violence, les droits de homme et la paix.

C'est la quatrième fois cette année 2007 que le Centre de la paix, ses responsables ainsi que ses jeunes adhérents et membres sont empêchés de voyager et de participer à des rencontres, conférences et formations dans la région ou en Europe sur la non-violence et la paix.

Depuis sa création début 2006, le Centre de la paix a pu participer à trois rencontres en France, en Jordanie et au Liban, mais à partir de septembre 2006, il rencontre des difficultés de sortir de Gaza, vu la fermeture et le blocus imposé par les forces de l'occupation israélienne sur la Bande de Gaza.

Nous tenons à remercier toutes les associations en Europe qui continuent de nous envoyer des invitations pour participer à des rencontres sur la non-violence et la paix ainsi que pour leur soutien. Nous vivons dans l’espoir d’en finir avec cette situation et de pouvoir participer très prochainement à toutes les rencontres internationales afin de présenter les activités de notre Centre pour la paix et montrer notre volonté de continuer à croire en la paix malgré toutes les difficultés liées à l'occupation israélienne  et à la situation interne dans la Bande de Gaza.

Depuis le coup forcé du Hamas dans la Bande de Gaza, les autorités israéliennes imposent un blocus total sur tous les points de passage de la Bande de Gaza, toujours occupée en dépit du départ des colons israéliens en octobre 2005.

Malgré ce blocus, malgré toutes les mesures de l'occupation israéliennes, et malgré la situation très difficile à Gaza, le Centre de la paix continuera ses activités de sensibilisation à la démocratie, la non-violence, la citoyenneté et la paix, car nous sommes convaincus que la paix est notre choix, et elle sera toujours notre choix.

La situation actuelle m’inspire pout réorienter ce blog : désormais, je le conçois et le gère comme plate-forme pour des voix venant de la Bande de Gaza. Si un dialogue pouvait s’instaurer entre ces voix et des voix d’ici, cela serait un soutien petit mais précieux à ces personnes enfermées dans une cage administrative et politique hors de toute possibilité d’agir. Aujourd’hui, ce blog est sobre, sans images.

Je ne peux pas oublier les enfants gazouis qui adoraient Tom et Jerry en anglais à la télé, qui aimaient danser et jouer avec les mots français, espagnol et anglais, qui posaient mille questions curieuses sur le monde d’où je viens. Leur résilience m’étonnait toujours. Un exemple : un soir, je rentrais vite après une panne d’électricité à mon Internet café. Les cinq enfants de l’étage en dessus rentraient aussi. « Il n’y a pas de lumière [« nour » en arabe], » j’ai crié au plus âgé, un garçon de 12 ans. « Mais si » a-t-il répondu, du tac au tac : « Il y a Nour (le nom de sa petite sœur qui courait derrière nous tous) ! »

Nour … c’est ce que je souhaite pour les enfermés de Gaza et pour ceux qui les enferment. Mais aujourd’hui même, le gouvernement israélien a voté une mesure terrible : l’Etat d’Israël va priver la Bande de Gaza de combustible, d’électricité et même de marchandise ; certains medias disent qu’ils seront peut-être privés d’eau. Les ministères israéliens ont pris cette décision trois jours avant la fête de Rosh ha-shana, la journée du grand pardon. Selon Maurice-Ruben Hayoun, qui écrit dans ses colonnes électroniques, le 22 septembre, les juifs prient « pour que la vie, l’équité et la paix ne soient pas menacées. On appelle solennellement à la pratique réelle et sincère de l’amour du prochain, quel qu’il soit. »

Et si Israël pensait à son prochain dans les territoires occupées de Gaza, juste à côté ? Aux milliers de gens qui vivent actuellement dans la plus grande pauvreté, chômage et peur de l’avenir, dont le niveau de vie est misérable comparé à celui de l’israélien moyen. Comment comprendre les actions envisagées par l’Etat juif ? Est-ce que les grands du monde vont encore ignorer les crimes de guerre contre cette population déjà prise en otage par son propre gouvernement ? Nour, par pitié, nour ! Lumière !

 

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08/07/2007

carte postale

Genève, le 7.07.07
 

Elle est arrivée à Genève ce matin, ma carte postale, un bon mois après son envoi. J’avais marché longtemps pour trouver le bureau de poste central de la ville de Gaza dans un quartier que je ne connaissais pas, et je me suis arrêtée plusieurs fois pour demander mon chemin. Tout le monde me répondait courtoisement, sans curiosité spéciale pour cette étrangère qui parlait mal leur langue.


 

 Carte postale de Gaza

Carte postale de Gaza


 

C’était typique de mon séjour à Gaza. Je me promenais seule dans les rues de la ville, en prenant des taxis collectifs de temps à autre, sans incident.  Comme à Genève, si j’oubliais de fermer mon sac à dos, on me le disait en passant, et avec un sourire amical. A l’Internet café du Rimal sud, le quartier où je vivais, les jeunes gérants ne me demandaient presque rien pour les heures que je pouvais y passer.


 

Rimal sud 

Rimal sud


Au petit supermarket près de ma maison, il y avait toujours foule. A 7 h le matin, on y trouvait les pains ronds et plats qui arrivaient encore chauds de la boulangerie. Le propriétaire du magasin, un homme âgé, les emballait dans des sacs en plastiques et les empilait à l’extérieur à côté des journaux du jour.  Il y avait tout ce que l’on trouve à une petite Coop ou Migros de quartier en Suisse – même de la confiture Héro et des bonbons Ricola ! On m’écrivait soigneusement chaque article avec son prix sur un papier, pour que je puisse vérifier que c’était juste.  A côté il y avait l’épicerie, où le responsable constamment occupé coupait ou vidait des légumes pour rendre plus facile la préparation d’un plat. Il ne voulait pas toujours que je le paie. Trois pommes seulement ? Prenez-les ! Il a mis deux mois pour me poser la question que j’entendais souvent : êtes-vous musulmane ?


 
En fait, tout le monde était sûr que je ne l’étais pas. La question était le préambule
à une deuxième qui ne manquait pas de suivre: pourquoi vous couvrez vous la tête ? J’expliquais que c’était pour ne pas me démarquer ; ensuite, je demandais l’avis de celui ou celle qui me posais la question.  On me répliquais invariablement : c’est bien ainsi.  En fait, je me sentais à l’aise comme ça. Je passais souvent pas loin de l’endroit où Alan Johnston avait été kidnappé. Une amie d’un certain âge m’a dit en me toisant la tête la première fois que je suis arrivée chez elle,  « Tu fais bien : à Rome, il faut vivre comme à Rome ! »
 
 

Carol 

Carol à Khan Younis (4 mai)


  
A Gaza, la vie est normalement calme, voire monotone. Les mêmes gestes s’accomplissent depuis des générations. Par exemple, près de ma maison il y a un arbre dont une branche forme un arc dépourvu de feuilles : les garçons rentrant de l’école ont l’habitude de s’y suspendre, comme l’avait fait avant l’homme de 65 ans qui m’expliquait pourquoi la branche du caroubier avait cette forme lisse particulière. 

Caoutchouc et porte 

Caoutchouc et porte rouge


Dans la ville de Gaza, il n’y a pas de cinéma. Les concerts et les pièces de théâtre ont lieu presque à huis clos. Le Centre Culturel français avec son beau jardin est un endroit public privilégié pour des expositions, des films et des spectacles : les centaines de palestiniens qui parlent français adorent assister à ces événements. Le soir des élections en France, la télévision française était projetée sur un écran géant après une démonstration de hip-hop par des danseurs de Lyon et de Gaza. Il y avait foule pour écouter le discours du nouveau président et de la candidate socialiste. C’était un grand événement.

 

Je suis allée à Gaza pour observer la vie de tous les jours. Le monde est sur-informé sur les problèmes que la plupart des gazouis subissent. Eux-mêmes en sont les premiers spectateurs involontaires. J’y suis allée parce que j’aime les gens de Gaza que j’ai eu la chance de rencontrer à Genève et à Gaza. Ce n’est que la quatrième fois que j’y suis allée, toujours chez les mêmes amis, et c’était la première fois que je pouvais lire, comprendre et parler un peu l’arabe. Le visage hautement humain de Gaza n’est pas assez connu. Le Musée d’art et d’histoire de Genève fait honneur en ce moment à son passé ; j’avais envie de faire honneur aux gens qui y vivent aujourd’hui.


  

A la banque de mon quartier un homme de mon âge m’a aidé dans un anglais impeccable, il m’a confié, « Je suis Quaker. » En effet, ce sont les Quakers américains qui étaient les premiers à aider les réfugiés de 1948 avant que l’ONU s’organise en créant le UNWRA. Un jour, mon amie en hijab s’arrête pour saluer une voisine la tête découverte balayant la rue devant sa maison. « Ah, la Suisse ! »  Sa fille y est allée ! Cette catholique gazouie porte des boucles d’oreilles en or et une petite croix en or autour du cou. Je la rencontre après chez l’épicier, où se pressent des dames en tenue traditionnelle à côté de jeunes filles en pantalons courts et tops moulants. Dans la rue, on voit des étudiantes aussi bien que des dames de tout âge la tête découverte à l’instar de la veuve macédonienne qui rend souvent visite à son amie paralysée. Elle vit au deuxième étage de ma maison. Ce n’est vraiment pas l’image des gens de Gaza que la presse nous donne. Et c’est justement ce genre de détail qui m’intéresse.


 timbre de Gaza 

timbre de Palestine tamponné à Gaza

 

Cette carte postale est arrivée chez nous aujourd’hui de Gaza avec un timbre de l’Autorité palestinienne. Ce timbre incarne un espoir légitime. Gaza sur la Méditerranée existe. Dans sa longue histoire ( « GAZA à la croisée des civilisations, Tome I – Contexte archéologique et historique », disponible à la librairie des Musées d’art et d’histoire Genève ou au contact@chaman.ch)  elle a eu des hauts et des bas. Le 15 juin, lorsque j’ai décidé de rentrer à Genève ce blog et mes photos inachevées, c’était un bas. Mais Gaza mérite bien mieux que son image violente faisant l’actualité. Le monde se prive d’un patrimoine unique en isolant Gaza – ses plages, ses monuments historiques, ses plats délicieux, ses marchés  – Gaza, tout banalement, une destination touristique … non, mais je rêve !  Et pourquoi pas ?

 

mosquée Omari

mosquée el Omari


 

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02/07/2007

Nasser

 

Abdel Nasser Amer fait partie des artistes qui, comme le genevois Nicolas Bouvier, vont à la recherche d’autres horizons pour mieux créer une fois rentrés chez eux. Nasser vit à Khan Younis, au milieu de la bande de Gaza, dans la maison familiale que lui et ses frères ont construit pour leurs parents il y a sept ans. Les quatre étages de la maison fourmillent d’enfants, l’accueil y est chaleureux. Les grand-parents de Nasser étaient parmi les habitants de la petite ville d’el-Magdal chassés par l’armée israélienne en 1948. Aujourd’hui 71'000  réfugiés palestiniens font partie de cette diaspora – la plupart vivent dans la bande de Gaza à moins de 20 kilomètres de leur lieu d’origine.

 

 mer près de Khan Younis


Vue de la mer près de Khan Younis – Photo Carol

 

Les gens de Magdal ont la réputation d’être intelligents et forts face à l’adversité. Il fallait l’être pour les parents de Nasser : ils ont vécu la destruction de trois de leurs maisons, les deux premières dans le camp de réfugiés de Jabalia et la troisième, à Khan Younis. Le papa de Nasser est diplômé de l’université, mais pour gagner son pain, il était ouvrier dans la construction en Israël. Parlant hébreu et un bel anglais, il se remet lentement d’un cancer et semble bien plus âgé que ses cinquante ans. La maman de Nasser, aussi généreuse dans son corps que dans son être, gère une grande famille qu’elle a commencé tôt : elle s’est mariée à l’âge de 14 ans et, comme son mari, n’a pas voulu accepter d’aide pendant les années difficiles.

 

jardin de Nasser

 

jardin de Nasser

Jardin de Nasser sur le toît de la maison familiale

 

Petit, Nasser est devenu rapidement allergique à l’école. Il détestait tout ce qui était rigide. A l’âge de 10 ans, il s’échappait pour retrouver des amis à Rafah au lieu de se rendre en classe. Lorsque son père a su, sa réaction n’était pas tendre : l’école avait une grande importance pour la famille Amer, mais pas pour Nasser. Très vite, il ne sait pas comment, il s’est mis à dessiner et faire des croquis, même à l’école.  A la maison, ses parents encourageaient ce drôle de fils épris de liberté et de beauté.


  
 Grenadine
grenadine - Photo Nasser
 

Adolescent, Nasser a rejoint son père pour aller travailler sur les chantiers en Israël. Il était fier d’apprendre le métier et attiré par l’hébreu qu’il a vite fait sien. A l’âge de 16 ans, Nasser a trouvé un patron dans un des beaux restaurants qui longent la mer à Haïfa. Pendant une année, il y a travaillé et dormi. Physiquement, il  pouvait passer pour un israélien d’origine séfarade (juif du Yémen ou d’Iraq ; à lire à cet égard Ella Shohat, Le Sionisme du point de vue de ses victimes juives. Les juifs orientaux en Israël, La Fabrique, Paris, 2006). Puisqu’il parlait, lisait et écrivait parfaitement l’hébreu, il s’est trouvé invité dans des fêtes avec des jeunes de son âge, y compris des bar-mitzvah. Nasser garde d’excellents souvenirs des amis juifs et du patron chrétien qu’il avait à cette époque.

 

Puis sont arrivés les années de la première intifada. L’imposition de la loi militaire était dure à Gaza. A 17 ans, Nasser a rejoint les garçons de son âge qui jetaient des pierres contre les soldats israéliens. Il connu la prison quatre fois en tout. Dans le désert du Néguev ainsi qu’en régime d’enfermement à Khan Younis. Finalement, l’école où Nasser excellait fut la résistance. Il est vite devenu leader des jeunes du Fatah.

 

Si vous le voyez aujourd’hui, grisonnant à 37 ans, vous auriez de la peine à l’imaginer militant engagé. Doux en geste et en parole, Nasser se bat maintenant uniquement pour la culture et la paix. En avril, avec d’autres collègues artistes, il a proposé aux autorités de Khan Younis le projet de créer un complexe artistique avec galleries d'expositions et espaces pour des cours et résidences pour artistes dans un aéroport désaffecté. Ce projet visionnaire est inspiré par sa visite de six mois à la cité des arts de Paris.

 

Ancien aéroport israélien de larmée de lAir

Ancien aéroport israélien de l'armée de l'Air

 

Lors des violences du mois de mai, Nasser et des collègues du monde artistique ont risqué leurs vies en installant une permanence sous tente où les gens de Khan Younis étaient invités à boire du thé et discuter de leurs besoins communs, de l’arrêt des violences entre palestiniens.

 

Pourquoi ce virement ? L’arrivée de Yasser Arafat à Gaza en 1994 a transformé le désespoir de la population en un énorme espoir de la paix. Tout le monde croyait que l’établissement d’un état autonome palestinien était imminent. Beaucoup ont définitivement renoncé aux armes dès ce moment-là,  Nasser en faisait partie. A partir de ce jour-là, il s’est juré de se consacrer à ce qu’il aimait et faisait le mieux : la peinture. C’est à l’Union Chrétienne des Jeunes Gens (YMCA) de Gaza que Nasser a d’abord pu suivre des cours de dessin. Il a rapidement maîtrisé plusieurs techniques, profitant spécialement des ateliers à Khan Younis qui réunissaient des artistes arabes, américains, hollandais, français et palestiniens pendant trois étés consécutifs.

 

Nasser 
Nasser au travail – photo Carol
 

Nasser a commencé à exposer ses tableaux seul ou avec d’autres à partir de 1996, dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, à Amman, au Caire et à Paris en 2004 à la Cité des Arts ( http://www.citedesartsparis.net ). La variété des matériaux qu’il maîtrise est impressionnante : gravure sur papier japonais qu’il fabrique lui-même,
 
prisonnier - librairie lOlivier - Genève 
prisonnier - librairie l'Olivier - Genève
 

peintures sur fonds de textures diverses, peintures à l’huile, peintures à acrylique. Nasser incorpore tout ce qu’il trouve dans la composition de ses tableaux. Il passe du réalisme à l’abstrait pur, souvent à la poursuite d’un thème : les cactus en fleurs ou la violence envers les femmes. Dernièrement, il rêve de pouvoir contribuer au bien-être de « tous les enfants du monde ». ( http://www.bebo.com/nasserart )

 

Des enfants, Nasser en reçoit dans son atelier du Croissant Rouge de la ville de Gaza, il en est le responsable depuis 10 ans. Il organise des cours et des expositions pour des artistes à Gaza et en Cisjordanie. Il a du plaisir à ouvrir à son tour un nouveau monde aux jeunes de la bande de Gaza.

 

A la fin de cet été, Nasser est invité à travailler et exposer ses œuvres à Béziers, au sud de la France.  Il espère pouvoir y aller si le passage de Rafah lui ouvre généreusement ses portes.

 

voisins

Photo Carol

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20/06/2007

Apprendre une langue c’est un pas vers la paix


Lorsque je suis arrivée à Gaza, j’avais envie de trouver un professeur d’arabe. On m’a proposé une école de langues. Mon voyage aurait déjà valu la peine pour cette rencontre avec la fondatrice de cette école ! Samira Srur Fadil a enseigné l’hébreu à Gaza et l’arabe à Netanya (Israël) pendant 20 ans, avant de fonder The Abraham Center for Languages (l’hébreu, l’arabe et l’anglais), au moment des accords d’Oslo. Abraham est le père des trois religions qui puisent leurs racines dans cette région du monde, et le nom du Centre Ibrahimi a été choisi pour cette raison. D’abord responsable pour l’inspection de l’enseignement de l’hébreu dans les écoles de Gaza, Samira a quitté ce poste pour son école. Elle souhaite en faire un pont entre sa ville (Gaza), les pays voisins et le reste du monde.

 

L’élan d’Oslo était optimiste, et Samira a pu voir des gens de beaucoup de pays dans son centre, y compris des suisses. Elle était surtout ravie de pouvoir accueillir des élèves d’arabe d’Israël pour des cours intensifs. Pendant 7 jours, en dehors des heures de cours, les étudiants israéliens mangeaient et visitaient Gaza avec des élèves palestiniens du centre qui étudiaient l’hébreu. La police palestinienne les accompagnait partout et surveillait l’hôtel où ils séjournaient. En fait, les jeunes policiers étaient intrigués par ces visiteurs et attirés par la bonne ambiance des groupes mixtes. Par la suite, certains se sont même inscrits à l’école  ! Le Centre Ibrahimi était connu pour être le seul endroit dans la bande de Gaza et en Cisjordanie où des israéliens étaient accueillis de telle manière.

 

A cette belle époque, les élèves palestiniens du Centre Ibrahimi ont pu séjourner en Israël et en Norvège. Samira y a trouvé un soutien précieux pour ses initiatives. Réciproquement, quatre groupes d’étudiants norvégiens sont venus à Gaza pour des séjours culturels de dix jours, logés dans des familles palestiniennes. L’anglais était la langue commune.  Mais lorsque la deuxième intifada a débuté en 2000, les problèmes ont commencé.  En 2002, les amis norvégiens ont arrête leur aide : les déplacements physiques devenaient quasi impossibles dans un sens comme dans l’autre.

 

La création du New Palestinian Abraham Center for Languages ( www.npacl.com ) en 2003 répondait aux besoins d’une population de plus en plus isolée du monde. Samira avait vu la vingtaine d’employés de l’école se réduire comme peau de chagrin.  La demande pour des cours baissait : apprendre une autre langue devenait un luxe. L’argent manquait, des possibilités de voyager aussi. Il fallait alors envisager une autre communication, à distance, grâce à l’Internet, avec l’anglais comme langue commune entre étudiants de langue maternelle hébreu ou arabe. Des gens de tout âge, peu éduqués ou universitaires, jeunes ou adultes, trouvent la porte ouverte au Nouveau Centre Ibrahimi pour développer leurs projets linguistiques ou informatiques. Et le centre reste ouverte en ce moment : un nouveau cours d’anglais a démarré mardi 17 juin. Venir, étudier, devient un moyen de s’exprimer sur la situation accablante que les gens de la bande de Gaza subissent. Les deux seuls ordinateurs du centre sont en demande constante !

 

Contre monts et marées, Samira persiste dans son envie de faciliter une prise de conscience des cultures différentes en ce qu’elles apportent comme richesse. L’apprentissage d’une langue y mène naturellement. Membre d’une vieille famille de Gaza, elle sait l’importance de la compréhension inter-culturelle : elle est noire, et Gaza n’est pas a l’abri du racisme. Actuellement, le centre offre plusieurs cours d’anglais et quelques cours d’hébreu.  Les étrangers se font rares : une journaliste anglaise, une femme américaine et moi étaient les seules étudiantes d’arabe ce mois de mai. Ayant fréquentée bon nombre d’écoles de langues à Genève, soit comme élève soit comme enseignante, je peux attester à la haute qualité pédagogique des cours.

 

La situation désespérante de la population de Gaza n’est pas une raison pour Samira de rester les bras croisés, au contraire ! Il y a quatre mois, elle et Gal Springman, une amie qui enseigne l’anglais à Tel Aviv et à Jaffa, ont ouvert un cours, chacune de son côté, pour dix élèves entre 11 et 16 ans. Jusqu’à maintenant, une fois par semaine, ces jeunes apprennent l’anglais dans le but de développer des liens par ordinateur.

 

Ramiz et Fouad à lordinateur  
Fouad avec Ramiz
 

 

Le cours à Gaza est gratuit.  L’important, c’est que les élèves aient envie d’apprendre l’anglais pour communiquer avec un jeune de l’autre cours et que leurs parents soient favorables à leur participation.

 


Walaa et Islam  

 

Omar Sabreen et Ranine

élèves

 

L’amitié entre Gal et Samira a commencé en 1998, lorsque Gal a appris le travail de Samira par un journal israélien. Elle lui a téléphoné pour l’inviter à visiter son kibbutz de Yad Mordachai, avoisinant de la bande de Gaza. Samira lui a proposé de venir d’abord voir le Centre Ibrahimi, et Gal s’est joint à un groupe de l’Université de Beersheva pour faire le voyage. Depuis lors, Gal a fondé une organisation non-gouvernementale (ONG) israélienne, Language Connections, avec une collègue, Judy Cohen.  Cette ONG est composé d’éducateurs juifs, musulmans, et chrétiens qui partagent le défi de vivre et élever leurs familles dans un climat de conflit. Ils sont convaincus de la nécessité de sortir du cercle vicieux de violences par une meilleure connaissance l’un de l’autre.  L’outil qu’ils proposent est l’apprentissage d’une langue dans le but d’établir un dialogue à une petite échelle personnel. ( http://www.languageconnections.org )

 

Tout récemment, Gal et Samira se sont concertées pour envisager la continuation de leurs deux cours parallèles.

 

Samira et Gal 

Samira et Gal

 

Les élèves de Gaza viendront au centre deux fois par mois jusqu’à ce que la situation s’améliore. Samira leur payera le voyage en taxi pour assurer leur sécurité. Pour leur cours aujourd’hui, ils ont préparé des questions sur la Suisse, puisque je pensais être là. Je leur ai écrit un E-mail en leur proposant à chacun d’écrire un petit descriptif avec leur âge, dans le but de les trouver des correspondants (parlant l’anglais !) en Suisse.

 

Gal et Samira persistent à vouloir favoriser la compréhension mutuelle qu’elles savent possible pour l’avoir voulue et vécue. Dernièrement, un sondage réalisé par une ONG  ( http://www.ipcri.org ) a montré que le premier pas vers la paix proposé spontanément par des palestiniens et des israéliens était l’inclusion d’un cours d’éducation pour la paix à l’école publique. L’initiative de Samira et Gal y ouvre ce chemin.

 

Pour plus d’informations, contacter :
 
Gal Springman, E-mail:

languageconnections@gmail.com  

ou

language_connections@hotmail.com (English or French)                                  
 
Samira Srur, E-mail npacl@msn.com, (English, please!)
 
Carol Scheller, E-mail carol.scheller@freesurf.ch ou carol.scheller@yahoo.fr
(français ou anglais)

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11/06/2007

Ramiz

Il s'appelle Ramiz, il a 23 ans, et il est en train de terminer ses examens finaux à l'université. Ici a Gaza, il aide sa tante à son école de langues, là où j'apprends l'arabe.

Ramiz 

 

Ramiz - photo Carol

 

Il faisait très chaud, il y a deux nuits, alors il a décidé de dormir dans la véranda. Ça lui a peut-être sauvé la vie. Et il s'est couché juste à temps. Il n'avait pas entendu les deux hélicoptères Apaches qui survolaient le petit immeuble où sa famille, sa tante et ses enfants et sa grand-maman dormaient. Leur maison est en face d'une immeuble où se trouve un bureau du Jihad Islamique. Plus tôt dans la journée, deux soldats israéliens ont été tués à Rafah par quelqu'un de ce groupe.

Dans le monde, après minuit, les bureaux sont en principe fermés.  Le bureau du Jihad Islamique était lui aussi désert. Mais les hélicoptères ont tiré chacun un missile sur le bureau, mettant en danger les vies de toutes les familles voisines, y compris celle de mon jeune ami. Est-ce que l'armée israélienne tient compte du fait qu'une position horizontale donne plus de chances de survie lors d’un tel bombardement ?

Cela fait des années que je lis des articles sur ce genre d'attaque israélienne dans des quartiers résidentiels, mais il fallait que cela arrive à des gens qui m'avaient ouvert leurs portes pour que je comprenne mieux la situation.

 

Welcome 

 

Welcome - Photo Carol

 

 

Toutes les photos du monde ne peuvent pas montrer la détresse de gens innocents qui se réveillent couverts de débris de verres et de métal. Un vieux voisin a été transporté à l'hôpital. Ramiz et un de ses frères ont eu de petites blessures multiples, mais ils se considèrent comme chanceux. Leur immeuble a déjà été dévasté de la même manière il y a deux ans."Ceci est notre vie" dit Ramiz.

 

 Fenêtre cassée

 

 

 

 

Autre fenêtre cassée

 

 

 

 

Lit et débris

 

Photos Carol

Il n'existe aucune prise en charge par des assurances pour les fenêtres soufflées ou les portes endommagées. Ces frappes israéliennes constituent une punition collective: elles sont totalement interdites par le droit international, comme dit le Centre palestinien des droits de l'homme à Gaza dans ses rapports accablants, semaine après semaine. (www.pchr.gaza.org)

Deaf Association 

 

Deaf Parents Association – photos Carol

 

La sœur de Ramiz, Karama, a dix huit ans. Elle est en première année de l'université, et elle a aussi des examens en ce moment. Normalement, c'est une jolie jeune fille pleine d'énergie. Elle est née au début de la première intifada. Elle m'a confié que chaque jour de sa vie, elle se dit "demain sera un meilleur jour." Elle aime danser et écouter la musique des Back Street Boys. Hier, son visage était éteint. Elle m'a dit, "C'est la première fois dans ma vie que je me dis que, peut-être, demain ne sera pas mieux."

Ramiz parle anglais à la perfection et apprend l'hébreu en dehors de ses études commerciales. Je lui ai demandé hier s'il voulait toujours apprendre l'hébreu. Mais oui, il a répondu. Je lui ai demandé pourquoi. "Pour comprendre ce qui se passe dans leurs têtes," m'a-t-il dit.

Il y a plein de jeunes comme Ramiz à Gaza. Ils veulent voir leur Palestine sur la carte, comme promis tant de fois par les institutions internationales. Ils dédaignent la violence. Ils savent bien que cela n'amènent nulle part. Ces jeunes veulent contribuer à la prospérité de leur région dans une coexistence constructive avec le voisin israélien. Je prie que le monde les écoute !

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