03/06/2007

Graduation à Bureij

Le jardin d’enfants de Bureij (voir blog du 8 mai) a fêté hier (31 mai)  la fin de l’année scolaire dans un élan de gratitude envers  Meyrin-Palestine et toutes les femmes de l’Association des femmes palestiniennes qui ont rendu possible ses activités. J’ai eu le privilège d’assister à la cérémonie en tant que représentante de "la Suisse". C’était depuis deux semaines le premier jour sans le bruit de frappes israéliennes sur Gaza encore une occasion pour faire la fête !

Deux grandes photos des Genevois qui sont à l’origine du projet m’ont accueillie à mon entrée dans la salle

 

Guests of honor (photo Carol)


Une banderole en arabe et en anglais (photo « Yes ! ») couronnait les différentes intervenantes

 

Yes (photo Carol)
 

Hanaan, l’avocate du Centre palestinien pour les droits de l’homme(PCHR : www.pchrgaza.org)

 

 

Hanaan (photo Carol)


Deux adolescentes qui ont animé la cérémonie de leur chant

 

chanteuses  (photos Carol)


et d’autres encore. Jabr Wishah du PCHR, notre indispensable liaison, a lu un message de l’Association Meyrin-Palestine.

 

Message de Ridha (photo Carol)

Et ensuite, le tour des enfants !

 

De la joie  (photo Carol)


 

 

Garçons  (photo Carol)

Ils ont dansé, récité des poésies, ou les deux à la fois, avec une aise et un goût évidents.

 

Maman fière (photo Carol)

L’ambiance a été à son comble à la fin, lorsqu’un groupe de petits a entamé le dabké, la danse palestinienne traditionnelle. Tout le monde tapait des mains,

 

Enseignante fière  (photo Carol)


Les danseurs se donnaient à fond

 

Danseurs du dabké  (photo Carol)


 

et les portraits de Ridha et Jalel circulaient entre la scène et l’audience

pendant que le drapeau suisse et le drapeau palestinien se côtoyaient sur scène

Ensemble  (photo Carol)


 
L’année prochaine, si tout va  bien, le jardin pourra accueillir un bien plus grand nombre d’enfants (120) dans ses nouveaux locaux, dont la construction progresse rapidement.

 

Abu Rami  (photo Carol)

 

père de neuf enfants, qui supervise l'activité du jardin d’enfants et surtout la construction du nouveau centre, m’a accompagnée sur le site après la fête pour constater l’avancement des travaux.

 

 

Ouvriers (photo Carol)

Les ouvriers étaient en train de quitter les lieux après une journée longue et chaude

Quelle joie de constater que ce projet de l’Association peut se concrétiser !  Surtout ici à Gaza, qui a souffert au dix-neuvième et au vingtième siècle du désintérêt des Britanniques, et ensuite jusqu’à ce jour de la politique israélienne délibérée de "dé-développement" du pays (voir le livre The Gaza Strip, the Political Economy of De-development » par Sara Roy, 1995).

 

Binaya 5  (photo Carol)


Dans le futur centre (photo binaya 5), le rez-de-chaussée et un petit espace au  dehors sera réservé au jardin d’enfants. Au premier étage, le secteur des femmes offrira un lieu de rencontre et de formation, avec une salle d'informatique, une salle de coiffure et une autre pour les soins de beauté, voire de santé (une formation de pédicure serait par exemple possible). Répondant à un grand besoin des trois camps de réfugiés palestiniens qui se partageront le centre, le troisième étage servira comme salle de fête, surtout pour les mariages. Le centre sera ouvert dans un quartier en pleine construction.

 

Binaya 2 (photo Carol)

A la tombée du soir, des cerfs-volants (le jouet par excellence des garçons palestiniens) volaient dans l’air. Les enfants les appellent  taieyara, le mot même de la langue arabe qui veut dire "avion". Quel soulagement de pouvoir admirer la danse de ces cerfs-volants sans entendre le bruit des autres taieyaras, les F16 israéliens qui sèment ici destruction et souffrance. Le petit centre partenaire de Meyrin-Palestine aspire au contraire à donner vie et espoir au gens de la bande de Gaza.  

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28/05/2007

Moain

Depuis le début des tirs israéliens sur Gaza, la tension entre Palestiniens s’est calmée.  Les gens font le deuil de leurs morts et essaient de retrouver une vie normale. Ce dimanche 20 mai, les éboueurs ont donné un nouveau visage aux rues et les magasins se sont ouverts. Les enfants ont commencé leurs examens de fin d’année.  Les universités restent encore fermées. Une longue grève est annoncée pour les bureaux du Gouvernement : ce doit être jusqu’au 28 mai.

 

Et parlons maintenant de quelqu’un qui a regagné récemment sa ville natale après un court séjour de travail aux Etats-Unis. Ce professeur de plusieurs universités a trouvé le passage de Rafah fermé au moment où il devait repartir pour assister à l’ouverture de l’exposition "Gaza à la croisée des civilisations" qui se tient à Genève. Il était pourtant la première personne concernée : sans  Moain Sadeq, cette exposition n’aurait pas eu lieu.  Et paradoxalement il n’a jamais été en Suisse ! 

Moain et Imad 

Moain et son fils Imad (Photo Carol)

 

En effet, la croisée des civilisations passionne le Dr. Sadeq : c’est le fil conducteur de toute sa vie professionnelle. Il est titulaire en 1979 d’un diplôme d’archéologie de l’Université du Caire. Il a ensuite obtenu un MA et un doctorat en archéologie de l’Université libre de Berlin. De 1980 à 1984, il a travaillé comme archéologue au sein de la mission archéologique française à Doha (Qatar) et il a été codirecteur de différentes fouilles archéologiques franco-palestiniennes, suédo-palestiniennes et anglo-palestiniennes dans la bande de Gaza.

 

Chargé du cours d' archéologie à la Haute Ecole d'Archéologie de l’Université al-Qods à Jérusalem, et nommé en 1991 titulaire de la chaire d’archéologie de la Palestine, il a été en 1994 à l’origine du Bureau du Ministère des Antiquités et du Tourisme à Gaza.  Il développe depuis lors ce Bureau en nouant des liens partout dans le monde, notamment en Israël, au Qatar, aux Etats-Unis, en Allemagne et en Suisse.  De 1994 à 2000, le Professeur Sadeq a enseigné l’archéologie, l’histoire de l’art, et l’histoire de l’architecture islamique à l’Université Islamique et à l’Université Al-Azhar à Gaza. Depuis 1994, il dirige de nombreuses fouilles archéologiques réalisées par des équipes palestiniennes dans la bande de Gaza. (Voir Under the Stones of Gaza de Jean-Gabriel Leynaud, disponible chez Gedeon-programmes Archéologie, Paléontologie, 2005).

 

Outre ses contributions à des conférences et ateliers locaux, régionaux et internationaux, le Dr Sadeq a publié nombre d’articles et d'ouvrages sur l’archéologie islamique.  Avant l’intifada Al Aqsa (qui a commencé en 2000), il prenait un grand plaisir à accompagner des groupes de visiteurs sur les sites archéologiques si chers à son cœur en Cisjordanie et surtout à Gaza. On peut imaginer sa grande déception de ne pas avoir pu assister à l’inauguration de l’exposition genevoise, couronnement d’un travail de douze ans ! 

 

Homme modeste et patient, le Dr. Sadeq se prénomme Moain, qui comme tout nom en arabe a un sens précis. Il se traduit par "celui qui soutient". Autant éducateur qu’archéologue, Moain a toujours activement soutenu depuis son retour en 1990 le développement de l’éducation supérieure à Gaza. Avec quatre amis, tous titulaires d’un PhD, il a transformé l'institut d’éducation dans lequel mon ami Ziad Medoukh était enseignant (voir blog du 5 avril). D’une petite école avec un cursus de deux ans destiné aux futurs enseignants de l’école primaire et secondaire, la Faculté d’Education est devenue un vrai département universitaire qui offre un B.A. après quatre ans d’études.  C’est grâce à l’encouragement de personnes de l’administration israélienne de l’époque que ce changement a pu être mené à bien. L’université d’Al Aqsa en est née. Moain en a été le doyen responsable pendant quatre ans, tout en continuant son enseignement ici à Gaza, à l’Université d'Hébron en Cisjordanie, et à la Haute Ecole d’Archéologie à Jérusalem Est.

 

Le passage de Rafah a fermé ses portes à un grand pédagogue, qui enseigne chaque année pendant un semestre aux Etats-Unis " Les cultures du Moyen Orient ", à l’Université de Chicago et à Montclair State University (New Jersey), ceci depuis l’année 2000. Citoyen de Gaza et du Canada, parlant couramment l'allemand et l'anglais, ce citoyen du monde sait cultiver la collaboration entre professionnels passionnés par le métier qu'ils partagent. Grâce aux initiatives du Dr Sadeq, il existe une coopération entre archéologues de l'Université Ben Gurion à Beersheba en Israël, l’Université En-Najah à Nablus en Cisjordanie et l’Université de Chicago. La fondation américaine Fulbright ( http://www.fulbrightweb.org ) lui a confié plusieurs missions dans le passé, et il est le responsable des bourses Fulbright pour toute la Palestine.

 

L’éducation est à la base d’un rêve que Moain nourrit depuis de nombreuses années : la création d’un musée archéologique à Gaza, qui serait témoin, tant pour les gens d'ici que pour les visiteurs étrangers, de l’étendue de l’histoire de cette région. Cet héritage historique est aujourd'hui menacé par la construction de logements due à la démographie galopante de la population de Gaza. La ville de Genève et l'UNESCO appuient cette démarche, avec l’aide précieuse du Père Jean-Baptiste Humbert de l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem. Le Père Humbert et le Dr Sadeq collaborent depuis les accords d’Oslo pour diriger les fouilles dans la bande de Gaza, notamment celles des sites qui ont fourni leurs trésors à l’exposition qui se tient actuellement au Musée d’art et d’histoire de Genève. Les archéologues genevois Marc-André Haldimann et Marielle Martiniani-Reber se sont joints à eux pour œuvrer à la réalisation de ce projet qui pose de nombreux défis.

 

Beaucoup des habitants de la bande de Gaza ignorent le fait que leur ville est bâtie sur des vestiges qui remontent jusqu’à sept mille ans avant Jésus-Christ. Moain saisit chaque occasion pour transmettre ses connaissances à ses étudiants, à ses collègues dans d’autres pays, mais également au grand public de Gaza. Dans l'exercice de ses fonctions, il a organisé une vingtaine d’événements culturels pour différentes chaînes de télévision – palestinienne, arabe et ailleurs dans le monde – en arabe et en anglais, toujours dans le but de mieux faire connaître l’histoire de Gaza. 

 

Le Dr Sadeq soutient toute initiative qui tend à sauvegarder le patrimoine palestinien des trois grandes religions monothéistes. Actuellement, il travaille à la création d’un Centre Culturel Est-Ouest ici à Gaza, qui accueillera toute personne intéressée à explorer les racines communes des peuples du Moyen Orient, ainsi que tout individu désirant se familiariser avec la culture occidentale. A son avis, il existe de part et d'autre une absence de compréhension parfois tragique. Le Dr Sadeq est à la recherche de personnes ou d'institutions disposées à participer à la création d’un tel oasis multiculturel. ( msadeq@uchicago.edu )

 

La vocation d’archéologue jette une lumière originale - tolérante et ouverte – sur les blocages de la communication dans cette partie du monde. Le passé du Moyen Orient se trouve concentré d’une manière particulièrement riche dans les ruines de la bande de Gaza, un fait que le savant genevois Max van Berchem a su apprécier déjà au dix-neuvième siècle ( www.maxvanberchem.org ). Moain Sadeq, premier et seul archéologue de Gaza, espère encore pouvoir donner une conférence à Genève avant la fin de l’exposition au  Musée d’art et d’histoire. Il voudrait parler des racines de la civilisation occidentale sous le sol sableux de Gaza… si le passage de Rafah veut bien lui ouvrir ses portes.

Portail vert 

Une porte à Gaza (Photo Carol)

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21/05/2007

Gaza déchirée

Ça a commencé le jour de la Nakba, le jour qui réunit tous les Palestiniens dans le souvenir de la date, le 15 mai 1948, qui a marqué le début de la perte de leur héritage. Les tirs, que j’entendais parfois sporadiquement pendant la nuit depuis mon arrivée, ont débuté vers six heures du matin dans le quartier d’en-Nasser.  Des enseignants et des soldats de la Sécurité Nationale ont alors entouré les enfants qui arrivaient à l’école.  Dans mon quartier de Rimal, c'est vers huit heures que les tirs ont commencé : les enfants étaient déjà en classe. Je suis partie à pied, comme d’habitude, à l’école où je suis un cours d’arabe, à quinze minutes de la maison.  La rue principale était presque déserte : pas de foule comme à l'ordinaire devant la banque, absentes les deux mendiantes normalement assises sur le sol, presque pas de circulation là où le flot  du trafic lance en général un vrai défi à qui veut traverser la chaussée (les voitures d’abord !). Il y avait dans la rue plus d’hommes en uniforme que d’habitude; et puis, devant le poste central de police, deux tanks.

Fleurs et barrière

A l’école, j’ai pu envoyer mon dernier texte et quelques photos pour ce blog à l’aide de leur ordinateur. Cela faisait six jours que je n’avais pas eu accès à une connexion ADSL, ni aux informations, sauf celles diffusées par la radio en arabe. Mon prof est arrivée en annonçant que huit innocents avaient été tués au passage de Karni.  Les nouvelles étaient graves : des Palestiniens avaient tué des Palestiniens, et personne ne comprenait pourquoi.  J'ai été la seule à venir en classe ce jour-là.  Nous avons fait notre cours, j’ai regardé la télévision palestinienne, et j’ai poursuivi la lecture du livre monumental de Sarah Roy sur Gaza. (The Gaza Strip ; The Political Economy of De-development, 1995) Je suis restée à l’école jusqu’à ce que les affrontements se soient suffisamment calmés pour pouvoir refaire le chemin jusqu’à la maison, encore plus déserté qu'auparavant sauf pour la présence des soldats.

 

Les tirs se sont intensifiés pendant la soirée et toute la nuit. La ville de Gaza est sous le feu. On a appris que des groupes proches du Hamas et d’autres proches du Fatah, qui ne représentent qu’une fraction de ces deux tendances politiques, se faisaient la guerre.  Et ce qui était pire, ils attaquaient à l'arme à feu des maisons et des appartements privés aussi bien que des associations bénévoles, parfois en kidnappant des personnes qui étaient relâchées plus tard ou alors disparues. On parlait d’une nouvelle nakba.

 

Aujourd’hui, il n’y avait pas d’école. On a entendu beaucoup d'échanges de tirs de fusils et de mitraillettes, parfois des explosions. Une fois on a vu un camion avec deux drapeaux palestiniens et des hommes courageux qui appelaient à la fin des violences. Ils invitaient la population à marcher et manifester pour le retour au calme. Mais tout le monde a trop peur. On se terre chez soi, ou alors les hommes font un petit saut chez le voisin pour discuter de " la situation " autour d’une tasse de café. Le gouvernement est totalement dépassé par les événements. Il n’y a que les armes qui parlent. Et ceux qui les tiennent sont jeunes, dépourvus de toute vision d’un avenir dans lequel ils auraient une place.  Ils ont grandi dans la grande prison qu'est Gaza, à l’ombre de la première intifada qui a débuté il y a vingt ans. Ils ont attendu toute leur vie un changement.  Ils n’en peuvent plus.

 

Qui est-ce, qui nourrit leur désespoir et leur rage avec de l’argent ? Qui est-ce, qui donne généreusement des armes à des gens qui ont besoin de tout, sauf de ça ?

Mandala 

 

J'ai passé la matinée sur le toit de la maison et ensuite à l’étage en-dessous, avec des enfants qui couraient lors de chaque tir voir ce qui se passait dans la rue. Ils ont pourtant pu oublier un moment les bruits du dehors en coloriant les mandalas que j’avais dans mes bagages. Ils ont entre quatre et quinze ans. A l’école, les dessins sont notés et doivent se conformer à un seul modèle qui est donné par l’enseignant, un système que j’ai moi-même subi à l’école primaire.

Mandalas

Mandalas 2

J’ai promis de revenir demain matin, et je vais me coucher. Les attaques dirigées contre les journalistes entassés dans une salle en haut de l’Hôtel Sheraton ont cessé, et les tirs sont devenus moins fréquents. Le week-end gazaoui commence demain. Il va être long.

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16/05/2007

Impressions de Gaza

Arbres de lavande (Photo Carol)

Il n’est pas possible de parler de Gaza en termes généraux: mes impressions restent subjectives.  De mi-avril à mi-mai, c’est le printemps, avec les arbres qui renaissent, parfois couverts de fleurs qui crient leurs couleurs au ciel bleu  profond : lavande, rouge, pourpre, jaune, orange.  En pleine ville de Gaza, et surtout sur la côte, une verdure et des palmiers luxurieux, avec comme fond le bleu de la mer. Parfois, le ciel se couvre et une petite bruine vient rafraîchir la nature et les hommes. Le soir, à Khan Yunis, le brouillard s’installe, et les gens se réjouissent : la pêche sera bonne cette nuit !

 Porte ouverte sur un figuier (Photo Carol)

La plage, avec son horizon sans fin, est l’endroit de prédilection le vendredi (jour correspondant au dimanche en Suisse), avec des familles qui déambulent à côté des manèges et parfois d'un chameau fièrement décoré. Ce ne sont que les garçons et les hommes qui peuvent se baigner dans la mer, à moins qu’une femme ne souhaite le faire totalement habillée, modestie oblige. Le bord de mer est à Gaza l’endroit privilégié où les solitaires vont se ressourcer, tôt le matin, lorsque même l’eau est calme.  Le soir, c’est le rendez-vous des amis, des familles et des jeunes couples. On regarde partir les bateaux de pêcheurs qui quittent le port pour une nuit de travail.


Pour aller vers le centre de la bande de Gaza, la route est libre et ouverte. La peur des soldats israéliens et de leurs tirs arbitraires et meurtriers, l’impossibilité pendant cinq ans pour des familles vivant à quinze minutes de distance de se rendre visite les unes les autres, la tension constante pendant qu’on roule, les maudits points de contrôle - lieux d’humiliation, d’attente sans fin sous le soleil brûlant, de souffrance des malades ou des femmes en couches - tout cela est fini.  Dans la voiture, la musique que l’on fait tonitruer n’a plus pour but de conjurer les peurs, mais de fêter le déplacement.(Cependant, combien de mariages, de veillées de malades, de naissances ou d’enterrements manqués, restent gravés dans les cœurs ?) On peut enfin respirer un peu.


On respirerait mieux si l'on ne se sentait pas dans une situation de chaos général, dans laquelle rien n'est prévisible - je parle pour les Gazaouis, non pour un visiteur privilégié comme moi-même.  L'accès à l’électricité et à l’eau (surtout l’eau chaude !) est toujours incertain. Lorsque les israéliens ont bombardé et détruit dans l’été suffocant de l’an passé la principale installation électrique de la bande de Gaza (construite avec des fonds américains), la société d’électricité a travaillé 24 heures sur 24 pour rétablir le courant.. Reste qu'un nombre de plus en plus grand de familles ne peuvent toujours pas payer leurs factures d’électricité.  L'entreprise tolère alors des arrangements : on peut régler un pourcentage symbolique de sa facture jusqu’au jour oú il y aura de nouveau dans la famille un salaire qui permettra de la payer. Pour avoir un peu d’argent pour vivre, beaucoup de femmes vendent tous leurs bijoux au marché de l’or de la vieille ville de Gaza, là où elles étaient allées comme fiancées heureuses se faire choisir des bagues, des bracelets ou des colliers.


Il est vraiment très difficile de trouver l’argent dont on a besoin lorsque votre salaire, comme enseignant à l’école publique ou comme salarié de l'Autorité (docteur, infirmier, employé de bureau, éboueur) n’est pas payé depuis de longs mois, ou si parfois vous recevez avec quatre mois de retard le quart d'un salaire mensuel. On a honte de se trouver dans cette situation incroyable sans pouvoir y remédier. Il y a en conséquence beaucoup de grèves à Gaza, comme en Cisjordanie, pour exiger les salaires arriérés de la part d'un Gouvernement qui est lui-même pareillement impuissant : l’Etat d’Israël n’a pas versé depuis mars 2006 les impôts dus à l’Autorité palestinienne! Les organisations palestiniennes n'ont pas pu payer leurs employés depuis sept mois, en raison du gel des fonds des donateurs internationaux.  Les ambassadeurs et représentants palestiniens à l’étranger vivent également cette situation, y compris en Suisse !

 Poubelle (Photo Carol)

 

 Mais on n’en parle pas. Simplement, on s’excuse auprès du visiteur pour les tas d’ordures qui jonchent les rues et que l’on brûle de temps à autre. Les éboueurs sont en grève. Alors on cherche à vivre le mieux possible avec la situation telle qu'elle est : au lieu de se désespérer, on peut prendre des photos (comme l’artiste Mohamed Abu Sal actuellement en visite à Genève) ou faire des dessins comme l'a fait un enfant à l’exposition ouverte au bâtiment du Croissant Rouge – trouver de la beauté dans les poubelles! Cette semaine, des hommes en casquette blanche nettoyaient la rue principale Omar el-Mouktar dans le cadre d’un programme d’occupation pour chômeurs.  Les examens des élèves et des étudiants approchent, mais les écoles ne sont pas toujours ouvertes : les enseignants font grève.  On a besoin d’un certificat d’un ministère du gouvernement, mais c’est fermé : les employés font grève ! (Il y a deux jours de fermeture officielle : la fin de semaine gazaoui, c' est le jeudi et le vendredi.)  Les frustrations sont  ici à Gaza énormes et envahissantes. Il est impressionnant de voir la persévérance dont font preuve les gens en face des gigantesques problèmes qui pèsent sur leur vie quotidienne.


Hier c'était jour de deuil à Gaza. On commémorait la catastrophe, la nakba, lorsque les palestiniens ont été chassés de leur maison et de leur terre et ont pris la route de l'exil. Gaza a été marquée à jamais par ces événements. En 1948, 250,000 réfugiés sont arrivés dans cette petite bande de terre. Aujourd'hui, le septante pour cent de la population sont des réfugiés.


Depuis lundi les rues sont habitées par les tirs et la violence et la confusion est à son maximum. Il faudra quelques jours pour comprendre où cela va mener.

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10/05/2007

Soirée Palestine à Meyrin

 

Il paraît que Rafah était ouvert hier.  Les artistes doivent être en route vers Genève, mais il n’y a pas d’avion avant aujourd’hui ! Aux dernières nouvelles le vernissage à la librairie L’Oliver aura lieu le 15 mai dans le cadre de la table ronde « autour de la création artistique et de l'identité palestinienne » avec Taysir Batniji, Eliane Beytrison et Olivier Coret, (Modération: Elisabeth Chardon ( http://www.arabooks.ch/expo-gaza.htm ).

 

Une date qui ne risque pas de changer est celle de ce vendredi 11 mai, la soirée annuelle de l’Association Meyrin-Palestine au Forum Meyrin ( www.forumeyrin.ch ). Cette association a vu le jour en 2002 grâce à l’initiative de deux suisses d’origine tunisienne. Elle réunit six citoyens – enseignants, bibliothécaire, commerçant et technicien – qui ont été interpellés par la condition particulièrement difficile des enfants et des femmes de Gaza. En effet, la moitié de la population de Gaza est âgée de moins de 14 ans, et beaucoup d’écoles doivent accueillir deux volées d’élèves, une le matin et une autre l’après-midi. La taille moyenne d’une classe au niveau primaire est de 50 élèves.

L’association Meyrin-Palestine ( www.urgencepalestine.ch/actitives/projetgaza.htlm ) est née de l’idée de se rendre sur place pour écouter les besoins des gens, chose impossible sans parler arabe. Ridha Ben Boubaker et Jalel Matri ont fait le pont entre L’Association pour le développement de la femme palestinienne à Gaza et la ville de Meyrin, ensuite la ville de Genève, et encore six communes genevoises. Le rêve de créer pour leur partenaire gazaoui un centre culturel et scolaire pour femmes et enfants prend forme depuis bientôt trois ans. (photos travaux) La seule condition imposée par le partenaire suisse : que le centre soit au service du plus grand nombre possible de personnes.  Il est en conséquence érigé en plein milieu de la bande de Gaza, à l’intersection de trois camps de réfugiés, El Bureij, Nusseirat et Al Maghazi. Grâce aux dons genevois, un jardin d’enfants accueille des petits, et des colonies de vacances ont été organisées sur place pendant deux étés successifs.

 

Les enfants (Photos Jabr)


Il faut dire qu'il est rare que ce genre d’activité puisse être géré par des palestiniens pour des palestiniens, Ce sont d’habitude des organisations non-gouvernementales (ONG) étrangères ou des organisations internationales qui ont les moyens d’offrir de telles activités.  Au niveau local, il existe bien des petits lieux de quartier appelés « centres éducatifs ». On y donne des cours d’alphabétisations et de rattrapage scolaire, mais rien n'y est offert pour des loisirs ou pour apprendre de nouveaux savoir-faire. Les femmes qui ouvrent et gèrent ces centres sont bien conscientes des besoins de leur société, mais il leur manque les moyens nécessaires pour acheter du matériel tel qu'ordinateurs ou machines à coudre.

L’importance du centre soutenu par l’Association Meyrin-Palestine est inestimable. Maints enfants vivent entre la maison et l’école, entre la télévision et les cours, ou encore entre la maison et le travail, sans occasion de retrouver des amis de leur âge dans une ambiance chaleureuse. Il en est de même pour les femmes, prises entre travail et corvées, sans l’occasion de respirer et de s'entretenir avec leurs pareilles a un niveau qui sorte du train-train journalier. Elles ont souvent encore à leur charge une personne âgée ou un membre handicapé de la famille. Pour tous ces déshérités, le centre offre du travail, de l’expérience pédagogique, un lieu de rencontre en dehors de tout contexte politique, de la joie et de l’espoir pour des gens qui seraient autrement sans aucun endroit convivial pour apprendre et se détendre de façon constructive.

Le futur centre genevois-gazaoui est la raison d’être de la fête qui aura lieu à Meyrin ce vendredi soir 11 mai. Le projet a déjà coûté 250’000 francs, et il en manque encore 60’000 pour mener le tout à bien.

La construction du centre culturel sera à l’intersection des 3 camps de réfugiés
Al Maghaziwww.un.org/unrwa/refugees/gaza/maghazi.html )  et
Al Noussairatwww.un.org/unrwa/refugees/gaza/nuseirat.html ),
dans la Bande de Gaza en Palestine.
125 000 personnes vivent dans ces 3 camps dont 90 000 enfants.

 

 

Progrès dans la construction (Photos Jabr)

Les donateurs suisses et leurs partenaires ici à Gaza voudraient que ce centre soit un exemple pour d’autres initiatives du même genre. Vous pouvez contribuer à la réalisation de ce petit îlot de bien-être en profitant des délicieux plats palestiniens, de la belle musique et d’une ambiance fort amicale à partir de 19h30 vendredi au Forum Meyrin.  Comme on dit à Gaza, soyez les bienvenus !


 
   

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05/05/2007

En mai, 5 artistes de Gaza rejoignent Genève

Préparation de lexpo - Photo Carol

Préparation de l'expo (Photo Carol)

 

Gaza rejoindra Genève pendant le mois de mai, avec la visite de cinq artistes dans le cadre de l’exposition Gaza à la croisée des civilisations au Musée d’art et d’histoire.  Ils viendront leurs tableaux sous le bras, par Rafah, la sortie sud de la bande de Gaza…  si l’armée israélienne le veut bien.  En effet, depuis l’année 2000, quitter Gaza est devenu pour la plupart des Palestiniens un tour de force.  La bande de Gaza est à peine plus grande que le canton de Genève (environ 45 km de long et 6 km de large dans sa partie plus étroite, 165 km carrés au total), avec une population de plus de 1,3 million, dont plus de 70 pour cent vivent en dessous du seuil de  pauvreté. Voyager est matériellement impossible pour la plupart des habitants, qui doivent recevoir le feu vert des autorités israéliennes pour aller en Egypte ou en Jordanie en cas de besoin médical ou en raison de toute autre urgence. Il leur est interdit de voyager par l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Une fois accordée l'autorisation de voyager, l’heureux individu doit encore attendre que le passage de Rafah soit ouvert. L’Etat d’Israël le garde fermé à sa guise depuis le 25 juin 2006 pour ne l’ouvrir qu'occasionnellement, en dépit d’un accord signé qui stipule que Rafah sera ouvert quatre jours par semaine.  Il appartient aux voyageurs potentiels d’ouvrir leur télévision pour savoir si oui ou non le passage sera ouvert le lendemain – des prévisions du temps tant soit peu particulières!

 

Les artistes qui vont rejoindre Genève font partie d’un collectif ( www.palestine-art.com ) qui dispose d’un studio dans l’immeuble Al-Nour du Croissant Rouge palestinien de la ville de Gaza. Cet organisme doit son existence au Docteur Fahti Arafat aujourd'hui décédé, frère de Yasser Arafat, un médecin qui a implanté le Croissant Rouge dans plusieurs pays arabes.


 

Dans latelier - Photo Carol
  

Dans l'atelier  (Photo Carol)

 

Le Docteur Arafat s’intéressait particulièrement à l’avenir des jeunes. Beaucoup d’artistes et de cinéastes palestiniens doivent leurs débuts à son soutien. Il était un visiteur fréquent à Genève, où il appréciait la possibilité d'être en contact avec des groupes mixtes réunissant palestiniens et israéliens.  Le studio du Croissant, ou hilal en arabe, offre un espace de travail, de concertation, d’exposition et de dépôt, ainsi qu’un lieu de cours pour enfants et jeunes. Il accueille souvent des visites de classes scolaires. Lors de ma récente visite, j’ai pu voir des travaux d’enfants de quatre camps de réfugiés de la bande de Gaza.

 

Objets

 

 

Un bateau
 

 

 

barbelé

 

 

 

Poubelles

 

 

 
Mains
 

Travaux d'enfants réfugiés (Photos Carol)


 
Pour venir en Suisse, les artistes ont dû faire des démarches auprès des autorités suisses dont le bureau se trouve à Ramallah, où siègent nombre d’autres bureaux officiels, palestiniens et étrangers.  Pour ce faire, il fallait envoyer des fax et téléphoner : Ramallah se trouve en Cisjordanie, et il est rare qu’un Palestinien de Gaza puisse y accéder.  Il en va de même pour un citoyen de Cisjordanie qui désire visiter Gaza.  Au cours des années, l’Etat d’Israël a multiplié les entraves visant à éviter les contacts entre Palestiniens vivant dans les deux parties de la Palestine. Il faut tout d'abord embaucher un taxi ayant un permis spécial pour faire le trajet entre Gaza et Ramallah. C’est le chauffeur du taxi qui présente les passeports et remet l’argent nécessaire aux autorités à Ramallah.  Il ne faut rien oublier : une seule signature qui manque et c’est au moins une semaine et le quart d’un salaire mensuel qui sont perdus. Ce sont alors l’attente et les appels téléphoniques pour assurer que tout est en ordre. Quand arrive une réponse positive, c’est le chauffeur du taxi qui doit faire un deuxième aller et retour pour ramener les précieux visas. Le coût de cette procédure revient à environ deux semaines de salaire.  Une charge lourde pour des artistes qui, comme en Suisse, sont obligés de travailler pour gagner leur pain. Il reste un dernier souci important : le passage de Rafah peut rester fermé jusqu'à six mois de suite ! Dernièrement, les pauses ont été plutôt d’une semaine, mais rien n'est certain. Et encore faut-il compter avec le voyage de Rafah au Caire, et trouver des places dans un avion pour Genève.

 

Les artistes palestiniens exposeront dans les locaux de la librairie arabe L’Olivier ( www.arabooks.ch ). Le vernissage aura lieu le 9 mai à 18 heures.  Allez saluer ces artistes qui viennent de loin. IIs ont soif d'en connaître plus de l’art et de la culture en Suisse et en Europe afin d'enrichir leurs connaissances et de les partager avec leurs collègues et leurs étudiants lors de leur retour.  Si vous leur demandez alors comment s’est passé leur voyage, vous pouvez être certain de les entendre répondre « très bien » ! Il n’est pas dans la culture d’ici de parler des ennuis qu'on a eus. Surtout si on est arrivé enfin à destination !  

 

 

 

 

 

 

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28/04/2007

Une semaine à Gaza

Fenêtre de Abu Khali 

Une fenêtre sur Gaza (Photo Carol)

 

Une pause de deux semaines s’est imposée depuis mon arrivée à Gaza, le temps de me mettre à l’heure d’ici.  C’est donc seulement le 25 avril que Ziad Medoukh m’a ouvert la porte du modeste Centre de la Paix de l’Université Al Aqsa. Et que j’ai appris que Ziad porte plus d’une casquette: depuis 2004, il est chef du département de français de cette Université. J’ai été tout de suite sollicitée pour intervenir dans un cours. Les visiteurs de l’extérieur parlant français sont rares et fort appréciés.  On m’a demandé de parler de la Suisse.  En fait, les étudiants savaient déjà plein de choses – notamment que les Conventions de Genève restent, hélas, lettre morte !

J’ai également assisté au cours d’enseignement du français de Ziad, dans lequel les étudiants, observés par leur professeur, doivent donner une leçon à leurs camarades,. Ensuite viennent commentaires, critiques et propositions pour améliorer le déroulement de la leçon, de la part de Ziad et des étudiants. Les leçons étaient d’une qualité exceptionnelles qui me rappelait des moments forts de mes études pédagogiques à Genève.  Il y avait un bon équilibre entre théorie et exercices pratiques (lecture de dialogues et jeux de rôles), avec une participation enjouée des étudiants, qui viennent de l’ensemble de la Bande de Gaza.  Ziad sait leur transmettre le désir de se responsabiliser, et en même temps il les laisse libres de développer toute leur créativité. Cela augure bien pour le travail de ces futurs enseignants du français.

 

L’enseignement du français a pris de l’essor à Gaza lors de l’arrivée en 1994 des autorités palestiniennes venues de Tunis ainsi que du retour de centaines de palestiniens de la diaspora des pays du Maghreb, en particulier de l’Algérie. La langue française, valorisée à l’époque de Gamal Abdel Nasser, puis délaissée entre 1967 et 1994, a trouvé après les Accords d’Oslo une nouvelle génération assoiffée de contacts avec la France. Les jeunes que j’ai rencontrés à l’Université Al Aqsa comme ailleurs sont fiers de montrer leurs connaissances en français.

 

Le jeune Centre de Ressources francophone de l’Université Al Aqsa  (www.alaqsa.edu.ps) sert à la fois de salle de classe, de bibliothèque et de salle d’informatique.  Le Centre est plus riche en ambitions qu’en ressources : enseignants et étudiants ont besoin de livres et de matériel pédagogique, et ils seraient ravis d’avoir des contacts avec des amis francophones suisses. (aqsafrancais@yahoo.fr) Tout enseignant retraité - comme moi - serait également le bienvenu pour une période minimale de trois mois.  Le personnel enseignant n’est pas rémunéré : actuellement, comme l’université dépend du Gouvernement, les professeurs ne reçoivent plus de salaire, en raison du boycott du Gouvernement palestinien par les pays occidentaux, y compris l’Union européenne ! Les trois professeurs de français forment une équipe soudée et assurent cinq voire six cours par semestre pour environ 140 étudiants, dont une quarantaine vont prochainement passer les examens du DELF.

 

Corner Market (Photo Carol)

 

Le Souk, vieille ville de Gaza (Photo Carol)


F -  L – A – S – H ! :  dans le journal du 26 avril, quelques mots en arabe me sautent aux yeux : Genève, Musée d’art et d’histoire, Président Abbas, Marc-André Haldimann, exposition, archéologie, … Gaza ! Le Gaza d’antan à Genève, le Gaza d’aujourd’hui sur ce blog …

 

A SUIVRE !

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05/04/2007

Ziad

Ma première connaissance sur le Web s'appelle Ziad.  Ayant fait maintes formations dans la communication non-violente, je cherchais des informations lorsque je suis tombée sur un inconnu qui défendait la nécessité de l’action non-violente en Palestine. Il écrit en français, et il est palestinien. Pour moi, c’était du jamais vu ! J’ai lu ses écrits et ses poèmes pendant des mois jusqu’à l’opération « Arc en Ciel », le nom cynique donné aux incursions meurtrières à Rafah, au sud de la Bande de Gaza, en mai 2004.  Tout d’un coup, la personne que je lisais à son insu exprimait un grand désespoir. Il se demandait pourquoi le monde avait abandonné la Palestine.  J’ai eu envie de lui répondre, et notre amitié électronique s’est liée.

Ziad Ziad au Pré Byron, Cologny, Genève été 2004, Photo Carol

Quelque temps après, Ziad m’a écrit qu’il venait à Genève, suivre la formation « Ecole, instrument de paix » http://www.portail-eip.org/indexf.html. Il se trouvait en France, où il terminait des études pour l’enseignement du français comme langue étrangère. Il voulait me rencontrer.  Moi et ma famille, nous avons invité Ziad à manger à la maison. Nous avons appris que, sur les deux millions d’habitants de la Bande de Gaza, quelques centaines parlent le français et l’aiment pour ce que cette langue apporte de culturel. Dans la ville de Gaza, il y a même un Centre culturel français très actif.

Rentré à Gaza à la fin de l’été 2004, Ziad est devenu responsable pour la faculté de français de l’Université d’Al-Aqsa.  En 2005, 54 jeunes ont reçu leurs diplômes d’étude du français. Le contexte était sombre.  Gaza continuait à subir des attaques de l’armée israélienne qui réduisait la vie en survie pour beaucoup. La situation est devenue pire en janvier 2006, lorsque la communauté internationale, qui avait pourtant souhaité des élections démocratiques, a coupé l’aide en réaction à la victoire du Hamas.

 

C’est dans cette période que mon ami Ziad a initié son Centre de la Paix à l’intérieur de l’Université d’Al-Aqsa. Depuis, malgré tous les évènements difficiles, il a tenu ferme dans la poursuite de son rêve : faire connaître les principes de la non-violence comme nécessité, surtout aux étudiants qui sont les futurs enseignants des écoles publiques de Gaza.  Tenir bon voulait dire répéter et convaincre que la paix n’est pas un luxe :  elle est possible parce qu’elle est absolument nécessaire http://www.peaceispossible.info/french/La%20Paix%20est%20.... Et ceci en dehors de tout contexte spécifique géopolitique.   

Alors, moi qui aime les nouveaux horizons, j’ai récemment répondu à une invitation de mon ami Ziad de venir enseigner dans le Centre de la Paix.  Le Réseau de la communication non-violente européenne http://www.nvc-europe.org/suisse/ s’intéresse vivement à son travail, et nous espérons appuyer ses échanges d’étudiants. Je me réjouis de partir et de pouvoir communiquer quelques nouvelles du Centre de la Paix de Gaza ici sur le blog de La Tribune grâce à ce nouveau mode de communication !

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