20/02/2009

Sans les bombes, Gaza dans l’oubli

Hier, pour la première fois en deux semaines, Israël a autorisé la livraison de gaz pour faire la cuisine – 70 tonnes – , alors que les besoins quotidiens de gaz dans la bande de Gaza sont évalués à 350 tonnes. (Ma’an News 18.02). Le blocus israélien sur la libre circulation de biens et de gens continue dans l’indifférence totale de la plupart des media. Toute reconstruction reste en attente. L’unique hôpital pour les aînés, celui dans lequel, en mai 2007, j’ai rendu visite à une amie alitée, est une des institutions en attente de réparation après avoir été le cible de tirs incompréhensibles. L’article original sur la situation de l’Hôpital Al Wafaa se trouve sur le site du PCHR (il est daté du 15 février 2009).

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08/02/2009

Paysans dans la Ligne de Tir

Abassan Jedida, bande de Gaza

 

Retourner à une vie normale à Gaza est un chemin semé d’embûches. Les gens ordinaires de Gaza ont beau aspirer à simplement vivre, malheureusement cela dépend de la bonne – ou mauvaise – volonté de l’armée israélienne.

 

samedi 7 février 2009 (Free Gaza)

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01/02/2009

Un mur en sang rempli de fléchettes

C’est le titre d’un rapport pour Amnesty International écrit par son envoyée à Gaza, Donatella Rovera, le 27 janvier. L’évidence de l’usage d’armes illégales selon le droit international à Gaza s’accumule. Il est maintenant confirmé que l’armée israélienne a fait usage non seulement de phosphore blanc (voir le blog du 13 janvier « Les nouvelles bombes d’Israël … ») mais aussi des bombes à fléchettes, des armes antipersonnel semblables aux bombes à fragmentation.

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Une fléchette enfoncée dans un mur, village bédouin, Gaza, 26 janvier (photo : Amnesty International)

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20/01/2009

De Gaza : l’arme la plus puissante

 « Nous nous devons d’expérimenter les voies de l’amour. »

(Dr. Attalah Tarazi, chirugien de l’hôpital Al-Shifa, Gaza)

 

Hier soir à Genève, un rassemblement a réuni des gens pas toujours d’accord sur plein de détails, mais unis dans la conviction que la violence n’est pas capable de résoudre des conflits. La pluie qui tombait autour de nous ravivait tous les arguments intellectuels, logiques, « réalistes » qui disent depuis trois semaines l’inévitabilité de l’action infâme de l’armée israélienne à Gaza. La lumière du feu et des torches disaient le contraire : qu’il suffit une volonté implacable de mettre en place des alternatives pour éviter des désastres humains.

Les désastres naturels, nous les connaissons. Que les souffrances de Gaza convainquent le monde que Gaza doit être le dernier de grands désastres humains.

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19:39 Publié dans Conditions pour la paix | Tags : gaza, médecin, civils, armée israélienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

14/01/2009

L’enfer sur terre

Depuis plusieurs jours, des témoignages de sources différents (Middle East Online , Le Monde) signalent l’utilisation par l’armée israélienne d’armes terriblement blessantes.

 

« Les nouvelles bombes d’Israël – les survivants racontent

                 

13 janvier 2009

 

… C’était une nuit de terreur. Nous étions terrifiés. Nous pensions que nous allions brûler vifs.

 

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09:44 Publié dans Conditions pour la paix | Tags : gaza, phosphore, brûlures, feu, civils, armée israélienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

28/12/2008

‘Shabbat Shalom’

27 décembre 2008

Dépêche de Rami Almeghari depuis la bande de Gaza sous occupation

http://elecronicintifada.net

« ‘Shabbat Shalom !’ ‘paix sur ce samedi !’ Je crains que les responsables israéliens soient incapables de saisir le vrai sens de cette salutation rituelle qui marque le début du jour de repos des juifs. Comment interpréter ‘Shabbat Shalom’ le samedi 27 décembre 2008, quelques jours à peine avant le début d’une nouvelle année, alors que les bombardiers israéliens lâchent des bombes partout sur la bande de Gaza ?

Ce samedi ensoleillé à Gaza est devenu très noir avec des colonnes de fumée qui obscurcissent le ciel de ce territoire côtier, rempli d’odeur de sang.

Dans la ville de Rafah au sud de la bande de Gaza, trois membres d’une même famille – un père, son fils et son neveu – sont morts sous les bombes israéliens dans un poste de police. Ils réglaient un problème administratif au moment de l’attaque. …

Ceci n’est qu’une des tueries qu’Israël qualifie d’attaques contre des « terroristes ».  Dans des dizaines d’endroits, des bâtiments ont été démolis, des fenêtres de maisons soufflées, et d’innombrables voitures endommagées. Sous les décombres, il y a des dizaines de corps. Aujourd’hui, environ 60 bombardiers israéliens ont attaqué quelques 100 cibles, la plupart des postes de polices ou des organisations charitables du Hamas. Un des missiles a atterri sur le stade de l’Université islamique, où 18’000 étudiants sont immatriculés.

A l’hôpital al-Shifa, le plus grand des hôpitaux gazaouis, il y a des dizaines de corps  et des centaines de blessés. Selon le Dr Moawiya Abu Hassanein, chef des urgences et du service des ambulances pour le Ministère de Santé du Hamas, 228 personnes ont été tuées dans les attaques et environ 700 blessés, dont 120 gravement.

Il ajoute que 15 corps, complètement déchirés par les bombes israéliens, n’étaient pas identifiables. … Selon le docteur, des dizaines de morts sont des civils….

Ehab al-Ghosein, un porte-parole pour le Ministère de l’intérieur du Hamas, a déclaré à l’Electronic Intifada : ‘ La plupart des morts d’aujourd’hui étaient des employés de la sécurité … engagés pour porter une aide générale aux citoyens et pour régler la circulation. … Ce ne sont pas des combattants.’ »…

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près de la rue Eilat, Tel Aviv, juillet 2008 (photo Carol)

 

Face à la réalité de la situation, les déclarations officielles des Etats-Unis, de l’ambassade israélienne aux Nations-Unies et du Ministère des Affaires Etrangères israélien sont hors de propos. Hier soir, des centaines d’activistes israéliens ont défilé dans les rues de Tel Aviv en protestation contre les actions de leur armée. Lors de ma visite l’été passé à Tel Aviv,  j’ai le souvenir que des inconnus, qui m’aidaient à trouver mon chemin, m’ont souhaité « Shabbat Shalom ».

           

 

   

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20/10/2008

Récolte en solidarité avec les paysans de Gaza

C’est le moment de la récolte  - les pommes de terre en Suisse, les olives en Palestine..

Cette semaine à Gaza, le journaliste Rami Almeghari (voir le billet du 20 janvier 2008 : « Destin de Gaza aux mains de la justice israélienne ») a rencontré Fida Qishta (voir le billet du 11 mars 2008 : « Rêves d’un meilleur avenir pour Gaza ») et quelques membres de l’« International Solidarity Movement (ISM). Ce groupe de résistance non-violent en faveur des droits humains a été fondé peu après le début de la deuxième intifada, il y a 7 ans, lorsque la proposition de Mary Robinson, alors responsable du Haut Commissariat des Réfugiés, pour des observateurs internationaux en Israël/Palestine a été rejetée par les gouvernements américains et israéliens. L’ISM pense que la venue des personnes de tout pays en Palestine pour témoigner sur les actions de l’armée israélienne peut aider à établir une juste paix dans la région. Lorsque j’ai eu le privilège de participer à quelques actions de l’ISM en 2002 et suivi une de leurs formations en action non-violente en 2004, j’ai rencontré des palestiniens, des hollandais, des japonais, des allemands, des nord-américains et des sud-américains, des belges, des français, des suisses et des israéliens qui faisaient partie du mouvement. Aujourd’hui, le nombre de volontaires israéliens ne cesse de croître. L’ISM était nominée en 2003 pour le prix Nobel de la paix par un membre du parlement canadien, M. Svend J. Robinson. [ http://www.palsolidarity.org ] 

Voici des extraits de l’article de M. Almeghari, dont l’original, daté du 15 octobre, est publié par The Electronic Intifada: http://electronicintifada.net/v2/article9894.shtml  

Un beau jour ensoleillée de cette semaine, un groupe de l’ISM est venu à Beit Hanoun, au nord de la bande de Gaza, pour protéger des paysans gazouis récoltant leurs olives, menacés par l’armée israélienne. Beit Hanoun est le point le plus proche d’Israël dans la bande de Gaza. La petite ville a vécu au rythme d’attaques répétées de la part de l’armée israélienne ces huit dernières années. Il y a presque deux ans, une attaque particulièrement meurtrière a fait 19 morts et 40 blessés dans une opération des forces israéliennes de destruction de logements.

Selon un groupe de résidents de Beit Hanoun, des paysans ont subi au moins trois attaques pendant les quatre derniers mois. Dans la plus grave, des soldats israéliens ont tiré sur des travailleurs dans un champ à quelques 600 mètres de la frontière avec Israël. Ces quatre derniers mois, Israël a établi, dans cette région, un zone « tampon » de 300 mètres le long de sa frontière-est avec la bande de Gaza. Selon les israéliens, cet espace est nécessaire pour décourager l’envoi de missiles de fabrication artisanale sur le territoire d’Israël.

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Un bénévole de l’ISM récolte des olives dans la bande de Gaza. (photo : Rami Almeghari)

J’ai parlé avec une volontaire américaine, Darlene Wallach, 57 ans, pendant qu’elle cueillait des olives. « Ma présence ici revient à une protection minimale, » dit-elle. Un autre participant grec a parlé dans le même sens. La coordinatrice de l’ISM pour Gaza, Fida Qishta, explique que la plupart des volontaires sont arrivés à Gaza le 23 août (voir le billet du 24 août: « C’est la rentrée ! ») et ont choisi d’y rester.  Lors de leur première action, ces volontaires ont soutenu des pêcheurs de Gaza, selon Qishta. Elle voit l’importance de la présence de l’ISM en termes d’information: «  … les gens ne savent pas ce qui se passe. J’ai parlé avec les paysans, et ils nous ont dit qu’ils sont exposés à des tirs de l’armée israélienne presque tous les jours. »

 

15:20 | Tags : olives, paysans, gaza, armée israélienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

16/09/2008

Traitement abusif des pêcheurs gazaouis

Gaza et le continent européen partagent la même mer méditerranéenne, mais la vie des pêcheurs n’est pas partout pareille. Dans une communiqué de presse du 14 septembre, le Centre des Droits Humains Al Mezan à Gaza décrit une situation déjà choquante pour les pêcheurs de Gaza lors de ma visite à la Coopérative des Pêcheurs Al Tawfiq en 2002. Voici la traduction de l’article paru en anglais sur http://electronicintifada.net.

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photo : pêcheurs palestiniens près de la côte de la ville de Gaza, mai 2008 (Wissam Nassar/MaanImages) 

Les Forces d’Occupation Israéliennes (IOF en anglais) continuent à imposer un siège total sur la bande de Gaza tout en accélérant leurs attaques contre les pêcheurs palestiniens sans respecter leurs droits. Cette pratique continue malgré le cessez-le-feu auquel l’Etat d’Israël déclare adhérer, en levant petit à petit le blocus sur la bande de Gaza.

Selon le monitoring du Centre Mezan pour les Droits Humains, la vie pour les gens de Gaza se détériore. L’annonce du cessez-le-feu le 19 juin n’a rien changé de façon tangible par rapport à l’accès à la nourriture, les médicaments et soins médicaux et le carburant. Après presque trois mois, il y a toujours une crise due à la pénurie de carburant et de gaz pour cuisiner, en contraste avec les affirmations de l’IOF que le siège est partiellement levé et  les passages à Gaza, ré-ouverts.

Les abus contre les pêcheurs, selon les observations d’Al Mezan, se poursuivent chaque demi-journée en dépit du cessez-le-feu censé être maintenu. L’armée israélienne tire sur les pêcheurs jour et nuit dans l’intention de les terrifier et de les empêcher de travailler, en limitant leur activité à une zone étroitement définie. Les soldats humilient les pêcheurs délibérément, en les forçant à se déshabiller et à nager vers leurs bateaux et en les arrosant d’eaux usées. Ils font preuve d’imagination dans toutes les moyennes qu’ils trouvent pour humilier les pêcheurs.

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photo : filet  Basel Al Maqousi

Ce traitement abusif des pêcheurs a commencé le 9 octobre 2000, lorsque l’armée a annoncé qu’elle allait renforcer le blocus et le siège imposé sur la bande de Gaza. Depuis ce jour-là, on a interdit la pêche plus loin que 21 miles nautiques, ce qui rendait impossible aux pêcheurs d’aller là où ils avaient l’habitude. La limite a été ramenée d’abord à 12 miles nautiques, puis à six. Les observations d’Al Mezan montrent que les pêcheurs ne peuvent pas dépasser la limite de trois miles nautique les jours durant lesquels l’armée autorise la pêche.

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photo : raccommodage d’un filet Shareef Sarhan

Dernièrement, l’armée a arrêté quatre pêcheurs et blessé un autre par des tirs. Les trois derniers mois, on tire souvent sur les pêcheurs pour qu’ils n’aillent pas dans leurs endroits habituels. Un incident grave s’est produit le 10 septembre 2008, vers 17h15. Un aviso-torpilleur israélien s’est attaqué à un grand bateau palestinien (20 mètres de long et 8 mètres de large) appartenant à Rajab Muhammad Abdelmenem al-Hissi. Le bateau israélien a tiré sur l’arrière du bateau de pêche en haute mer presque six miles nautiques du port de Gaza. Le bateau était sévèrement endommagé, heureusement sans blessures à l’équipage, qui comprenait sept membres de la famille al-Hissi. Choqués, ils sont tous restés à bord, risquant ainsi la noyade, avant d’être sauvés par quatre bateaux à moteur palestiniens. [Lors de ma visite en 2002, j’ai appris que pas tous les pêcheurs de Gaza savent nager.] Les bateaux à moteur ont remorqué le bateau de pêche jusqu’à dans le port de Gaza.

Le Centre Al Mezan dénonce les pratiques dures et humiliantes contre les pêcheurs palestiniens. L’armée israélienne les humilie sans respect aucun pour leur dignité humaine et les prive aussi de leur droit de travailler. Comme conséquence, les pêcheurs et leurs familles vivent en ce moment en dessous du seuil de pauvreté. L’harcèlement des pêcheurs viole le droit international humanitaire : tout comme le siège de la bande de Gaza, il inflige une punition collective sur la population civile.

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photo : pêcheurs dans le port de Gaza Majed Shala

Dans ce contexte, le Centre fait appel à la communauté internationale, surtout aux signataires de la Quatrième Convention de Genève qui traite de la Protection des Civils en Temps de Guerre, pour intervenir immédiatement afin que les graves violations israéliennes du droit international cessent envers les civils des Territoires Palestiniens Occupés.

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photo : amarrage Shareef Sarhan

Nos remerciements aux photographes Al Maqousi, Sarhan et Shala (voir www.artwfg.ps ).

 

23:05 | Tags : gaza, pêcheurs, armée israélienne, abus | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

30/05/2008

Dix-huit années de travail détruites en moins de quatre heures

Ces jours-ci, les media nous racontent les tragédies des catastrophes naturelles en Birmanie et en Chine. Il est particulièrement douloureux d’apprendre qu’au même moment des hommes orchestrent intentionnellement des tragédies contre d’autres hommes qui n’ont rien à se blâmer. Combien est-ce facile de détruire, combien plus difficile de construire et de nourrir la vie! C’est pourtant le défi le plus noble et l’action le plus satisfaisante que l’on puisse imaginer.

Je vous propose encore une histoire de destruction délibérée, gratuite, illégale, qui sort largement du cahier des charges de cette armée qui se vante régulièrement de ne faire que se défendre. Ceci dans le contexte d’une pénurie grave de nourriture dans la bande de Gaza. L’original se trouve en anglais à : www.pchrgaza.org.

« Dix-huit années de travail détruites en moins de quatre heures

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   ‘Maintenant il ne nous reste rien !’ (photo PCHR)

‘Nasser Jaber a mis 18 ans pour développer sa ferme d’élevage de poules dans le sud de la bande de Gaza. Il y a deux semaines, l’armée israélienne a rasé la ferme à l’aide de bulldozers, tuant 40'000 poules et décimant son entreprise.’

‘Ils sont venus à quatre heures du matin, avec deux bulldozers, et ils sont partis avant huit heures. Mes trois frères et moi, nous sommes les propriétaires de cette ferme. Nous avons travaillé nuit et jour pendant dix-huit ans pour consolider notre entreprise. Les israéliens ont tout détruit en moins de quatre heures.’

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Nasser Jaber (photo PCHR)

 

L’armée israélienne a détruit la ferme de Nasser Jaber par bulldozer tôt le matin du 16 mai, pendant qu’il dormait chez lui à Rafah, au sud de la bande de Gaza.  Il est toujours sous le choc. D’un air las, il nous guide dans les ruines de son entreprise. ‘C’était le travail d’une vie pour moi et mes frères’ dit-il pendant que nous nous frayons un chemin parmi les grabats, des fils, des feuilles de tôle fracassées et des milliers de poules en état de décomposition. ‘Je n’ai jamais fait parti d’aucun groupe politique, et je n’ai jamais fait de prison. Je ne sais pas pourquoi ils l’ont fait.’ Tous les ouvriers qui débarrassent les décombres portent des masques de protection. Il y a quarante mille poules mortes écrasées parmi les ruines, et l’odeur est nauséabonde. 

Lorsque ses ouvriers l’ont réveillé pour lui apprendre qu’on détruisait sa ferme à l’aide de bulldozers, Nasser Jaber n’a pas couru à sa ferme. Il est resté chez lui jusqu’à ce que les israéliens soient enfin partis.  ‘Cela aurait été trop dangereux de s’approcher de la ferme pendant qu’ils démolissaient tout,’ dit-il. ‘Ce n’est pas la première fois que les israéliens sont passés par ici. La frontière (avec Israël) n’est qu’à deux kilomètres et demi, et ils font une incursion dans les parages tous les mois. Ils avaient détruit un de nos murs, et puis, nos réservoirs d’eau. Mais rien en comparaison avec ceci. ‘Une seule partie de la ferme est épargnée: une grange avec 9'000 poules, mais les bêtes sont traumatisées et pondent peu. Avant, la ferme produisait 45'000 œufs par jour ; maintenant, il n’y a plus que 2'000 œufs par jour, et Nasser Jaber craint un retour de l’armée israélienne pour raser ce qui reste de sa ferme. Selon ses calculs, lui et ses frères ont perdu ensemble plus d’un million de dollars.

‘Je suis un paysan tranquille.’, dit-il, ‘mais ils détruisent nos maisons, nos terres – tout.’

Pas loin de la ferme, le responsable des Relations Publiques du PCHR à Khan Younis, Abdel Halim Abu Samra, affirme que l’armée israélienne est en train de systématiquement détruire les terres agricoles de la bande de Gaza, surtout le long des frontières. ‘Nous avons une bonne terre fertile à Gaza, mais les paysans ont été chassés de leur terres dans ces régions près de la frontière par des harcèlements et des attaques comme celle-ci. Aujourd’hui, les terrains sont presque vides avant la frontière, à l’est, parce qu’il est trop dangereux d’y vivre ou d’y travailler.’

Sur la route qui mène au passage de Sufa (un des huit passages entre Gaza et Israël) au nord-est, nous ne rencontrons que peu de monde, parfois un vieux monsieur qui conduit un âne et un chariot. Ces régions rurales à l’est de la bande de Gaza se vident des paysans qui ont travaillé la terre depuis des générations : ils ont trop peur de vivre et de travailler sur leur propres terrains. Les implacables incursions israéliennes sont en train de réduire continuellement les espaces resserrés de la bande de Gaza, qui mesure quarante kilomètres de long et dix kilomètres de large.

Selon la loi international des droits humains, y compris la Quatrième Convention de Genève (articles 33 et 53), toute destruction délibérée de propriété civile est illégale. Depuis le début de la deuxième intifada en septembre 2000, le PCHR a documenté la destruction délibérée de plus que 40'000 dunums de terre agricole dans la bande de Gaza (1 dunum = environ 1'000 mètres carrés). Seulement cette année, les militaires israéliens ont rasé quelques 3'000 dunums de terrains cultivés autour de Khan Younis et Rafah. (dont 500 la semaine dernière). Les actions de l’armée israélienne ont décimé des terrains où poussaient des légumes dans des propriétés familiales, exacerbant ainsi la dévastation économique de la bande de Gaza.                                                          

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l’usine de ciment de Mohammed Abou Daggah (photo PCHR)

A quinze kilomètres de ce qui reste de la ferme de poules de Nasser Jaber, Mohammed Hamdan Abou Duggah reste debout au milieu des ruines de son usine de ciment. L’usine se trouvait à quatre kilomètres du passage de Sufa. L’armée israélienne l’a rasé à l’aide d’un bulldozer, le 24 mai. ‘J’ai commencé cette entreprise en janvier 2007’, dit-il. ‘Ma famille a tout investi dans cette usine. Nous avons pu importé du matériel de qualité avec un permis, et nous avions beaucoup de travail pour les gens ici et des Nations Unies à Gaza. Mais, il y a trois jours, les israéliens sont arrivés avec trois bulldozers, et ils ont tout arraché.’ L’usine employait quarante hommes du pays qui se trouvent maintenant sans gagne-pain. Abou Duggah n’a pas d’idée pourquoi son usine était ciblée : ‘Je n’ai jamais causé de problème, et je n’ai jamais été arrêté. Il n’y avait absolument aucune raison pour qu’ils le fassent – mais maintenant., il ne nous reste rien, sauf de lourdes dettes que nous ne pouvons pas payer.’ »

     

 

 

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