08/12/2014

Trois mois après

Cette semaine des articles d’Haaretz et de Maan News annonçaient le début du déblayage des débris dans le quartier de Shujahiya. C’est grâce au gouvernement suédois que le travail a enfin pu commencer. À Shujahiya, il s’agit de 140'000 tonnes de débris. Dans la bande de Gaza, il y a environ 100'000 structures en ruines, beaucoup d’autres sont partiellement endommagées. La Suède se porte garant pour les 1'500 familles qui ont perdu leurs maisons.

Une initiative originale décrite par le journaliste Mohammed Othman contribue à la reconstruction. Je résume son article ici.

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La ville de Khuzua’a doit attendre son tour. 6 novembre 2014 : Le travail de récupération continue jour et nuit. (photo par Anne Paq / Activestills.org)

 

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06/03/2014

Manque de ciment

En janvier 2014, l’organisation non-gouvernementale israélienne Gisha a averti que la quantité de ciment autorisé à l’importation dans la bande de Gaza était nettement en-dessous des besoins. Cette privation délibérée du secteur de construction gazaouis représente une punition collective en violation du droit international, selon un article du Haaretz qui a interviewé des responsables de la construction à Gaza. Un article en anglais par la journaliste Rasha Abou Jalal pour Al Monitor nous informe de cette situation qui perdure. Je le traduis en le résumant ici.

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Une femme palestinienne noue des sacs de ciment sur un site de construction au nord de la bande de Gaza. 23 mai 2013 (photo REUTERS/Mohammed Salem)

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13/10/2010

Récupération à risque : le dur métier des jeunes

Les attaques sur Gaza en hiver 2008-09 ainsi que la démolition délibérée des structures dans les colonies israéliennes lors du déploiement en 2005 ont laissé d’énormes quantités de détritus. Récupérer ce matériel est devenu la maigre source de revenu des plus pauvres de la bande de Gaza. Beaucoup d’enfants y travaillent et, depuis les trois derniers mois, ils sont les cibles préférées de l’armée israélienne. Defence Children International documente la situation cas par cas depuis le mois de juin. Amira Hass pour Ha’aretz et Harriet Sherwood pour The Guardian la dénoncent tout récemment. Voici l’essentiel de leurs informations. 

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Les ruines de la colonie évacuée d'Elei Sinai où des jeunes gazaouis risquent leur vie pour récupérer du ciment et du gravier (photo Limor Edrey, Ha'aretz)

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30/05/2008

Dix-huit années de travail détruites en moins de quatre heures

Ces jours-ci, les media nous racontent les tragédies des catastrophes naturelles en Birmanie et en Chine. Il est particulièrement douloureux d’apprendre qu’au même moment des hommes orchestrent intentionnellement des tragédies contre d’autres hommes qui n’ont rien à se blâmer. Combien est-ce facile de détruire, combien plus difficile de construire et de nourrir la vie! C’est pourtant le défi le plus noble et l’action le plus satisfaisante que l’on puisse imaginer.

Je vous propose encore une histoire de destruction délibérée, gratuite, illégale, qui sort largement du cahier des charges de cette armée qui se vante régulièrement de ne faire que se défendre. Ceci dans le contexte d’une pénurie grave de nourriture dans la bande de Gaza. L’original se trouve en anglais à : www.pchrgaza.org.

« Dix-huit années de travail détruites en moins de quatre heures

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   ‘Maintenant il ne nous reste rien !’ (photo PCHR)

‘Nasser Jaber a mis 18 ans pour développer sa ferme d’élevage de poules dans le sud de la bande de Gaza. Il y a deux semaines, l’armée israélienne a rasé la ferme à l’aide de bulldozers, tuant 40'000 poules et décimant son entreprise.’

‘Ils sont venus à quatre heures du matin, avec deux bulldozers, et ils sont partis avant huit heures. Mes trois frères et moi, nous sommes les propriétaires de cette ferme. Nous avons travaillé nuit et jour pendant dix-huit ans pour consolider notre entreprise. Les israéliens ont tout détruit en moins de quatre heures.’

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Nasser Jaber (photo PCHR)

 

L’armée israélienne a détruit la ferme de Nasser Jaber par bulldozer tôt le matin du 16 mai, pendant qu’il dormait chez lui à Rafah, au sud de la bande de Gaza.  Il est toujours sous le choc. D’un air las, il nous guide dans les ruines de son entreprise. ‘C’était le travail d’une vie pour moi et mes frères’ dit-il pendant que nous nous frayons un chemin parmi les grabats, des fils, des feuilles de tôle fracassées et des milliers de poules en état de décomposition. ‘Je n’ai jamais fait parti d’aucun groupe politique, et je n’ai jamais fait de prison. Je ne sais pas pourquoi ils l’ont fait.’ Tous les ouvriers qui débarrassent les décombres portent des masques de protection. Il y a quarante mille poules mortes écrasées parmi les ruines, et l’odeur est nauséabonde. 

Lorsque ses ouvriers l’ont réveillé pour lui apprendre qu’on détruisait sa ferme à l’aide de bulldozers, Nasser Jaber n’a pas couru à sa ferme. Il est resté chez lui jusqu’à ce que les israéliens soient enfin partis.  ‘Cela aurait été trop dangereux de s’approcher de la ferme pendant qu’ils démolissaient tout,’ dit-il. ‘Ce n’est pas la première fois que les israéliens sont passés par ici. La frontière (avec Israël) n’est qu’à deux kilomètres et demi, et ils font une incursion dans les parages tous les mois. Ils avaient détruit un de nos murs, et puis, nos réservoirs d’eau. Mais rien en comparaison avec ceci. ‘Une seule partie de la ferme est épargnée: une grange avec 9'000 poules, mais les bêtes sont traumatisées et pondent peu. Avant, la ferme produisait 45'000 œufs par jour ; maintenant, il n’y a plus que 2'000 œufs par jour, et Nasser Jaber craint un retour de l’armée israélienne pour raser ce qui reste de sa ferme. Selon ses calculs, lui et ses frères ont perdu ensemble plus d’un million de dollars.

‘Je suis un paysan tranquille.’, dit-il, ‘mais ils détruisent nos maisons, nos terres – tout.’

Pas loin de la ferme, le responsable des Relations Publiques du PCHR à Khan Younis, Abdel Halim Abu Samra, affirme que l’armée israélienne est en train de systématiquement détruire les terres agricoles de la bande de Gaza, surtout le long des frontières. ‘Nous avons une bonne terre fertile à Gaza, mais les paysans ont été chassés de leur terres dans ces régions près de la frontière par des harcèlements et des attaques comme celle-ci. Aujourd’hui, les terrains sont presque vides avant la frontière, à l’est, parce qu’il est trop dangereux d’y vivre ou d’y travailler.’

Sur la route qui mène au passage de Sufa (un des huit passages entre Gaza et Israël) au nord-est, nous ne rencontrons que peu de monde, parfois un vieux monsieur qui conduit un âne et un chariot. Ces régions rurales à l’est de la bande de Gaza se vident des paysans qui ont travaillé la terre depuis des générations : ils ont trop peur de vivre et de travailler sur leur propres terrains. Les implacables incursions israéliennes sont en train de réduire continuellement les espaces resserrés de la bande de Gaza, qui mesure quarante kilomètres de long et dix kilomètres de large.

Selon la loi international des droits humains, y compris la Quatrième Convention de Genève (articles 33 et 53), toute destruction délibérée de propriété civile est illégale. Depuis le début de la deuxième intifada en septembre 2000, le PCHR a documenté la destruction délibérée de plus que 40'000 dunums de terre agricole dans la bande de Gaza (1 dunum = environ 1'000 mètres carrés). Seulement cette année, les militaires israéliens ont rasé quelques 3'000 dunums de terrains cultivés autour de Khan Younis et Rafah. (dont 500 la semaine dernière). Les actions de l’armée israélienne ont décimé des terrains où poussaient des légumes dans des propriétés familiales, exacerbant ainsi la dévastation économique de la bande de Gaza.                                                          

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l’usine de ciment de Mohammed Abou Daggah (photo PCHR)

A quinze kilomètres de ce qui reste de la ferme de poules de Nasser Jaber, Mohammed Hamdan Abou Duggah reste debout au milieu des ruines de son usine de ciment. L’usine se trouvait à quatre kilomètres du passage de Sufa. L’armée israélienne l’a rasé à l’aide d’un bulldozer, le 24 mai. ‘J’ai commencé cette entreprise en janvier 2007’, dit-il. ‘Ma famille a tout investi dans cette usine. Nous avons pu importé du matériel de qualité avec un permis, et nous avions beaucoup de travail pour les gens ici et des Nations Unies à Gaza. Mais, il y a trois jours, les israéliens sont arrivés avec trois bulldozers, et ils ont tout arraché.’ L’usine employait quarante hommes du pays qui se trouvent maintenant sans gagne-pain. Abou Duggah n’a pas d’idée pourquoi son usine était ciblée : ‘Je n’ai jamais causé de problème, et je n’ai jamais été arrêté. Il n’y avait absolument aucune raison pour qu’ils le fassent – mais maintenant., il ne nous reste rien, sauf de lourdes dettes que nous ne pouvons pas payer.’ »

     

 

 

11:45 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, armée israélienne, destruction, poules, ciment | Lien permanent | Commentaires (46) | |  Facebook | | | |