09/10/2018

Les enfants qui meurent dans l’indifférence du monde

Depuis six mois, des enfants de Gaza meurent avec les adultes parce qu’ils osent espérer une meilleure vie. Ils veulent participer à la Grande Marche du Retour, faire partie d’un mouvement pacifique investi par le Hamas, mais qui a ses origines essentiellement dans le peuple gazaoui, qui n’en peut plus.  Les tireurs d’élite israéliens font leur travail mortel en toute impunité. À ce jour, 45 garçons et filles de moins de 18 ans sont morts, soit sous des tirs à balles réelles, soit par l’impact d’une cannette de gaz lacrymogène. Comme le signale le rapport de Defense Children International, cela revient à tuer 44 enfants en l’espace de 40 semaines. Nous parlons d’enfants qui ne représentaient aucun danger pour qui que ce soit.

 

enfants, Gaza, Grande Marche du Retour, mouvement pacifique, Hamas, tireurs d'élite israéliens, impunité, tirs, balles réelles, gaz lacrymogène, Defense Children International, Fares Hafez al-Sersawi, Nasser Musbeh, manifestations, frontière, indifférence du monde

Une jeune fille de la famille de Mahmoud Abou Taima, tué avec 57 autres dans la Grande Marche du Retour le 14 mai, pleure sa perte. (Haaretz)

Lire la suite

29/08/2018

Pourquoi les affaires ne marchent pas ?

Un article récent en anglais dans le journal israélien Haaretz offre un aperçu rare et complet du cauchemar des commerçants des deux côtés de la frontière entre Israël et la bande de Gaza. L’article montre comment des difficultés inouïes liées aux échanges commerciaux ne sont pas inéluctables mais qu’ils sont soumis aux péripéties de la politique, sans aucune considération de la vie ordinaire souhaitée et souhaitable par et pour tous. Je propose de traduire l’article en quatre parties, vu sa longueur. C’est le titre de l’article qui m’a attiré tout d’abord, puisqu’il concerne une jeune entrepreneuse qui a figuré dans un blog précédant .

Haaretz, frontière, Gaza. bande de Gaza, Israël, Kerem Shalom, l'életricité, fermature, ouverture, blocus, énergie solaire, Sunbox, marchandise

Le passage commercial principal de Kerem Shalom, fermé en juillet 2018

Lire la suite

26/08/2018

La nécessité est la mère de l’invention

L’existence d’un pêcheur à Gaza est des plus précaires. Le 14 août, les autorités israéliennes ont annoncé que la pêche serait autorisée jusqu’à 9 miles nautiques dans la Méditerranée le long des côtes de Gaza au lieu des 6 miles imposées également de façon arbitraire. Pourtant, deux jours plus tard, la marine israélienne a poursuivi deux bateaux de pêcheurs palestiniens à une distance de 1 mile de la côte ! Après avoir tiré sur les bateaux, les soldats ont ordonné aux 5 pêcheurs entre 58 et 35 ans d’enlever leurs habits, de sauter dans la mer et de nager jusqu’au bateau militaire, où ils les ont arrêtés. Les deux bateaux ont été confisqués.

Cela servira-t-il d’avertissement à Mouath Abou Zeid, qui s’est lancé récemment dans la profession périlleuse de pêcheur ? Se trouvant au chômage, Abou Zeid s’est inventé un petit bateau de pêche original à partir de 700 bouteilles en plastique vides. Un article dans le Times of Israël décrit comment il a répondu à l’appel de la mer. Je le traduis ici en espérant la clémence des canonnières

 

Gaza, pêche, Méditerrannée. bateaux, pêcheurs palestiniens, chômage, bouteilles en plastique, mer, Rafah, bande de Gaza, poissons, travail, YouTube, frontière

Le bateau-bouteilles, avec Abou Zeid et collègues à bord, navigue dans la mer de Rafah, au sud de la bande de Gaza, 14 août 2018 (AFP PHOTO / SAIF KHATIB)

Lire la suite

25/07/2018

Le Quatorze Juillet à Gaza

A Genève, c’était la Belgique contre l’Angleterre. Le temps n’était pas meilleur pour la fête du quatorze juillet. Le long de la frontière avec Gaza, le soldat israélien Aviv Levi, 21 ans, fut abattu par des tirs. C’était la première issue fatale israélienne. (Depuis le 31 mars, on compte 142 morts et plus de 16'000 blessés Palestiniens.) En représailles, l’armée israélienne a bombardé une soixantaine d’immeubles liés, selon elle, au Hamas. Un de ces immeubles à la place Katiba, un parc dans la ville de Gaza, était vide – presque.

Deux amis inséparables de 15 et 16 ans qui se trouvaient sur le toit de l’immeuble abandonné ont rejoint le sergent Levi dans l’au-delà. Quel gâchis ! Selon le dictionnaire online, Aviv veut dire « printemps » ou « jeune ». Amir veut dire « prince », Luay, « perle ». Les trois familles et beaucoup de jeunes amis sont en grand deuil.

Un écrivain palestinien de 23 ans raconte en anglais le contexte de la courte vie d’Amir et Luay. Je traduis ces propos ici. Il faudrait qu’un ami d’Aviv prenne la plume également. La mort de ces jeunes pèse. Lourdement. La plupart des morts gazaouis de la Grande Marche du Retour sont des hommes, dont la plupart ont le même âge que les soldats qui tirent sur eux. Que les armes cessent de parler à la place des gens !

quatorze, Gaza, frontière, soldat israélien, morts, blessés, armée israélienne, Katiba, Grande Marche du Retour, avions israéliens, chaleur, Mondial, bombardements , plage, polllution, électricité

Un ami d’Amir et Luay endeuillé à Gaza (Al Jazeera)

 

Lire la suite

06/07/2018

Une affaire de famille

C’est une famille de femmes dont il s’agit. Et encore, des femmes palestiniennes et israéliennes, juives et arabes, qui se sont unies en faisant parler leurs corps et leurs voix le 3 juillet 2018. L’histoire est d’abord parue sur Al Monitor : « Des milliers de femmes palestiniennes se rassemblent le long de la frontière entre Israël et la bande de Gaza ». Ensuite, le 4 juillet, Meron Rapoport dans + 972 mag : « Des femmes palestiniennes organisent la toute dernière marche le long de la frontière entre Israël et la bande de Gaza ». Puis, on en trouve la trace dans le journal israélien Haaretz : « Des femmes israéliennes se rassemblent de l’autre côté de la frontière en solidarité avec la marche des femmes de Gaza ». Le 3 juillet, pour la première fois depuis le début de la Grande Marche du Retour le 31 mars, les femmes de Gaza ont organisé une marche le long de la frontière avec Israël, en s’approchant jusqu’à 50 mètres de la barrière. L’armée israélienne a utilisé des cannettes des bombes lacrymogène et des grenades de fumée pour les disperser. Selon le Ministre de Santé à Gaza, les services médicaux ont dû prendre en charge 124 personnes, dont 17 blessées par balle. Pendant la marche, les activistes israéliennes ont communiqué avec leurs sœurs palestiniennes. Elles refusent les barrières matérielles, linguistiques et politiques. Leur histoire est publiée en anglais. Je résume ici leurs propos en français.

femmes, palestiniennes, israéliennes, frontière, Israël, bande de Gaza, solidarité, Grande Marche du Retour, gaz lacrymogène, Ghadir Hani, Standing Together, Other Voice, Julia haiti, voisines, non-violence, manifestantes, soldats

Manifestantes palestiniennes le long de la frontière le 3 juillet 2018 (Mohammad Za-‘anoun / Activestills.org) (Za-‘anoun a été blessé à une distance de 600 mètres de la barrière.)

Lire la suite

15/06/2018

Dans les coulisses

Mohammed Arafat ne se laisse rattraper facilement sur le site We Are Not Numbers (WANN) – on peut choisir entre trois différents articles rédigés en une semaine !  La maîtrise de l’anglais de ce diplômé de l’Université Islamique de Gaza est vaste et sensible. En cliquant sur son blog https://moharafat.wordpress.com/, on découvre une quantité dense d’articles et de poèmes écrits depuis mai 2016. Arafat publie sur bien d’autres sites. Son choix de publier sur WANN est important : il a 25 ans, son écriture est un exemple parmi d’autres articles par ses collègues. Ces jeunes Palestiniens offrent un aperçu frais sur la situation dans la bande de Gaza ce jour d’Eid 2018. Je traduis un des derniers écrits d’Arafat. Il nous dévoile l’essentiel de la pauvreté grimpante dans la bande de Gaza à travers des rencontres personnelles. C’est le contexte dans lequel la Grande Marche de Retour continue envers et contre tout.

We Are Not Numbers, bande de Gaza, pauvreté, Grande Marche de Retour, frontière, Israël, dangers, manifestation, manifestants, morts, blessés, tireurs d'élite israéliens, fumée, vendeurs ambulants, Autorité palestinienne, salaires, chômage, travail, études, soldats, gaz lacrymogène

Un garçon sur les lieux de la Grande Marche ramasse des déchets de recyclage à revendre (photo de Mohammed Arafat)

Lire la suite

10/06/2018

Des voix depuis l’autre côté

Des voix des activistes israéliens se sont levées le jeudi 7 juin avec une action le long de la frontière entre Israël et la bande de Gaza. Les éditeurs du site Mondoweiss ont reçu une communication du groupe « RETURN » (RETOUR). Leur communiqué de presse était en anglais. Je livre sa traduction en français ici.

activistes, Juifs, Israéliens, frontière, Israël, bande de Gaza, RETURN, barrière, Grande Marche de Retour, martyrs, tuerie extrajudiciaire, journalistes, personnel médical, maifestants non-armés, solidarité internationale, forces militaires israéliennes, tireur de l'élite, Razan Al Najjar, réfugiés, justice, impunité israélienne, manifestants

Des activistes juifs israéliens du groupe « RETURN » ont suspendu des portraits des défunts de la Grande Marche de Retour sur la barrière qui sépare Israël de la bande de Gaza.

Lire la suite

24/05/2018

Assumer sa responsabilité

Moria Shlomat est actuellement avocate pour Ayelet Brachfeld, jeune israélienne qui refuse le service militaire, ou refusnik, comme les jeunes qui refusent le service militaire s’appellent en Israël. Ayelet a déclaré que la « tuerie insensée » le long de la frontière entre Israël et la bande de Gaza, a renforcé sa détermination de refuser de servir dans l’armée. Déjà en 2002, l’organisation des refusniks Yesh Gvul (en hébreu : « Il y a une limite ») a publié des annonces dans le journal israélien Haaretz intitulée « L’occupation : une malédiction des deux peuples.» Les évènements récents le long de la frontière entre Israël et la bande de Gaza met la position de la jeune Ayelet Brachfeld dans une perspective tout particulière. Je traduis ici les propos de son avocate, Moria Shlomot, publiés cette semaine dans le journal Haaretz.

responsabilité, Ayelet Brachfeld, Israélienne, service militaire, refusnik, frontière, Israël, bande de Gaza, l'occupation, l'armée, objecteurs de conscience, manifestants palestiniens, avocat, civils, l'obéissance, jeunes, ordres, tuerie, droits humains,

Ayelet Brachfeld a déjà passé plus de 70 jours incarcérée dans une prison militaire pour son refus de servir dans l’armée. (photo: https://www.wri-irg.org/)

Lire la suite

23/04/2018

Filmer, c’est risquer sa vie

L’armée israélienne poursuit son opération meurtrière contre les milliers de citoyens de Gaza qui manifestent paisiblement depuis trois semaines le long de la frontière avec Israël. Parmi les militaires, cent tireurs d’élites tuent et mutilent avec des balles réelles et des balles qui explosent à l’intérieur du corps, sans qu’un seul soldat souffre d’une égratignure. Les journalistes chevronnés et amateurs qui s’aventurent sur la frontière, qui osent montrer la monstruosité de la situation, eux, risquent tout. Filmer, c’est montrer les gens dans les camps de fortune le long de la frontière, qui piqueniquent, qui dansent la danse traditionnel du dabké, qui jouent au ballon, qui racontent des histoires de leurs anciennes terres et villages … La plupart des résidents de Gaza sont des réfugiés de 1948 et 1967, beaucoup peuvent voir leur lieu d’origine depuis l’intérieur de la bande de Gaza où ils sont confinés. La fermeture quasi-totale des frontières avec l’Egypte et avec Israël depuis onze années étouffe les presque deux millions de résidents dans un espace équivalent à celle du canton de Genève.

Filmer, c’est aussi montrer comment on tire sur des innocents qui ne menacent en rien la sécurité de l’Etat d’Israël, comme Yousef, sur qui un soldat a tiré pas une, mais deux fois, dans les deux jambes. Il portait une veste avec « PRESS » écrit dessus, comme neuf autres journalistes blessés le 30 mars. Son collègue Yasser Murtaja, qui a travaillé avec Ai Wei Wei pour son film Human Flow, actuellement aux salles de cinéma à Genève, est mort de ses blessures. Yousef a parlé avec Karama Fadel avant d’être évacué à Ramallah, où on espère sauver sa deuxième jambe. Je traduis ici l’article de cette dernière originalement en anglais.

Yousif.png

Yousef chez lui dans le camp de réfugiés d’Al Burej, au centre de la bande de Gaza, 15 avril 2018 (photo par Abeer Abu al-Naja)

Lire la suite

05/04/2018

Non-violence : de la résistance efficace ?

Quand des milliers de personnes de tout âge, femmes et hommes, à Gaza, décident d’une « Longue Marche » pacifique le long de leur frontière avec Israël, c’est une question d’envie populaire qui dépasse complètement n’importe organisation. C’est la population civile qui anime les villages de tentes et les manifestations, les danses et les chants, ce vendredi 30 mars. Elle appelle à manifester pour pouvoir rester sur la terre, à résister à toutes les entraves de l’occupation israélienne et le blocus infligée sur la bande de Gaza depuis 11 ans.

Ce projet de non-violence est mis à rude épreuve juste au début des manifestations : l’armée israélienne a tiré sur un agriculteur sur ses terres trop près de la frontière à son goût. Il meurt. La marche pacifique s’est agitée par quelques jets de pierres et de cocktails Molotov lancés par une petite minorité. Mais les gens se sont rassemblés pour marcher pacifiquement. Ils avancent, forts de n’avoir rien à perdre. Pas une seule personne n’a transgressé la frontière interdite mais les snipers israéliens ont tiré – beaucoup de balles réelles - dans les têtes, dans la poitrine, dans le ventre, dans les jambes. Des individus sans aucune arme meurent : dix-huit à ce jour, 1'400 blessés – les blessures béantes des balles explosives posent problème aux médecins. (À lire, l’article de Piotr Smolar dans Le Monde du 4 avril : « Retour sur une répression meurtrière à Gaza.»)

            Quel est le sens de cette confrontation ? Pourquoi cette envie de marcher pacifiquement, s’exposant ainsi à des risques sous le gaz lacrymogène et les tirs pour mettre en lumière une situation que le monde a choisi d’ignorer ? Un article en anglais dans le journal israélien Haaretz répond à la question. J’en restitue l’essentiel ici en français.

non-violence, Gaza, Longue Marche, frontière, Israël, bande de Gaza, blocus, occupation, terre, civils, marcher, snipers, balles réelles, risques, tirs, Journée de la Terre, réfugiés, asymétrie, morts, blessés, Hamas, armée israélienne

Manifestants palestiniens à l’est de Khan Younis, 31 mars, 2018 (SAID KHATIB / AFP)

Lire la suite