20/07/2014

L’enfer des médecins

Dr Mads Gilbert et son collègue Erik Fosse sont aux côtés des médecins palestiniens à l’hôpital de Shifa. Ils y étaient également pendant l’Opération Plomb Durci en 2008-09. Leurs témoignages apparaissent sur You Tube, les blogs d’Electronic Intifada et les nouvelles de la chaine anglaise d’Al Jazeera. Les médecins de l’hôpital Shifa, l’équivalent de notre HUG dans la ville de Gaza, travaillent dans des conditions exténuantes. Hier soir, trois médecins ont appris que leurs maisons ont été détruites par des missiles. Ils ont continué leur travail.

Dr Gilbert a envoyé un témoignage la nuit du 19 juillet 2014 à Mondoweiss. Nous savons maintenant que la nuit du 20 juillet était mille fois pire. Je vous traduis le témoignage du Dr Mads. Il écrit en anglais. Avec amour.

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Un garçon s’agrippe à un travailleur médical (Ezz al-Zanoun / APA images)

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09/01/2009

Violations du droit international humanitaire par l’Etat d’Israël

L’organisation israélienne B’Tselem, fondée en 1989 par des avocats, des professeurs, des journalistes et des membres de la Knesset, a comme but de « documenter et éduquer le public et les responsables de la politique en Israël sur les droits humains dans les Territoires Occupés, lutter contre le phénomène de dénégation répandu dans le public israélien et aider à créer une culture des droits humains en Israël. » L’original du rapport qui suit est le dernier en date, plusieurs autres peuvent être consultés sur le site : http://www.btselem.org/English/

« Témoignage : famille de Gaza massacrée ; survivants détenus

B’Tselem, 8 janvier 2009

Meysa Fawzi al-Samuni a 19 ans, elle est femme au foyer, son bébé a neuf mois, elle habite dans la ville de Gaza. Elle a donné le témoignage suivant à Iyad Haddad de B’Tselem par téléphone le 7 janvier 2009 :

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 Meysa al-Samuni et sa petite fille à l'hôpital al-Shifa, 8 janvier 2009 (photo Muhammad Sabah, B'Tselem)

‘Dimanche [4 janvier] autour de 9 heures du matin, des soldats sont venus à la maison de mon beau-père, Rashed al-Samuni. La maison se trouve à côté d’une entreprise de manufacture de ciment. Nous étions 14 dans la maison, tous de la famille al-Samuni : mon mari Tawfiq (21 ans) et moi, Jumana notre bébé, mon beau-père Rashed (41 ans), ma belle-maman Rabab (38 ans), les frères et sœurs de mon mari – Musa (19 ans), Walid (17 ans), Halmi (14 ans), Zeineb (12 ans), Muhammad (11 ans), Shaban (9 ans), Issa (7 ans), Islam (5 ans) et Isra (2 ans).

Les soldats sont arrivés à pied. Ils ont frappé à la porte. Nous avons ouvert, puis, en nous menaçant avec des armes, ils nous ont forcé à sortir de notre maison. Ils portaient des gilets pare-balles et étaient armés de mitrailleuses. Leurs visages étaient peints en noir. Nous avons quitté la maison. Walid a couru par une autre porte, mais les soldats l’ont rattrapé.

Les soldats nous ont fait marcher jusqu’à la maison du frère de mon beau-père, Talal Halmi al-Samuni (50 ans), à une distance d’environ 20 mètres. Il y avait déjà à peu près 20 personnes dans la maison ; en tout, nous étions 35. Les soldats nous ont quitté, manifestement pour fouiller la maison de mon beau-père.

Environ une heure plus tard, les soldats sont revenus et nous ont ordonné d’aller avec eux à la maison de Wail al-Samuni (40 ans). Sa maison est une sorte d’entrepôt en béton d’environ 200 mètres carrés. Elle se trouve à environ 20 mètres de la maison de Talal, où nous étions. Nous y sommes arrivés à 11h. Là, nous avons trouvé 35 personnes, à ce moment, nous étions en tout 70 personnes. Nous y sommes restés jusqu’au matin suivant sans rien à manger ni à boire.

Autour de 6h du matin [lundi 5 janvier], c’était calme dans la région. Un des hommes de la famille, Adnan al-Samuni (20 ans) a dit qu’il voulait aller chercher son oncle et sa famille pour qu’ils puissent être avec nous autres. Mon beau-papa, son neveu, Salah Talal al-Samuni (30 ans) et son cousin Muhammad Ibrahim al-Samuni  (27 ans), était debout à la porte d’entrée de la maison. Ils avaient l’intention de partir ensemble à la recherche de cette famille. Le moment même où ils ont quitté la maison, un missile ou un obus s’est abattu sur eux. Muhammad était tué sur le champs; les autres étaient blessés par les éclats. Mon mari s’est approché d’eux pour leur porter de l’aide, et puis un missile ou un obus a frappé le toit de l’entrepôt. D’après l’intensité de la frappe, je pense que c’était le missile d’un F-16.  Au moment de la frappe du missile, je me suis couchée sur notre fille. Tout était fumée et poussière, et j’ai entendu des hurlements et des gens qui pleuraient. Après que la fumée et la poussière se soient quelque peu dissipées, j’ai regardé autour de moi. J’ai vu entre 20 et 30 morts et environ 20 blessés. Il y avait des gens gravement blessés et d’autres légèrement blessés.

Ceux qui gisaient morts, autour de moi, étaient mon mari, qui a été frappé dans le dos, mon beau-père, qui avait subi une frappe à la tête – sa cervelle était à terre – ma belle-maman Rabab, Talal le frère de mon beau-père et sa femme Rhama Muhammad al-Samuni (4 ans), la femme du fils de Talal, Maha Muhammad al-Samuni (19 ans) et son fils Muhammad Hamli al-Samuni (5 mois) dont tout le cerveau avait été éjecté à côté de son corps, Razqa Muhammad al-Samuni (50 ans), Hanan Khamis al-Samuni (30 ans) et Hamdi Majid al-Samani (22 ans).

Le frère de mon mari Musa et moi étions légèrement blessés. Musa avait une blessure à l’épaule et ma main gauche était blessée. Ma fille était touchée à la main gauche. Son pouce, son index et son doigt du milieu ont été arrachés. J’ai pris un mouchoir et j’ai emballé sa main pour arrêter le saignement.  Les blessés qui gisaient parterre criaient à l’aide sans pouvoir bouger. Les petits enfants et la grand-mère de mon mari, Shifaa al-Samuni (70 ans) pleuraient.

Environ 15 minutes après la deuxième frappe, Musa a dit que c’était une idée de se sauver dans la maison de son oncle, Assad al-Samuni, à une distance d’environ 20 mètres. Nous y avons couru et frappé au portail, mais personne n’a répondu.  Musa a sauté par-dessus le portail, l’a ouvert et nous y sommes entrés. Nous, c’était moi, ma fille, Musa et ses petites sœurs Islam (5 ans) et Isra (2 ans).  Il y avait entre 40 et 50 soldats dans la maison et environ 30 personnes rassemblées dans une des chambres, dont entre 7 et 10 hommes. Les hommes avaient les yeux bandés.

Un des soldats s’est approché de moi et a soigné ma fille et moi. Il a pansé nos mains et vérifié nos pouls. Puis, les soldats ont ligoté Musa et lui ont bandé les yeux.

Les soldats nous ont dit qu’ils allaient nous relâcher et laisser seulement Musa et l’oncle Emad au cas où le Hamas viendrait. J’ai compris qu’ils avaient l’intention de les utiliser comme « boucliers humains ». Ils nous ont ordonné de quitter la maison et nous ont fait marcher le long de la rue 400 – 500 mètres jusqu’à ce que nous trouvions une ambulance qui emmène ma fille et moi à l’hôpital al-Shifa. Les autres membres de ma famille ont continué à marcher dans la rue. Plus tard, quelques-uns parmi eux sont aussi arrivés à l’hôpital.

Autant que je sache, les morts et les blessés sont toujours sous les décombres. Je n’en ai vu aucun parmi les gens emmenés à l’hôpital. »

(voir aussi http://electronicintifada.net/v2/article10144.shtml )

29/12/2008

Gaza en direct depuis la Belgique

Marianne Blume a vécu dix ans à Gaza en y enseignant le français. De cette expérience est né son livre Gaza dans mes yeux (2006). Cette amie belge vient de m’envoyer la lettre suivante qu’elle a reçu d’une ancienne étudiante. Le Centre Culturel Français de Gaza est renommé pour la qualité  de ses cours de français – j’y ai rencontré des francophones parfaitement bilingues qui ont appris le français au Centre. Le Centre est un havre culturelle et artistique précieux avec un programme qui comprend des expositions, des films, des discussions et des colloques chaque semaine.

« Qu'est ce que vous attendez ?


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Marianne

Chers amis,
C'est le deuxième jour du massacre qu'Israël lance à Gaza. je vous assure que chacun à Gaza attend le moment de sa mort, comme personne ne sait pas s'il va mourir ou rester encore vivant..
Hier, le samedi 27/12/2008, à 11h30 du matin, j'étais chez moi avec mon petit frère et ma petite soeur qui étaient en train de se préparer pour aller chacun à son école, j'arrive pas à oublier ces bruits de bombardement très fort, pour moi, ça fait 2 ans je n'ai pas entendu ces bruits, ça fait peur, c'est horrible
mon frère et ma soeur ont commencé à pleurer surtout quand nous avons vu la fumée des sites bombardés très près de chez nous et plein d'hélicoptères et de F16 dans le ciel. Maman était au marché, papa était chez ma grand-mère malade, et mes autres frères étaient chacun dans son travail ou université.. j'ai essayé d'appeler ma mère, mon père, et mes frères, mais il n'y avait pas de réseau.. il y avait tout le temps un problème de connexion..Tout ça et notre voisine ne s'arrête pas de crier car son fils aîné est allé à son collège, qui est près des bombardements, un quart d'heure avant ces événements!! C'est terrible de vivre ces moments surtout qu'on n'a pas d'électricité pour savoir ce qui se passe autour de nous.. Dans 2 heures, toute ma famille s'est regroupée dans la maison, on était, tous, inquiets.
on pensait à tout le monde, et à nous-mêmes..
Vous n'avez pas vu les oiseaux quand il se sont fuis, c'est triste.. même notre chat avait peur. Quand on s'est regroupé chez nous, chacun a commencé de raconter les histoires tristes:
- mon cousin qui a 12 ans était au collège juste à coté d'un site bombardé, il a vu, comme tous ses collègues, le sang des martyrs et des blessés, il a eu peur, et dès qu'il entend les bruits des avions, il se cache en pleurant et criant.. mon oncle nous a appelé à 2h du matin pour demander à mon père quoi faire pour cet enfant qui n'arrive pas à dormir.
- Un jeune à 22 ans était dans un des sites bombardés. Tous ses amis ont étaient tués, ainsi que son chef, il a crié et a frappé ses joues de voir ces images.. et encore beaucoup d'histoires...
la nuit dernière a passé si lourdement et si lentement, personne n'a pas pu dormir..
En écrivant ce mail en ce moment, je ne veux pas dire que la situation est plus calme, au contraire, il est pire, le ciel est plein de F16 et d'hélicoptères..
l'armée israélienne n'a pas arrêté de bombarder partout à chaque moment. Je vous écris mnt, car je ne sais pas si j'aurai l'occasion de le faire après!!
je sais très bien que les médias accuse le Hamas et le considère comme le premier coupable de tous ce qui se passe, mais est-ce que le Fatah qui demande toujours la paix a changé la situation en Cisjordanie? les israéliens continuent à construire le mur et les check points et arrêter les palestiniens au nom de la sécurité!!!!!!!  Le Hamas n'a pas envahi en Israël pour qu'Israël se permet de le faire à Gaza, les gens de Hamas sont bloqués comme tous les palestiniens de Gaza
je viens de recevoir un appel sur mon portable, que tout le monde reçoit, qui menace de bombarder toutes les maisons où il y a des armes!!
 
Chers amis,
 
Israël bombarde agressivement toute la bande de Gaza, du Nord au sud, tout le temps...... Le résultat: 285 Martyrs et 1000 blessés dans 24 heures
                le dimanche à 19h: plus que 300 martyrs, et le bombardement continue
qu'est ce que vous attendez?
merci à toutes et à tous
Une Palestinienne qui a eu l'espoir de voir la fin du blocus de Gaza, mais elle s'est réveillée en voyant ces jours pleins de sang!!!!!!!!

[= quelqu’un qui aime la Palestine]
عاشقة فلسطين  
SaLmA aHmEd
professeur de français
Centre Culturel Français de Gaza
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22:41 Publié dans Connaissance du Monde | Tags : gaza, massacre, bombardement, mourir, vivant, peur | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | | | |