Considérations écologiques (27/12/2021)

Pour recycler à Genève, on a l’embarras du choix - papier, carton, verre, bouteilles en plastiques, métal : tout part dans des centres de recyclage situés à une distance raisonnable de chez soi. Quant aux produits nocifs, de grands appareils périmés ou tout autre objet encombrant, on n’a qu’à trouver un moyen de les transporter à l’ESREC, ou l’Espace de récupération cantonale de la Praille. Or, dans la bande de Gaza, il n’y a rien de tout cela. La Praille : un rêve pour les habitants gazaouis, qui n’ont aucune possibilité de faire du recyclage. Comment faire pour assainir l’environnement ? C’est un problème pressant dont parle un article en anglais publié récemment par l’Associated Press. J’en restitue l’essentiel ici en français.

Des vieillies batteries à Gaza menacent la santé et l’environnement

par Fares Akram, The Associated Pres, 22 décembre 2021

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Entrepôt à Jabalia, au nord de la bande de Gaza, mi-décembre 2021 (Adel Hara)

Presque tous les ménages à Gaza dépendent des accumulateurs électriques qui, depuis des années, parent aux coupures de courant chroniques. Ces batteries font fonctionner tout – lumières, routeurs Internet, panneaux solaires – et ont mitigé la crise permanente en électricité. Mais leur utilisation soulève un autre problème : d’énormes quantités de batteries vieilles ou périmées s’accumulent dans des endroits où il n’y a aucune manière d’en disposer sans un risque pour la santé publique.

« Il y a un danger réel que ces batteries soient ramassées et stockées en pleine air sans surveillance, » dit Mohammed Musleh de l’Autorité de l’environnement gazaouie. Là, elles risquaient « de se casser et suinter de liquide qui contient de l’acide sulfurique dans le sol et jusqu’à l’aquifère. » L’Autorité évalue à 25’000 tonnes la quantité de vielles batteries stockées dans plusieurs endroits dans ce petit territoire surpeuplé [presque la surface du canton de Genève ndlt]. Il n’y a aucune facilité de recyclage à Gaza et le blocus punitif imposé par Israël et l’Egypte empêche l’exportation des batteries à l’étranger pour les faire traiter.

Selon l’Agence américain de la protection de l’environnement, des batteries usées posent un nombre de risques pour la santé publique et l’environnement. Des types différents de batteries contiennent des métaux potentiellement nocifs comme le mercure, le plomb et le cadmium, tandis que d’autres peuvent prendre feu. De telles risques sont particulièrement hautes à Gaza, où le système de santé est ravagé par des années de conflit et un manque de fonds et où l’environnement est déjà dans une situation plus que délicate. Presque toute l’eau n’est plus potable à cause de son haut teneur en sel suite à la surexploitation des eaux aquifères.

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Vieilles batteries à Jabalia en attente d’exportation , 29 novembre 2021 (Ashraf Amra / APA images)

L’Etat d’Israël a bombardé l’unique centrale électrique de la bande de Gaza en 2006, et, avec l’Egypte, imposé un blocus l’année suivante après que le groupe militant du Hamas a saisi le pouvoir des forces rivales palestiniennes. Le résultat : pas de l’électricité pendant huit heures par jour au minimum, puis des coupures de courant plus longues, qui peuvent durer plusieurs jours, pendant des orages en hiver ou des attaques. Des batteries sont donc devenues une partie intégrale de la vie quotidienne pour les 2 millions résidents à la bande de Gaza.

La municipalité de la ville de Gaza a un service qui s’occupe des déchets dangereux. Le service a la responsabilité d’éliminer les vieilles batteries mais le responsable, Ahmed Abou Abdou, dit qu’il n’en reçoit que peu : une petite industrie privée a vu la naissance. Tous les jours, des individus dans des voitures ou des chariots tirés par des ânes vaguent dans les rues de Gaza, appelant dans des haut-parleurs, à la recherche de vieilles batteries dans des haut-parleurs. Selon la taille, un vieil accumulateur peut valoir autant que 2$.

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Des transports à l’âne sont bien plus économique qu’une voiture, octobre 2016, bulletin d’OCHA, 11 novembre 2016

Khaled Ayyad est parmi les dizaines de commerçants qui achètent des vieilles batteries. Depuis huit ans, il les a ramassé et stocké dans un entrepôt dans le nord de la bande de Gaza. Il vise à les exporter pour un profit considérable. « Vu que les Israéliens permettent l’importation, il va de soi qu’ils doivent autoriser l’exportation, » dit-il. « Nous pouvons les vendre à des usines en Israël, en Europe et partout dans le monde. » Pour le moment pourtant, il est interdit d’exporter des batteries, et Ayyad se trouve devant un dilemme : il a accumulé environ 500 tonnes dans son entrepôt. Il ne peut ni les revendre, ni les exporter ni les jeter dans la nature et il doit payer des impôts pour les stocker. Il demande alors aux responsables du Hamas de négocier l’exportation des batteries en Egypte. Il existe un précédent. Le Hamas et l’Egypte ont négocié des arrangements commerciaux ces dernières années pour un passage à Rafah au sud de la bande de Gaza. Des livraisons de matériaux de construction, du carburant et du tabac passent à Gaza depuis l’Egypte et de la ferraille a aussi été exporté en Egypte.

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Ouvrier au milieu des batteries et autres déchets dans un entrepôt à Jabalia, mi-décembre 2021 (Adel Hana / AP)

Le sol de l’entrepôt d’Ayyad est en béton, mais la plupart des autres endroits où les vieilles batteries sont entassées sont à l‘extérieur, ce qui présente des dangers écologiques. Un neurologue de Gaza qui a mené des recherches en 2013 a trouvé que les enfants des personnes venant en contact fréquent avec des batteries mises au rebut montraient des signes d’empoisonnement dû au plomb. Le Hamas interdit l’importations de batteries d’occasion depuis 2017. En 2018, le Centre al Mezan pour les droits humains a publié un rapport concernant le danger « très important » posé par les batteries. Selon leur porte-parole Hussein Hammad, « Il existe un problème : les batteries ont commencé à menacer les droits humains, notamment le droit à la santé, le droit à un environnement sain et le droit à la vie. »

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