« La beauté est dans l’œil de celui qui regarde »

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Étudiante en première année de l’université, à 18 ans, Zeinab Wael Basheer aspire à écrire pour faire entendre la voix de la Palestine partout dans le monde. Grâce au site pour jeunes écrivains We Are Not Numbers (Nous ne sommes pas des numéros), elle a publié son premier article, que je livre en français ici.

« La beauté insolite de la ville de Gaza 

par Zeinab Wael Basheer, We Are Not Numbers, 22 décembre 2020

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Femme écrit sur le sable à la plage de la ville de Gaza, 31 décembre 2020, le jour avant le confinement dû à l’augmentation des cas du COV-19 (Mamoud Ajjour / APA)

« Un beau matin, j’ai sauté dans un taxi collectif qui allait me conduire à l’université. Tout d’un coup, je me suis rendue compte que j’avais oublié mes écouteurs à la maison, ce qui me contraignait à écouter la conversation entre le conducteur et la passagère plus âgée assise à côté de lui.

La dame a indiqué une vieille maison sur notre trajet : « Regardez, mon fils, » dit-elle au chauffeur, « Comme elle est belle, cette maison. Je vous parie qu’elle est plus ancienne que la création de l’Etat d’Israël. » Le conducteur lui a jeté un regard en souriant : « La beauté est dans l’œil de celui qui regarde, ma tante, » dit-il. « Je crois qu’il n’y a rien vraiment de beau ici à Gaza. »

Cette remarque m’a fait froncer les sourcils. J’y ai réfléchi pendant les deux premières heures de cours. Le conducteur, avait-il raison ? Existe-t-il des concepts standards pour la beauté qui font que Gaza en est disqualifiée ? Pourquoi est-ce que nous attribuons toujours la beauté d’un endroit à des immeubles élégantes ou à un paysage de splendeurs naturelles ?

En fait, le vieux cliché que « La beauté est dans l’œil de celui qui regarde » veut dire qu’il existe maintes définitions de ce qu’est, la beauté. Cela revient à dire que c’est l’observateur qui établit les critères de la beauté. Si c’est bien ça le cas, pourquoi l’homme ne pouvait-il pas voir que Gaza est précieux et unique en dépit de nos souffrances ?

Gaza ne ressemble pas à la plupart des endroits, alors sa beauté est différente. Sous un siège depuis 2006, nous avons survécu à trois agressions qui ont détruit une bonne partie de notre infrastructure. Nous avons vu nos plages tâchées de sang. Mais nous nous sommes nés à nouveau des cendres, et ceci a une beauté qui lui est propre.

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photo journal Dunia al Watan (Le monde du pays)

Je vois la beauté des enfants qui jouent sur le détritus des maisons, montrant au monde que nous n’allons pas renoncer à vivre – que « We Teach Life, Sir. »  Je vois la beauté de la course joyeuse pour connecter tous les appareils quand il y a enfin de l’électricité et toutes les lumières se mettent à briller. Je vois la beauté des générations multiples d’une famille, tous autour d’une table pour un repas à la lueur d’une bougie qui illumine leurs sourires lorsqu’il n’y a pas de l’électricité. Je vois de la beauté quand les gens au volant ralentissent leur véhicule pour acheter un paquet de mouchoirs en papier d’un petit garçon dans la rue qui devient tout sourire. Et je vois la beauté du soleil qui couche sur la mer – notre bijou qui ne change pas malgré la pire des tragédies dont il a été témoin.

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coucher du soleil à Gaza 10 janvier 2017 Middle East Monitor

J’aime surtout les librairies de Gaza. Chez la librairie Samir

Mansour, on trouve des centaines de livres sur des étagères qui finissent au plafond – un beau spectacle pout tout amateur de livres. En ouvrant la porte et en inspirant un premier souffle, on se sent nettement mieux même avant d’avoir mis pied à l’intérieur du magasin. Les vendeurs serviables aident dans la recherche la plus exigeante des ouvrages. On s’y sent chez soi avec eux. Les étagères sont larges et les espaces entre elles sont étroits. Partout où l’on regarde, il y a des noms familiers. À chaque visite, j’ai envie de tout acheter et de commencer à lire sur place. Cependant, un petit contrôle de mon porte-monnaie me ramène à décider pour seulement un ou deux, mais je continue à flâner afin de découvrir autant de nouveautés que possible.

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Librairie Samir Mansour

C’est pour pouvoir faire pareil que j’ai une autre librairie de prédilection – La Librairie al-Yazji. Ils ont beaucoup de coins confortables où on est le bienvenu à s’installer pendant des heures. Toutes ces connaissances rangées dans les étagères – on peut presque les humer !

La plage le long de la mer est pour moi un autre havre préféré. Sa plus grande beauté, ce sont des moments quand la mer semble se fondre dans le ciel, exactement comme dans un tableau de Van Gogh. L’air frais caresse mon visage et mon âme, me permettant de me sentir libre et de soulager mon stress par la méditation.

La plage est aussi l’endroit idéal pour passer du temps avec des amis ou la famille, jouer, prendre des photos ou simplement se coucher avec un livre. En fait, il n’y a pas de lieu meilleur pour lire que dans la grande sérénité au bord de la mer. Mon moment préféré de la journée est là, à regarder le coucher ou le lever du soleil pour me rappeler que tout coucher du soleil est suivi par un lever du soleil – une métaphore pour la vie.

Pour voir la beauté de Gaza, il faut juste regarder et apprécier les petits détails. Ils dévoilent la ville de Gaza comme la plus merveilleuse au monde. En effet, la beauté est vraiment dans l’œil de celui qui regarde. 

Mentor : Paulette Lee »   

Commentaires

  • Beau texte!

    Bonne année 2021, chère Madame.

  • Je rejoins totalement le commentaire de M. Vogel. Votre texte est admirable et porteur d'espoir. Il faut garder l'espoir qu'un jour, une majorité d'Israéliens reconnaitra l'avantage de vivre en bonne intelligence avec les Palestiniens plutôt que de continuer à les opprimer comme le fait actuellement le gouvernement de Netanyahu. Il est regrettable que certains extrémistes et falsificateurs de l'histoire, sur cette plateforme comme ailleurs, considèrent cette terre comme l'apanage exclusif des Israéliens.

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