Derrière les statistiques

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Peu avant le début du Covid, un Palestinien et un Israélien ont fondé ensemble un site qu’ils ont appelé « We Beyond the Fence » ou « Nous qui nous trouvons en dehors de la barrière ». Yuval Abraham travaille pour la télévision israélienne sociale (Israel Social TV), dont la première langue est l’hébreu. Ahmed Alnaouq étudie pour un Master en journalisme loin de son Gaza natale. Yuval avait lu Ahmed sur le site We Are Not Numbers, site de jeunes auteurs palestiniens de Gaza qui maîtrisent l’anglais. Les deux jeunes sont convaincus que la compréhension mutuelle est essentielle pour le futur de la région qu’ils habitent. Hier, We Beyond the Fence a publié un article en hébreu. Le site + 972 mag l’a ensuite traduit en anglais. À mon tour, je le traduis en français.

 

 

« Vous êtes totalement impuissant face à la terreur de votre enfant

 

par We Beyond the Fence 14 mai 2021

 

Des Palestiniens à Gaza ont été ensevelis vivants sous les ruines de leurs maisons la nuit passée suite aux frappes israéliennes décrites par des civils comme un massacre. 

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Une petite fille arrive à l’école des Nations Unies (UNRWA) avec sa famille forcée d’évacuer leur maison dû aux frappes de l’armée israélienne, 14 mai 2021 (Mahammd Zaanoun/Activestills)

 

Des photos incompréhensibles sortaient sans arrêt de la bande de Gaza pendant la nuit passée. Les médias en langue hébreu ont décrit la violence à l’intérieur d’Israël en détail, mais hier, le lieu principal de sang et de la mort entre la rivière et la mer hier était Gaza, et les médias en a à peine parlé.

 

L’armée israélienne a bien ciblé des bureaux, l’infrastructure et des individus militants du Hamas. Mais des Palestiniens de Gaza ont raconté des frappes massives des quartiers résidentiels – un massacre de civils – selon les nombreux messages sur Facebook et Twitter. Les attaques ciblaient le nord de l’enclave : Beit Lahiya, Beit Hanoun et la communauté bédouine à côté de la frontière.

 

Auparavant, des avertissements aux résidents des tours résidentiels, tel que ceux adressés au concierge de la Tour Hanadi, ont précédé des frappes, en donnant le temps aux résidents d’évacuer les lieux. Ceci était la stratégie utilisée vers la fin des attaques en 2014 : on détruisait des dizaines de maisons de personnes sans aucun lien avec le conflit pour s’attaquer à la population civile. L’idée derrière cette tactique était de mettre le Hamas sous pression.

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Evacuation des familles en réponse à des rumeurs des attaques, soir du 14 mai (The Citizen)

 

Mais la nuit passée, il n’y avait pas d’avertissement préalable. Le résultat fût que des familles se trouvaient ensevelies vivantes sous le détritus de leurs maisons.

 

Juste dans les photos de la nuit passée, nous avons compté au moins huit enfants ensevelis et tués. La destruction venait d’un barrage d’artillerie qui s’abattait sur le nord de la bande de Gaza. Il n’est pas possible de tirer des obus d’artillerie avec grande précision, à l’encontre des balles des tireurs d’élite ou des frappes aériennes.

 

Voici le décompte à partir de 18h local [une heure plus tard que l’heure suisse ndlt] :

 

La famille al-Taani de Beit Lahiya (père, mère et leurs quatre enfants) morts sous les ruines de leur maison. Adham, 6 ans, couvert de sable, sa bouche remplie de sable. Son visage, jaune, méconnaissable couvert de sable.

 

La maison d’une famille bédouine a été démolie sur ses habitants à 22 h : Sabreen, 28 ans, Hasham, 20 ans, Naama, 45 ans et Muhammad, 5 ans, tous morts.

 

À deux heures du matin, à Beit Lahiya, deux femmes de 19 et 50 ans ont été ensevelies et tuées par l’armée lorsqu’un obus a frappé leur maison. Dans le même quartier, une même frappe a tué un garçon et une fille de la famille al-Atar. Les voisins cherchaient toujours les corps du père et de la mère dans les ruines.

 

Et, à l’aube, la maison d’un pompier a été frappé par un obus. Lui était absent mais sa fille et ses deux petites filles ont été ensevelies vivantes, mortes. Une vidéo montre le père en train d’ouvrir la porte du frigo dans la morgue, emprunté à identifier sa fille et ses petites filles, tant leurs visages sont défigurés.

 

Aussi à l’aube, un obus a frappé la maison de la famille Issa dans le camp de réfugiés de Bureij. La mère et sa fille sont mortes écrasées sous les débris. On peut voir des résidents de ce camp de réfugiés en train de dégager les corps à l’aide d’un bulldozer le matin suivant.

 

L’armée a ciblé un immeuble de plusieurs étages à Umm al-Nasr, toujours au nord de l’enclave, tuant un jeune enfant et blessant 15 membres d’une même famille.

 

Une autre vidéo faite hier montre des voisins en train de dégager une famille des ruines de leur maison. Quelques-uns semblent encore en vie, évanouis, tandis que d’autres semblent être morts. Nous n’avons pas pu identifier le nom de cette famille.

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Un père et sa fille, blessée, dans une école de l’UNRWA, où ils ont fui pour se mettre à l’abri, 14 mais 2021 (Mohammed Zaanoun/Activestills)

 

Pendant toute la nuit, des gens partout à Gaza décrivaient en arabe sur Facebook et Twitter ce qui se passait autour d’eux. Deux phrases se répétaient : « Les frappes sont aléatoires. » et « J’espère voir la lumière du jour ce matin. » À minuit, un Tweet de Nour : « Toutes les frappes se concentrent au nord en ce moment. Nos maisons tremblent. Il y a de la fumée partout. Dieu aide les résidents du nord, Dieu … »

 

Un peu après minuit, une maman au nord envoie un Tweet : « Les frappes sont folles. Partout. N’importe où. Ça n’a jamais été comme ça. Je berce Bachir, il tremble dans mes bras, il hurle, je lui dis n’aies pas peur, mon amour. Mon Dieu, quelle peur, quelle horreur. » Un autre résident de Gaza quelques heures plus tard : « Ça se passe aussi à Shuja’iyya, comme au nord, les frappes sont brutales. C’est insensé. Partout, sans aucune logique, les missiles frappent. Personne ne quitte sa maison. »

 

Un journaliste écrit sur Facebook à 1 heure : « Je vous écris d’un coin de la maison. Ma famille et moi subissons un barrage d’artillerie continu. Nous sommes tous dans une salle. Les canons envoient leurs obus et le bruit fait que ton corps tremble de terreur. Il faut que le Croissant rouge fasse quelque chose. Nous ne pouvons pas partir. Les frappes sont complètement arbitraires et folles ! »

 

Une heure plus tard, quelqu’un d’autre écrit : « Notre maison subit un siège et le obus frappent tout autour de nous. Le bon Dieu protège Shuja’iyya. Il n’y avait aucun avertissement – rien – chaque minute, chaque second, les frappes sont ici et là. Ceci est un cri à l’aide. »

 

Beaucoup de familles ont quitté leurs maisons à cause des attaques, qui ont commencé vers 22 heures. « Des dizaines de résidents viennent chercher l’abri dans les écoles de Gaza, » dit le journaliste Hassan Aslih dans un Tweet. Il a pris des photos des familles apeurées entassées dans des écoles surchargées.

 

Une résidente de Beit Lahiya a écrit à l’aube : « La chose la plus dure dans ce pays est être mère ou père pendant les frappes ici en ce moment. Vous êtes complètement impuissant face à la terreur de votre enfant. Et vous ne pouvez pas lui dire : « ça va aller. »

 

Une première version de cette histoire fût publiée en hébreu sur We Beyond the Fence- Vous pouvez le lire ici. …

We Beyond the Fence est un site de média indépendant qui couvre Gaza. »

 

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