Le sort des pêcheurs de Gaza

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Les lecteurs suisses des journaux, notamment des romands qui comme moi ne lisent pas facilement l’allemand, apprécient la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), qui a aussi une édition en anglais. L’existence d’une deuxième édition d’un journal en anglais dénote une soif d’information que satisfait la qualité du journalisme. En Israël, c’est le journal Haaretz qui offre des éditions en hébreu et également en anglais. Le matin du 10 novembre, l’éditorial de la rédaction en chef, publié dans les deux langues, se focalisait sur l’évolution dramatique d’une situation problématique depuis longtemps. Voici sa traduction de l’anglais en français.

« Par voie aérienne, terrestre et maritime

Opinion, Éditorial du Haaretz, 10 novembre 2022

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 Pêcheurs de Gaza en train de nettoyer leurs filets, le 3 avril 2022 (AP Photo/Khalil Hamra)

Le contrôle que l’Etat d’Israël exerce sur les habitants de la bande de Gaza ne connaît aucune limite. Depuis plus de 15 ans, deux millions de personnes vivent en état de siège, dans des conditions de pénurie et surpeuplement, sur un territoire qui a subi des campagnes périodiques de destruction. Comme si les problèmes causés par le blocus et les difficultés pour les ouvriers de Gaza voulant travailler en Israël ne suffisaient pas, la bande de Gaza est complètement coupée de la Cisjordanie. Par le passé, Israël a justifié ses mesures par des considérations de sécurité. Mais son dernier décret contre les Gazaouis ne saurait en aucune manière invoquer le prétexte de soucis de sécurité.

Ce lundi, l’Etat d’Israël a décidé d’interdire les exportations de poisson et de fruits de mer de Gaza à la Cisjordanie suite à la découverte d’une tentative d’exporter des poissons de la Cisjordanie en Israël en contrebande (Jack Khoury, Haaretz le 10 novembre). Cette fois-ci, la justification trouve ses raisons dans des soucis de santé – Israël craint que le poisson de Gaza puisse nuire à la santé des Israéliens. Il s’avère ainsi que, non seulement les Palestiniens font peur aux Israéliens, mais que même leurs poissons constituent un danger. Et, comme chaque menace à la sécurité justifie l’utilisation, inacceptable, d’une punition collective, dans ce cas aussi, le fait que les pêcheurs de Gaza n’aient aucune relation avec cette contrebande n’a pas empêché l’Etat d’Israël de prendre la décision d’imposer une nième punition collective sur toute la bande de Gaza.

On compte environ 5'000 pêcheurs actifs dans la bande de Gaza. Il y a en outre 500 ouvriers qui travaillent dans l’aquaculture et l’emballage des produits. Chaque semaine, environ 80 tonnes de poissons sont exportés en Cisjordanie, dont une partie est ensuite vendue en Jordanie. Dans le contexte du taux élevé de chômage à Gaza, la pêche est une des seules industries encore rentables. Pourtant, l’Etat d’Israël en rajoute aux problèmes des travailleurs dans ce secteur aussi.

À chaque fois que les tensions autour de la sécurité s’accroissent, Israël réduit les limites du périmètre dans lequel les pêcheurs Gazaouis peuvent travailler et bloque même parfois l’accès à la mer. Plus d’une fois, la marine israélienne a tiré sur des pêcheurs gazaouis, sans raison valable, en confisquant leurs bateaux. Selon le Centre al Mezan pour les droits humains, pendant les premiers mois de cette année, on a recensé plus de 400 incidents violents commis contre des pêcheurs de Gaza par la marine israélienne, dont certains comprenaient des tirs à balles réelles. Dix-neuf bateaux ont été confisqués et 54 pêcheurs arrêtés – une augmentation de 350% par rapport aux arrestations de l’année précédente. Aujourd’hui, on interdit aux pêcheurs de vendre leurs produits à leurs compatriotes palestiniens de Cisjordanie.   

Les autorités israéliennes doivent annuler cet ordre draconien avec effet  immédiat. L’Association des pêcheurs de Gaza est désespérément impatiente de vendre ses poissons tout en maintenant un respect total pour tous les règlements d’inspection vétérinaires. À tout le moins, permettez aux pêcheurs gazaouis de faire vivre leurs familles. »

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