bombardement

  • L’angoisse existentielle des jeunes de Gaza

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    Depuis un mois, essai après essai par des adolescents gazaouis s’affichent sur « We Are Not Numbers» (« Nous ne sommes pas que des chiffres »), site Internet pour les jeunes de Gaza où ils livrent leurs histoires et impressions personnelles en anglais. Tous les essais témoignent d’une angoisse énorme au moment du début des attaques, totalement imprévues, le 5 août. Il y a de la panique, la perte de tout point de repère et surtout, la perte d’un espoir dans un avenir viable. La vie d’un jeune de Gaza âgé aujourd’hui de 20 ans a été marquée par cinq « guerres ». À 6 ans, en 2008-09, il ou elle a vécu le début de l’Opération Plomb Durci à l’heure de la sortie de l’école. Les traces durables suffisaient largement : en 2011, j’étais dans une rue à Gaza lorsqu’un avion israélien a passé dans le ciel : « Tayarra » (« avion » en arabe) a exclamé un petit garçon à côté de moi en regardant sa maman, tétanisé de peur. Je ne peux m’empêcher de comparer sa réaction à la grande joie de mes deux petits-fils quand ils voient un avion dans le ciel genevois.

    Après Plomb Durci, l’enfant à 10 ans a été témoin de la semaine de l’Opération Pilier de Défense en 2012. Deux ans plus tard, pour l’enfant de 12 ans, l’Opération Bordure Protectrice, du 8 juillet au 26 août, a eu lieu pendant le période très chaude des grandes vacances pour les écoliers. La quatrième attaque majeure en mai 2021 est survenue juste avant les examens de fin d’année scolaire pour les élèves et étudiants qui avaient 19 ans, l’Opération Gardiens des Murs a duré 12 jours. Enfin, en août 2022, les attaques de l’Opération Aube Naissant a couronné les expériences de ceux qui sont arrivés à leur vingt ans.

    Il y a donc beaucoup de réactions, fortes de peur et de révolte, parmi les jeunes auteurs de We Are Not Numbers. Parmi eux, c’est difficile d’en choisir un à traduire. Hossam Wail Abou-Shammallah a fêté ses 21 ans le jour même des premières attaques. Il a écrit en temps réel sur son ordinateur, en partageant aussi les messages SMS de ses amis, dans un témoignage bouleversant. Khaled Mohammed El-Hissy, étudiant en anglais à la même université qu’Hossam, raconte la réaction le 5 août de sa grand-mère en Ukraine, avec qui la famille est en contact journalier depuis toujours. (Beaucoup de Gazaouis ont des épouses étrangères : russes, ukrainiennes, romaines et grecques, parmi d’autres, rencontrées pendant des études supérieures.) À chacun des bombardements depuis 2008, cette grand-maman leur suppliait de venir chez elle en Ukraine. Mais cette fois-ci, elle est désespérée : « Il n’y a pas de sécurité en Ukraine. Il n’y a pas de sécurité à Gaza. Où pouvez-vous trouver refuge maintenant ? »

    C’est le plus récent témoignage que j’ai finalement choisi de traduire ici. Il s’agit aussi d’un vécu personnel, toujours pendant les premiers moments du premier jour de ces bombardements qui ont pris les Gazaouis au dépourvu. Les attaques ont commencé un vendredi, l’équivalent de notre dimanche à Gaza.

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  • Encore

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    La bande de Gaza, quasi la taille du canton de Genève, où 2 millions de gens essayent de vivre, est apparu brièvement dans les nouvelles. A nouveau. Les pertes de vie (45, dont 16 enfants) et les blessés (311) des 3 jours du weekend dernier, occasionnées par de pures calculs politiques, ont fait beaucoup de mal au petit peuple. Le site israélien +972 Mag vient de publier en anglais le témoignage téléphonique d’une mère de Gaza, conversation originalement consignée en hébreu au site « Nous au-delà de la barrière » le 7 août. Son témoignage donne une idée de la situation intenable des civils coincés au milieu d’un conflit qu’ils n’ont nullement cherché et qui vraiment n’en peuvent plus. Je laisse tomber une recherche de photos pour illustrer cette traduction de l’article :  elle mérite d’être lu comme communication d’un vécu en temps réel.

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  • L’amour des livres

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    Nos librairies sont des précieux lieux de renouvellement, rencontres, amusement, apprentissage et échange. C’est d’autant le cas pour les librairies de la bande de Gaza, dont les résidents sont largement isolés du monde depuis maintenant une quinzaine d’années. Selon Martin Schmale directeur de l’UNRWA dans la bande de Gaza, l’armée israélienne a fait preuve de « précision » dans ses frappes les 11 jours du mois de mai. Cette précision a annihilé des librairies qui avaient la même importance pour les lecteurs de Gaza que Stauffacher ou Payot en Suisse. Pour les gens cultivés ou de simples rats de bibliothèque, la perte est incommensurable. Un article sur l’Electronic Intifada raconte en anglais cette tragédie culturelle En voici la traduction en français par mes soins.

     

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  • Une Mère Courage

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    L’endroit où nous sommes nés, l’endroit où nous vivons, détermine la qualité de notre vie. Nous ne le choisissons pas : nous en profitons ou nous le subissons. A Gaza, dix ans de blocus israélien ont réduit la vie des habitants à une existence de non-choix. Chacun agit en conséquence comme cette mère de famille suivie pendant un jour dans sa vie par deux journalistes de Gaza. Je traduis, ici, leur reportage, dont l’original est en anglais. 

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    Tôt le matin, Jihad et ses deux fils partent pour ramasser ce qu’ils peuvent trouver dans la rue

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  • Pour la nouvelle génération

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    Lorsqu’on travaille en tant que chercheuse au milieu de la guerre, des rencontres marquantes sont inévitables. La journaliste Adeem Abu-Middain écrit depuis le Canada sur une personne qui lui a laissé un souvenir ineffaçable de son été 2014 à Gaza. Je résume et traduis l’article en anglais qu’elle a rédigé pour l’Electronic Intifada. 

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    La journaliste a rencontré une femme en fin de grossesse qui a pu fuir le bombardement de cette école (24 juillet 2014, l’école des Nations Unies à Beit Hanoun, photo Mohammed Salem/Reuters)

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  • Avec un pinceau

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    Vivre au milieu de la dévastation inspire deux artistes pour un travail de mémoire.  Journaliste Rami Almeghari le raconte dans un article en anglais pour l’Electronic Intifada que je traduis ici.

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    Elham al-Astal dédie son travail à la préservation de la mémoire des victimes à Gaza (photo par Shadi Alqarra)

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  • Etat des lieux

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    Fin observateur de la scène à Gaza, acteur passionné qui aime l’endroit où il vit et enseigne, Ziad Medoukh nous livre une analyse de la situation actuelle que l’on ne trouve pas dans les medias. C’est la réalité constatée par maints visiteurs étrangers qui ont vécu et travaillé dans la bande de Gaza surtout depuis 2006. Ils ont cependant toute la peine du monde à la communiquer aux oreilles qui ne veulent pas les entendre.

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    « Tous les jours »,  toile de Mohammed Musallam, actuellement exposée à l’Institut Français de Ramallah

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  • On n’est nulle part si bien que chez soi

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    ‘Chère Eva,’ écrit le coordinateur du Russell Tribunal sur Palestine Frank Barat, en commentant l’article que voici. ‘Merci pour ce blog fantastique qui nous ouvre une fenêtre sur la vie quotidienne à Gaza. Merci immensément pour votre courage et votre travail. C’est grâce à des gens comme vous qu’un jour, les palestiniens auront, pour la première fois, la possibilité d’une vie meilleure, sans occupation, répression, humiliations, torture, check-points, drones, incursion de l’armée …’

     

    Cet article provient du blog d’Eva Bartlett, canadienne qui connaît Gaza comme si elle y était née. En réalité elle n’y a passé qu’une année, mais quelle année !

     

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    des catelles de Gaza à Beit Hanoun (Eva Bartlett)

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  • Sans les bombes, Gaza dans l’oubli

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    Hier, pour la première fois en deux semaines, Israël a autorisé la livraison de gaz pour faire la cuisine – 70 tonnes – , alors que les besoins quotidiens de gaz dans la bande de Gaza sont évalués à 350 tonnes. (Ma’an News 18.02). Le blocus israélien sur la libre circulation de biens et de gens continue dans l’indifférence totale de la plupart des media. Toute reconstruction reste en attente. L’unique hôpital pour les aînés, celui dans lequel, en mai 2007, j’ai rendu visite à une amie alitée, est une des institutions en attente de réparation après avoir été le cible de tirs incompréhensibles. L’article original sur la situation de l’Hôpital Al Wafaa se trouve sur le site du PCHR (il est daté du 15 février 2009).

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  • Il était une fois des artistes

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    Il était une fois des artistes … qui se sont déplacés avec toutes les peines du monde pour une exposition à Genève en mai 2007 (blog du 5.05.07). L’atelier du collectif el tiqa est situé au troisième étage du bâtiment du Croissant Rouge en pleine ville de Gaza. C’était une véritable ruche culturelle : artistes au travail, expositions, cours pour adultes et enfants, lieu d’échanges. Cet immeuble a été bombardé mi-janvier.

     

    Aujourd’hui, ces artistes nous invitent à une exposition exceptionnelle :

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